Les “revues numériques” commencent à apparaître en ligne, tels Professeur Cyclope ou Mauvais esprit, ou sont annoncées (La Revue dessinée). Seront-elles l’avenir de la BD où le plaisir de la lecture sur papier demeurera-t-elle ? Et n’est-il d’ailleurs pas trop manichéen de définir une telle alternative?

    Déjà évoqué lors du dernier festival d’Angoulême, le débat sera aussi présent aux Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens, aujourd’hui. Cette après-midi, le festival réunit pour cela Olivier Jouvray (La revue dessinée) et Fabien Vehlmann (Professeur Cyclope) et James (Mauvais esprit). La question a déjà été évoquée hier, lors une rencontre entre les bibliothécaires et professionnels du livre de Picardie et déjà Fabien Vehlmann, accompagné de James (Mauvais esprit) et Kris (La revue dessinée).

    Nous avons pu rencontrer ces deux derniers auteurs, avant leurs interventions amiénoises. Occasion d’évoquer trois projets plus complémentaires que réellement concurrents et qui, surtout, se sont créés un peu de la même manière – autour d’auteurs – et à peu près avec la même dimension “militante”, la volonté de parvenir à maîtriser un peu son destin et une même logique de support payant.

    Comiques strips

    Mauvais esprit est le plus ancien et celui qui affiche la périodicité la plus intensive. Lancé à l’automne dernier, il affiche déjà, en cette fin mai 2013, son 32e numéro. Composée de vieux routiers, pour certains, de l’expression numérique, à travers des blogs notamment, l’équipe est convaincue que “ce qui compte sur internet, c’est la régularité“, comme le résume James.

    Photo Daniel Muraz / courrier picard
    James et son "Mauvais esprit"

    Le rythme quotidien faisait beaucoup, mensuel apparaissait un peu trop décalé pour un produit humoristique. Le pari de l’hebdo est donc choisi.
    Issue de la mouvance de la BD indépendante, dévolue au strips et courts gags, cette “revue hebdomadaire drôle” vise à “aller chercher le lecteur du XXIème siècle là où il se trouve : derrière son écran.” Et en lui proposant différentes formules bon marché : 1,50 euro au numéro, 4 numéros pour 4 euros ou 12 numéros pour 9 euros.

    Un pari, économique, pas totalement réussi au bout de 7 mois, comme le reconnaît James. En revanche, il souligne la réussite créative et éditoriale. Avec une vingtaine d’auteurs régulièrement publiés, dont Fabcaro, Bouzard, Nicolas Poupon, Soulcié, Terreur graphique ou Emmanuel Reuzé.

    L’Arte et la manière du Professeur

    Le magazine Professeur Cyclope est apparu pour sa part le 1er mars 2013. Avec un rythme cette fois mensuel. Lancé par Arte et un collectif d’auteurs (tels que Gwen de Bonneval, Brüno, Cyril Pedrosa, Hervé Tanquerelle et Fabien Vehlmann), et un look plus “arty”, il vise un public ado-adulte et propose une centaine de pages de contenus, alternant histoires courtes, longs feuilletons ou prépublications. Une version allégée du magazine est disponible gratuitement sur arte.tv. Et l’abonnement pour 11 numéros se monte à 33€, le numéro du mois en cours étant achetable pour 4,99 euros.

    Grands reportages en Revue dessinée

    Un troisième projet est sur le point de voir le jour, le 12 septembre prochain. La Revue dessinée, autour de Franck Bourgeron, Olivier Jouvray, Sylvain Ricard ou Kris, et avec quelques actionnaires individuels et Futuropolis (pour une part minoritaire). Cette fois, le rythme sera trimestriel, au tarif de 15 euros le numéro et l’ambition est moins d’être une revue de BD qu’une revue d’info en bande dessinée – ce que pratique, à petite dose, mais non sans réussite, la revue XXI depuis ses débuts. Reportages, documentaires et chroniques en bande dessinée seront au sommaire, oeuvres de dessinateurs et d’illustrateurs travaillant avec des journalistes, des écrivains ou des universitaires. L’ambiance – du moins celle du pré-site déjà en ligne – est sobre et moderne, avec un logo qui annonce la couleur – voyageuse – et un look minimaliste en noir, rouge et blanc semblant indiquer que c’est bien le fond qui comptera avant tout.

    Photo Daniel Muraz / courrier picard
    Kris (à droite, avec Bruno Duhamel, son dessinateur des "Brigades du temps"), ce vendredi à Amiens.

    Le point d’équilibre est fixé autour de 15 000 ventes ou moins si la revue atteint quelques 6000 abonnés. Pour l’heure,  elle annonce déjà un millier d’abonnés et une opération de crowfunding a permis de réunir 36 000 euros.
    Mais ici, c’est plus le terme “revue” que “numérique” qui importe. Et c’est plus d’ailleurs d’un projet bi-média qu’il s’agit. Dès le départ, l’idée était de sortir aussi – avant tout – une version “print”. “On ne veut pas priver les gens de l’objet papier“, souligne Kris. En revanche, l’espace numérique “va permettre de tester des choses sur le plan narratif” et permettra aussi d’avoir des bonus sous forme de sons ou de vidéos, etc. En clair, il s’agit de voir s’il existe un marché sous cette double forme.
    Mauvais esprit est aussi en négociations avec un éditeur pour publier des albums à partir de sa production hebdomadaire. A titre personnel, James sort d’ailleurs la semaine prochaine chez Delcourt un album de Charles, Charles, pure production Mauvais esprit.

    Au-delà des différences éditoriales ou de périodicité, et avec des équipes qui se connaissent et des auteurs qui travaillent sur d’autres projets ensemble (comme Sylvain Ricard et James, pour un polar très sombre à paraître chez Ankama), on retrouve d’ailleurs une même approche de fond: “Nous sommes des amoureux du livre. Nous ne faisons d’ailleurs pas de l’édition en ligne,constate James, et la revue est complémentaire du papier.” Kris dit un peu la même chose, lorsqu’il souligne qu’il s’agit, de “trouver un nouveau marché, un nouveau support, pour continuer à faire de la BD.” De quoi concilier lecteurs sur écran et adeptes de l’imprimé.

    Les revues numériques sont-elles un des avenirs de la bande dessinée ? Avec Olivier Jouvray, James et Fabien Vehlmann, débat animé par Paul Satis (France 3), samedi 1er juin à 15h30, fac de droit, amphi Bodin, Pôle Cathédrale, placette Lafleur à Amiens.
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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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