Gaston Lagaffe sous tous les angles à Beaubourg

    Gaston Lagaffe est à l’honneur à la BPI du centre Beaubourg. Avec une très intelligente exposition.

    On croyait bien le connaître. Et, d’ailleurs, qui aujourd’hui ne connaît pas Gaston Lagaffe ? À peine en dessous de Tintin, d’Astérix ou de Lucky Luke, l’antihéros de Franquin est sorti, lui aussi, de sa bulle et des seuls albums appréciés par les lecteurs de BD, pour intégrer la conscience collective hexagonale. Et pourtant, cette exposition à la bibliothèque du Centre Pompidou, en apprend beaucoup sur le personnage !

    De fait, c’est bien Gaston « au-delà de Lagaffe » que l’on découvre ici, dans cette installation conçue par Jérôme Bessière et Emmanuèle Payen (de la BPI et commissaires de l’expo) avec l’appui “scientifique” de Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault et le dessinateur Frédéric Jannin (qui a travaillé avec Franquin). Gaston au-delà de la gaffe et du simple producteur de « gags à gogo ». Car le célèbre « gaffeur » se révèle aussi génial inventeur, écolo avant l’heure et plus subversif qu’on le pense !

    Un antihéros… bouche-trou

    Ainsi, Gaston est né le 28 février 1957 (date de sa première apparition dans Spirou)… comme simple « bouche-trou » destiné à combler le vide d’une pub vendue seulement dans l’édition flamande du magazine. Mais progressivement il va s’installer comme premier héros « sans emploi » de la BD franco-belge.

    Comment Gaston Lagaffe a trouvé progressivement sa place dans “Spirou”…

    Ni chevalier, ni cow-boy, ni espion, pas même aventurier, il est certes « employé de bureau » à la rédaction, mais tout le monde semble se demander qui a bien pu embaucher ce drôle de type dégingandé, maladroit, perturbateur et ce qu’il est censé faire ! En tout cas, il aura son premier album en 1960, encore modeste (et réalisé avec les chutes de papier de l’imprimerie !) comme on peut le découvrir sous une vitrine. Ensuite, les albums de gags s’enchaîneront et le petit monde de Gaston s’étoffera, avec Mademoiselle Jeanne (dont on peut voir l’évolution graphique, de plus en plus sexy), Prunelle, le rédac chef et le fameux Demaesmaker dont Gaston s’emploie systématiquement à empêcher la signature du contrat avec les éditions Dupuis ! Un Demaesmaeker inspiré… par le propre père de Jidéhém, qui co-signe les premiers albums avec Franquin. L’expo rappelle aussi que Gaston doit son patronyme au mythique rédac chef de Spirou, Yvan Delporte, car le personnage lymphatique lui rappelait un copain à lui… dénommé Gaston. Toutes ces infos sont évoquées dans la première partie de l’exposition, suivant les “premiers pas d’un héros sans emploi”.

    Une plongée ludique

    À l’aide de photos d’époque, de reproductions et d’originaux de planches ou de croquis, mais aussi à l’intégration de vidéos, c’est une vraie plongée instructive dans le petit monde de Lagaffe qui est proposée. Et, plus largement dans celui de l’art de son créateur André Franquin. Celui-ci s’est beaucoup projeté dans son univers, faisant glisser la série au rythme des années 60 et bousculant les prudes règles maison.

    L’inventivité graphique de Franquin pour ne pas écrire de gros mots

    Ayant délaissé Spirou et Fantasio à partir de 1968, Franquin va progressivement faire de Gaston son alter-ego, exprimant ses colères (à l’égard des parcmètres ou des modèles réduits d’avions allemands de la Seconde Guerre mondiale que le nouveau rédac chef de Spirou insérait dans le magazine) et ses idées “subversives”.

    La thématique des inventions loufoques est aussi présente tout comme celle des animaux, que Franquin aimait beaucoup et dessinait avec grand talent. Quelques originaux de quatrième de couv’ d’albums permettent aussi de saisir le talent graphique de l’auteur.

    La dernière partie de l’exposition se consacre aux liens entre Lagaffe et les Idées noires, le chef-d’œuvre d’humour noir dépressif de Franquin, mais aussi à ses travaux pour l’éphémère et génial Trombone illustré, le fanzine libertaire encarté pendant quelques mois dans Spirou.

    Après Art Spiegelmann et Claire Brétecher, la Bibliothèque de Beaubourg démontre ici une fois de plus un vrai talent pour aborder la bande dessinée.
    Malgré l’espace modeste, la scénographie – due à Valentina Dodi – propose un parcours ludique, vif et étonnant, avec une approche complète et accessible à tous (et, au-delà de l’âge, le centre a aussi pensé à une adaptabilité aux personnes malentendantes ou déficientes visuelles).

    De plus, comme pour les précédentes expos, la bibliothèque propose une table de consultation des albums de Lagaffe et met à disposition des ordinateurs avec des liens sur des sites ou des vidéos en lien avec l’expo. Et la BPI proposera aussi plusieurs conférences-rencontres et ateliers jusqu’à la fin de l’expo, en avril 2017.

    Bref, après Hergé qui occupe toujours le Grand Palais jusqu’à la mi-janvier (lire Courrier du 29 septembre), c’est là la deuxième grande expo de bande dessinée de l’automne. Et le début d’un cycle Lagaffe, puisque la BPI a anticipé légèrement sur l’année anniversaire 2017, celle des 60 ans de Gaston et des 20 ans de la disparition de Franquin.
    On retrouvera donc Lagaffe notamment lors du prochain festival d’Angoulême. Et ses Idées noires seront à l’honneur dès le 22 décembre à travers un ouvrage-hommage réalisé par Fluide glacial d’abord en format magazine de presse, puis en album cartonné le 18 janvier 2017.

    Exposition “Gaston, au-delà de Lagaffe”, à la Bibliothèque du Centre Pompidou / Beaubourg à Paris – des dispositifs scénographiques intéressants et réussis
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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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