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La mémoire graphique de la Shoah s’expose au Mémorial de Paris

Le Mémorial de la Shoah accueille une exposition d’envergure et passionnante sur la manière dont l’Holocauste a été traité par la bande dessinée.

Détail du visuel original de l’affiche, signée Enki Bilal.

Cette exposition, qui a tout à fait sa place au Mémorial de la Shoah, l’aurait eu tout autant au Festival d’Angoulême, par la grande richesse de ses planches originales mais aussi par la pluralité du regard porté sur la manière dont la bande dessinée a pu restituer la mémoire de l’extermination des juifs par les nazis.

Ce travail est le fruit d’une réflexion et d’un travail de longue haleine. Comme l’explique Didier Pasamonik, l’un des commissaires et grand spécialiste du 9e Art, c’est une rencontre avec l’historien Léon Poliakov, voilà près de trente ans, qui lui fit prendre conscience de la multiplicité des représentations graphiques de la Shoah. La réalisation de plusieurs expositions autour du sujet et une bonne connaissance du monde des collectionneurs lui ont ensuite permis de déterminer toutes les ressources disponibles pour monter cette grande exposition historique et artistique…

Plus de 200 originaux exposés

Propriété du Mémorial, comme les carnets de Mickey au camp de Gurs, ou issues de collections privées, les quelque 200 originaux visibles impressionnent donc par leur diversité, de style comme d’époque.

Didier Pasamonik, l’un des commissaires de l’exposition.

Cela va en effet des toutes premières oeuvres (une superbe planche de La bête est morte de Calvo, de 1944, des pages de Mickey à Gurs de Horst Rosenthal, juif allemand mort à Auschwitz ou encore des dessins implacables de David Olère, qui lui ressortira vivant des camps de concentration), jusqu’aux albums les plus récents, comme Irena, sur une résistante polonaise, sortie début janvier 2017. De quoi ravir tous les fans du 9e Art qui pourront voir des originaux géants de Paul Gillon, mais aussi des planches de Will Eisner ou des 3 Adolf du mangaka Osamu Tezuka.

Présentée dans un parcours chronologique, en quatre grandes époques, l’exposition permet divers parcours et points d’arrêt. Elle stimule aussi la réflexion du visiteur.
La visite, justement, débute, sans surprise avec un premier panneau sur Maus, l’œuvre magistrale d’Art Spiegelman, tournant majeur dans cette prise de conscience de la Shoah. Mais, lui faisant face, un autre panneau porte sur le rire grinçant, avec une couv’ de Charlie hebdo (première époque) proclamant que Hitler est « super sympa » plus deux planches du même Wolinski égratignant férocement le vieux fond pétainiste français, mais aussi une planche de Hitler = SS, de Gourio et Vuillemin, qui avait fait scandale dans les années 80. Provocation en un tel lieu ? Non, mais reflet d’une certaine représentation qui ouvre le débat sur les limites de la satire. « Chaque artiste fait son poème, souligne Didier Pasamonik, il y a autant de représentations que d’auteurs. Et il ne faut pas avoir peur de l’humour ! » La limite est située en revanche avec la production de dessins antisémites (qui font cependant l’objet d’un chapitre dans l’excellent catalogue qui accompagne l’expo). Pour le reste, des comics à la production franco-belge, du manga aux romans graphiques, l’éclectisme de la représentation s’impose donc.

L’affiche signée Bilal

Ce pluralisme et cette liberté dans l’approche s’expriment et se justifient aussi dans le choix de l’affiche. Plutôt qu’un dessin, attendu, issu de Maus, c’est Bilal qui a été sollicité. « J’avais été très impressionné par une planche de Partie de Chasse évoquant le ghetto de Varsovie », précise Didier Pasamonik. Ces trois personnages en apesanteur et cette étoile jaune qui s’envole collent bien à l’ambition d’une présentation apaisée. Une gravité légère qui permet d’interroger les choix artistiques à travers un inventaire d’une richesse insoupçonnée.

Un cycle de conférences et d’animations accompagnera l’expo jusqu’à cet automne.

"Shoah et bande dessinée", Mémorial de la shoah, 17, rue Geoffroy-l’Asnier, IVe. Jusqu’au 30 octobre; tous les jours sauf le samedi de 10 à 18 heures (22 heures le jeudi); visite guidée le dimanche à 15 heures. Entrée gratuite. memorialdelashoah.org
“The Butcher of Wulfhausen”, de Sam Kweskin (1953). Une des planches originales exposée (collection particulière de Steven M.Bergson, Sequential Art Judaica Collection, Toronto).

 

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By Daniel Muraz

Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté.
Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre.

Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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