Impressions hors cases à la Maison de la culture d’Amiens

    L’univers de neufs auteurs, émergents ou de notoriété internationale – de Christelle Enault à Lorenzo Mattotti – qui se sont affranchis des cases et des pages pour proposer une mise en espace différente et hybride. A voir encore (après la fermeture estivale) du 21 août jusqu’au 15 octobre à la Maison de la culture d’Amiens. Et ça vaut le coup d’oeil.

    Est-ce de la peinture ? De l’illustration ? Des installations ? Entre la bande dessinée et l’art contemporain, cette exposition à Amiens propose en tout cas une plongée-promenade dans l’univers de neuf auteurs, français et étrangers, renommés ou moins connus.

    Conçue par l’association On a marché sur la bulle pour le récent festival de bande dessinée d’Amiens, Hors cases, comme son nom l’indique présente une centaine d’oeuvres très diverses, en huit espaces qui se retrouvent dans un même rapport “métamorphosé” par rapport au 9e art et à ses planches, voire à ses livres.
    Stéphane Blanquet, Ludovic Debeurme, Lorenzo Mattotti, Jérôme Mulot et Florent Ruppert ou encore Fanny Michaëlis, tous auteurs de BD, mais aussi illustrateurs ou plasticiens s’affranchissent ici des règles de l’art séquentiel, tout en se servant de ses techniques et de leur travail antérieur.

    On entre dans cet univers polymorphe, au premier étage de la Maison de la culture par un petit couloir blanc. Une couleur de fond qui accompagnera presque toute les salles, reflet d’une installation sobre, mettant bien en valeur les différentes oeuvres…

    Blanquet grand format

    Stéphane Blanquet s’impose d’abord, dans la première salle, avec sa ligne sombre et une réflexion sur la trame même du dessin, via deux grandes tapisseries brodées où les formes – splendeur d’un carrosse, horreur d’un crâne ouvert et d’un corps écorché – se révèle en prenant du recul, contraste entre les fils d’or et l’image d’horreur. En face,  une toile de plusieurs mètres met en scène une séquence fantastique, en noir et blanc, comme une sorte de radioscopie improbable d’un personnages à trompe vaguement effrayant. Différents tableaux, à l’encre noire ou rouge, renforcent cet univers grotesque, moite, vaguement obscène.

    A l’inverse, la série de “Faces” de Fanny Michaëlis, livre des portraits lisses et froids, dans un style fin et rayonnant, complétés par des originaux de l’album Lait noir, conte fantastique inspiré par le grand-père juif allemand de l’auteur.
    Même étrangeté un peu dérangeante avec les toiles de Ludovic Debeurme et leurs personnages aux yeux vides. Des tableaux parfois très colorés ou à l’inverse réduits juste à un trait.  Le mur du fond sert de guide à l’ensemble, à travers une série de peintures récentes, faites ces trois mois, et qui ont fait revoir l’antériorité de son œuvre à Debeurme.
    Un auteur qui à Amiens, revient un peu sur ses terres, puisqu’il se montre très attaché au Bois de Cise, à Ault (sur la côte picarde) où il possède une résidence secondaire, ainsi qu’il l’a déclaré récemment à nos confrères de l’Informateur d’Eu.

    Rupert et Mulot entre Spider-Man et lanterne magique

    Changement de registre avec le duo Rupert et Mulot. Leur série de dessins, volontairement simplistes, “Spiderman au cirque” place le super-héros emblématique de Marvel en artiste circassien, offrant vingt-cinq numéros d’humour absurde. Ludique et plus immédiatement accessible. Au centre de la pièce, dans la pénombre, une étrange petite tour évoque l’évolution de l’humanité, tentant péniblement de s’extraire de sa condition primitive. Un petit dispositif stroboscopique, dans l’esprit des lanternes magiques, permet au visiteur d’impulser le mouvement, donnant vie aux petits bonhommes de papier.

    A ce minimalisme répond les toiles grand format de Lorenzo Mattotti. Pour un double choc. La taille, d’abord de cette vingtaine de tableaux issus de sa série Oltremai (qui en compterait près de 80) ; la surprise ensuite d’oeuvres à l’encre, en noir et blanc, ou plûtôt en noir parsemé de blanc, contant la fuite d’une énigmatique jeune fille dans un bois traversé de créatures effrayantes. Une oeuvre au noir qui surprend tant on est habitué aux albums très colorés du maître italien.

    Retour, ensuite, à un certain maniérisme, avec le travail en dessins et tampons sur papier de Christelle Enault et ses étonnants ex voto. Une autre série tout aussi précise et méticuleuse, Voodoo présente de petits tableaux avec un effet de relief et de profondeur accentué par un jeu de lumière intempestif.

    La métamorphose de la BD poussée le plus loin

    Mais le travail qui pousse au plus loin cette “métamorphose” de la bande dessinée se situe à l’étage inférieur, dans la seconde salle d’expo de la MCA ou le couple Dominique Goblet et Kai Pfeiffer propose un prolongement de son album Plus si entente – histoire bâtie autour d’extraits de sites de rencontres. Là, le dispositif narratif (passablement abstrait, convenons-en) reprend certes quelques dessins, aposés directement aux murs, mais aussi des petites sculptures de plâtre, des poteries ou même des maniques. Le tout dans une tonalité vert émeraude envoûtante. Mais un peu hermétique.

    Des rencontres étranges, donc. Parfois déstabilisantes. Et notamment par le fait de retrouver les codes de la bande dessinée ainsi extraites, de façon non linéaires, , transformées, déformées. Au-delà de l’acceptation classique du genre. Hors cases mais pas si hors de propos que cela.

    Hors cases, Maison de la Culture d'Amiens, place Léon-Gontier. Jusqu'au 15 octobre. Entrée libre.
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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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