Quand les profs d’histoire et géographie planchent aussi sur la bande dessinée

    agora-flyerAmiens a accueilli de ce jeudi et jusqu’à samedi le congrès national puis le festival de l’Association des professeurs d’histoire et géographie. Et la bande dessinée n’était pas oubliée au programme.

    L’Association nationale des professeurs d’Histoire et de Géographie (APHG) a donc choisi Amiens comme lieu de son congrès biannuel. Avec notamment une thématique axée sur la guerre, notamment celle de 14-18 en cette année du centenaire de Verdun et de la bataille de la Somme. Et dans ce cadre, parmi les nombreuses conférences et tables-ronde organisées ce jeudi à l’intention des membres de l’association, plusieurs ont évoqué la bande dessinée…

    Agrégé d’histoire, enseignant à Nîmes et à l’université de Montpellier, Vincent Marie (à qui l’on doit les expos consacrées à Tardi et à la “mobilisation générale” sur la bande dessinée autour de 14-18 organisées à l’Historial en 2008) a ainsi développé sa réflexion sur les guerres, les traumatismes et la manière dont ceux-ci sont restitués à travers leurs représentations graphiques. Ces bandes dessinées abordant différents genres, avec tout d’abord la tentative de description durant la bataille, “au paroxysme  de la violence en mouvement”, comme l’entreprennent Joe Sacco dans sa fresque sur la bataille de la Somme ou Jean-Pierre Gibrat dans Mattéo. Sans oublier, dans une approche expressionniste, Tardi qui exprime la “brutalisation” de la guerre à travers la souffrance de ces poilus.
    Autre approche, celle visant à saisir la mémoires des traumatismes, reflet d’une mémoire familiale, comme pour Spiegelman dans Maus ou chez le mangaka Kiji Nakazawa dans Gen d’Hiroshima. Mais dessiner les traumatismes, c’est aussi, “faire voir le temps qui passe et qui, à petit pas, efface des mémoires la présence des conflits“. Entre autres exemples, Vincent Marie a mis notamment l’accent sur Revenants, d’Oliver Morel et Maël, évocation des GI’s de retour d’Irak ou Le fantôme arménien, de Thomas Azuelos.

    Jean-François Devillers et Vincent Marie
    Jean-François Devillers et Vincent Marie

    Jean-François Devillers, enseignant au lycée Cassini de Clermont (dans l’Oise), a pour sa part témoigné de l’utilisation de la bande dessinée dans son travail avec des lycéens de 1ere. Ce passionné de bande dessinée a choisi d’aborder la thématique de la Grande Guerre à travers divers albums. Les albums de Tardi, bien sûr, mais aussi Notre-Mère la Guerre de Kris et Maël, Le chant du cygne ou encore La Guerre des Lulus. Ayant effectué ce travail avec ses élèves pendant deux ans, en 2015 et 2016, il espère renouveler l’expérience à la rentrée 2017. Cette approche a en tout cas suscité l’intérêt. L’intervention affichait complet.

    Dans l’après-midi, Emmanuelle Demaille (également enseignante au lycée Cassini de Clermont) devait aussi consacrer une intervention, plus ciblée sur l’utilisation de Maus, d’Art Spiegelman “pour enseigner l’indicible“.

    Lors de la table-ronde du samedi, avec Régis Hautière, Vincent Lemaire (Hardoc ) et Pascal Mériaux
    Lors de la table-ronde du samedi, avec Régis Hautière, Vincent Lemaire (Hardoc ) et Pascal Mériaux

    Ce samedi, lors de la journée grand public cette fois, La guerre des Lulus était aussi au centre des débats, lors d’une rencontre avec Régis Hautière et Hardoc, animée par Pascal Mériaux, de l’association On a marché sur la bulle, lors de la journée “grand public” de la manifestation d’Historiens. Devant une salle bien pleine, à la Maison de la culture, ce fut l’occasion de revenir sur la genèse de la série (née d’une réflexion à l’Historial de Péronne sur l’absence de BD sur 14-18 ayant des enfants comme héros), mais aussi sur la manière de travailler (sur documents et en repérages) des auteurs.

    A noter que les interventions de Vincent Marie, Jean-François Devillers et Emmanuelle Demaille ont également donné lieu à des contributions écrites dans la plaquette éditée par l’APHG pour ce congrès, sur les “nouvelles approches des guerres, nouveaux visages des campagnes et des agricultures en France”. Une démonstration que la bande dessinée a pleinement droit de cité dans l’Education nationale, comme support pédagogique et objet de réflexions.

    Les éditions de la Gouttière étaient présentes au "salon du livre" du congrès de l'APHG, jeudi.
    Les éditions de la Gouttière étaient présentes au “salon du livre” du congrès de l’APHG, jeudi.
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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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