La guerre de 14-18 au coeur des Rendez-vous d’Amiens ce vendredi

    La journée “professionnelle”, ce vendredi (à destination des professionnels du livre) a été thématisée, cette année, autour de la Grande Guerre et de la bande dessinée.

    Thierry Cavalié (président d'On a marché sur la bulle), Pascal Mériaux (directeur de l'association) et Vincent Marie, ouvrent la journée, hier matin.

    Classique rendez-vous d’avant-festival, la journée des professionnels (du livre) prend de l’ampleur et de la consistance. Après une réflexion autour de la BD et du numérique, l’an passé, c’est les relations entre la Première Guerre mondiale et la bande dessinée qui ont été au centre des réflexions, ce vendredi. Et l’auditoire (d’enseignants, de bibliothécaires, mais aussi de journalistes, de représentants de la DRAC et de la Mission du centenaire 14-18) était nombreux, pour un riche programme…

    Un public nombreux, varié et attentif lors de cette journée professionnelle.

    L’universitaire Vincent Marie (commissaire de l’exposition consacrée à la BD et aux migrations, gros succès public à la Cité de l’histoire des migrations à Paris, mais qui fut aussi le commissaire des expos Tardi et BD et Grande Guerre à l’Historial de Péronne en 2009) a introduit la journée dans une perspective générale, historique et thématique, brillante et pédagogique. Il rappela que la bande dessinée ou les “illustrés” sur 14-18 furent contemporains au conflit, avec quelques oeuvres fortes déjà. Mais dès l’après-guerre et jusqu’aux années 1970, la Première Guerre fut éclipsée, dans le 9e art, par la Seconde, avant de renaître dans les années 1974-1994, avec une orientation beaucoup plus contestataire et dénonciatrice, marquée par l’emprise de Tardi sur le sujet, ainsi que par d’autres échappées romantico-fantastiques comme Corto Maltese, réinventant la mort du “baron rouge” (près de Corbie, dans la Somme), dans les Celtiques ou Comès associant les combattants des deux camps dans un même regard dans l’Ombre du corbeau.

    Dans la période plus récente, depuis le milieu des années 1990, la Grande Guerre est devenu un sujet à la fois beaucoup plus traité mais aussi plus fragmenté, où se mêlent les récits d’enquêtes (La Tranchée), ceux sur les traumas des survivants (Ex-Voto, le Sang des Valentine, la Vigie, etc), les sagas familiales (aussi diverses, elles aussi, que Fritz Haber de Vandermeulen ou La Croix de Cazenac), mais aussi les histoires ciblés sur une catégorie de soldats: les peintres-soldats des Caméléons et les ambulanciers de l’Ambulance 13 ou glissant vers le fantastique ou les comics (Les Sentinelles ou la Mandiguerre). Le tout dans une grande diversité de styles graphiques.

    L’universitaire termina en évoquant deux séries qui allaient nourrir les tables-rondes de l’après-midi, deux séries aussi à l’honneur à travers des expositions du festival : Notre Mère la guerre et La Guerre des Lulus, avec la présence de leurs auteurs respectifs, Kris et Maël, et Hautière et Hardoc. Deux séries qui, à leur manière, renouvellent, le genre avec succès.
    Dans le miroir de la bande dessinée, se dévoile un reflet déformé de la guerre, une réappropriation culturelle des mythologies et de l’iconographie de 14-18″, conclut Vincent Marie.

    Joe Sacco et Alexandra Oury, hier en fin de matinée lors de la table-ronde.

    Une “réappropriation” qu’a aussi pratiqué l’Américain Joe Sacco – invité exceptionnelle de cette édition 2014 du festival – avec son livre-fresque sur la Bataille de la Somme, qu’il évoqua lors d’une autre table ronde, en fin de matinée, interrogée par la journaliste Alexandra Oury. Une mise en perspective complétée, l’après-midi, par un petit “circuit du souvenir” sur les sites de mémoire de la Haute-Somme, en compagnie des journalistes s’étant déplacés pour l’occasion (à lire par ailleurs dans le Courrier picard de ce samedi et ici)

    Et ce samedi, Joe Sacco, remet ça pour une deuxième table ronde, au ciné Saint-Leu cette fois (à 15h30), où le public aura pu commencer à voir une vision, en boucle, de sa fresque filmée et restituée sur écran géant.

    Joe Sacco sous l'oeil des médias, ce vendredi après-midi sur le site terre-neuvien de Beaumont-Hamel...
    ... et au "Lochnagar", le trou de mine d'Ovillers-la-Boisselle. Un des cratères qui aurait pu trouver place dans sa fresque.
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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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