Quand la bande dessinée tutoie les sommets à Grenoble

    Avant une interruption d’une petite semaine, pour cause de congés hivernaux, retour opportun, justement, en détails et en image sur l’évocation de la montagne à travers la bande dessinée. Expo à voir à Grenoble et catalogue à lire chez Glénat.

    La bande dessinée est née dans les Alpes (avec le Suisse Rodolphe Töpffer dès 1827). Et elle est de retour dans la capitale des Alpes (Grenoble) depuis deux mois et pour autant de temps encore.
    L’idée de cette belle expo “Pic & Bulle: la montagne dans la BD” a été inspirée au musée départemental isérois par l’éditeur Michel Jans (éditions Mosquito) et mis en forme par le journaliste Hugo Gaspard.  Elle vise à interroger le rapport entre l’homme (et le dessinateur) et la montagne à travers 90 albums et quasi autant d’auteurs. Inaugurée en novembre dernier, elle se retrouve aussi, à travers deux occurrences, dans l’actualité récente du 9e art : pour l’exposition de planches originales de Cosey (devenu depuis Grand prix d’Angoulême) et d’une salle consacrée aux mangas largement consacrée au Sommet des Dieux de Taniguchi, récemment décédé.

    Pour ceux qui auraient la chance de passer par Grenoble d’ici fin avril, la visite a de quoi séduire…

    La scénographie, réalisée par Mélanie Claude, est sobre et épurée, réussissant une intégration réussie des planches dans l’enfilade de salles qui lui sont dédiées au sein de l’édifice de l’ancien évêché de la cité dauphinoise, mélange lui-même d’espace ancien renové et de moderne.
    Le début de l’expo peut laisser dubitatif avec une première salle assez banale, ne comportant quasiment que des reproductions de dessins ou de planches diverses (de Tintin au Tibet à Névé ou Largo Winch). Mais, à vocation d’introduction, elle vise surtout à montrer la pluralité des albums et séries ayant utilisé le thème et les décors de la montagne dans la bande dessinée franco-belge “grand public”.

    La couverture du catalogue, très zen avec son dessin de Cosey.

    Dans la foulée, après une première élévation d’un étage (on monte et on descend beaucoup dans cette expo, et assez logiquement vu le sujet), les premiers focus sur des auteurs, notamment Sergio Toppi, Cosey ou Derib permettent de se confronter cette fois aux premières planches originales, fort bien mises en valeur par un éclairage tamisé.
    Après cette première stimulante immersion – et un petite progression labyrinthique – c’est un retour aux sources qui est proposé, avec la présentation de quelques éditions originales de Bécassine s’adonnant aux joies du ski, mais aussi à des pages de La Famille Fenouillard ou des Pieds nickelés. Documents rares et émouvants.
    Changement radical d’univers ensuite avec un espace consacré aux romans graphiques et à quelques évocations plus expérimentales ou personnelles, dans des registres très divers, comme Le chemin de Saint-Jean de Baudoin, La mort blanche de Charlie Adlard et Robbie Morrisson ou le savoureux Himalaya Vaudou de Jean-Marc Rochette. La dernière salle est dédiée donc aux mangas, en 18 planches signées Taniguchi mais aussi Tezuka (pour sa Vie de Bouddha) ou Ishizuka (et le bien nommé Vertical).

    Cette belle immersion historique et thématique peut s’enrichir de la lecture du livre-catalogue Pic & Bulle, la montagne dans la BD (éditions Glénat), piloté par Phlippe Peter (co-fondateur du webzine Cases d’Histoires) et Nicolas Rouvière (maître de conférences à l’université de Grenoble et scénariste de la série Lakaf). Très richement illustré, et d’un format “album BD” qui permet de restituer les planches reproduites dans leur vraie dimension, l’ouvrage s’articule lui dans une progression classiquement chronologique, en quatre grandes chapitres, reprenant les différentes étapes du parcours de l’expo.
    Le premier chapitre révèle ainsi la montagne “aux sources de la bande dessinée”, dès son origine sous la plume de Rodolphe Töpffer ou un peu plus tard avec Gustave Doré, jusqu’à l’accompagnement de la naissance du tourisme auquel s’adonnent avec plus ou moins de bonheur Bécassine ou les Pieds Nickelés. Puis Nicolas Rouvière s’attache à décrire “l’imaginaire de la montagne dans la BD franco-belge”, Philippe Peter s’attache ensuite à évoquer la montagne comme “nouveau terrain de jeu graphique” avant de finir avec la montagne vue par les mangakas.
    Les textes sont courts mais pertinents et chacune des nombreuses reproductions de planches et de dessins s’accompagne d’une légende détaillée.
    De quoi prolonger la balade dans les sommets

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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