Druillet s’expose et s’impose

    Philippe Druillet,
    textes Benjamin Legrand,
    Editions MEL Publisher, 360 pages, 49 euros.

    Vuzz, l’intégrale,
    Philippe Druillet. Editions Glénat, 144 pages, 19,50 euros.

    Yragaël – Urm le fou,
    Michel Demuth (scénario), Philippe Druillet (dessin).
    Editions Glénat,128 pages,
    24,50 euros.

    La galerie parisienne Barbier & Mathon propose en ce moment de nouvelles “Explorations” de l’univers de Philippe Druillet, à travers l’exposition de plus de soixante-dix oeuvres. Avec quelques toiles (encre de chine et acryliques) en grand – voire très grand – format. Des peintures fortes, en “hommage à Métal Hurlant” et qui renvoient à cette esthétique grandiose et forte si caractéristique de l’auteur de La Nuit. On peut aussi voir beaucoup de crayonnés, format A4, majoritairement des portraits de créatures fantastiques, souvent très expressives, dans un univers d’héroïc-fantasy. Et ces dessins ne sont pas moins intéressants, d’ailleurs, dans la mesure où l’on saisit là l’élaboration et le travail de l’artiste.
    Si l’expo est encore visible une vingtaine de jours, pour acquérir des oeuvres, il faudra être plus rapide, au vu des nombreux achats déjà pointés. Signe – au-delà de l’éventuelle spéculation désormais à l’oeuvre aussi en BD – d’une fascination maintenue pour un auteur qui aura participé à renouveler le genre, dans les années 60 et 70…

     

    C’est l’occasion d’évoquer deux rééditions d’intégrales récentes, réalisées par les éditions Glénat (avec un fond argenté rappelant la collection culte de livres de SF Ailleurs et demain, chez Robert Laffont) et qui illustrent les deux facettes évoquées plus haut.
    Né un peu comme un gag ou un griffonnage en dédicaces, Vuzz (1974) s’inscrit dans la veine des comics underground et surprend (pour ce à quoi on associe généralement Druillet) par un style presque dépouillé et (relativement) minimaliste, en noir et blanc et en petit format. Sur le fond, les aventures de ce guerrier aux besoins assez primaires (la baston, le sexe et la nourriture) se déroulent dans un monde désolé et magique où l’on croise des pillards morts-vivants, des lapins géants, des montagnes vivantes ou un mage homosexuel…
    A l’inverse, Yragaël (et sa suite, Urm le Fou, respectivement en 1974 et 1975), est une fresque dantesque, explosion graphique jouant sur les doubles pages et tentative de mise en images et en scène d’un texte halluciné de Michel Demuth, poème d’héroïc-fantasy lyrique. Epoustouflant, d’une beauté sombre et majestueuse… même si, narrativement, l’histoire demeure passablement illisible.

    On retrouve ces deux albums, avec tous les autres dans un autre ouvrage, oeuvre majeure parue également l’an passé : la grosse monographie illustrée “exhaustive” des oeuvres de Philippe Druillet, éditée par MEL Publisher, la maison d’édition de Michel-Edouard Leclerc (dans une collection qui compte déjà deux ouvrages consacrés à Lorenzo Mattotti et Nicolas de Crécy).
    Confié à Benjamin Legrand – scénariste par ailleurs du Transperceneige, bon connaisseur de l’oeuvre de Druillet, avec qui il a collaboré sur plusieurs oeuvres – l’ouvrage s’ouvre par une immersion dans les ateliers successifs de l’auteur, à travers une belle série de photographies d’archives. Un parti-pris visuel qui parcourt tout ce beau livre.
    Après un entretien au long cours complice, la première partie du livre se consacre aux différents albums de BD, depuis Lone Sloane – le choc initial de 1966 – jusqu’à Délirius 2 (en 2012). A chaque fois, Druillet livre ses motivations et anecdotes en prélude à une riche illustration de l’album (à travers des reproductions de planches, des croquis, des story-boards).
    Par la suite, sont abordés les autres travaux graphiques du maître: affiches, dessins pour le cinéma, mais aussi ses peintures ; notamment ses séries de portraits thématiques (Salammbô, Touaregs, etc).
    Un panorama étendu en plus de 360 pages et quelque 400 reproduction (de grande qualité) qui offre une belle introduction au travail de Druillet. Ou un joli rappel.

    Druillet, Explorations, Galerie Barbier & Mathon, 10 rue Choron (Paris IXe), jusqu'au 21 octobre.
    Une des doubles pages d’ouverture d'”Yragaël”.
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