Revue de presse sur la BD à l’occasion d’Angoulême

    Marronnier médiatique traditionnel, et principal instant ou la bande dessinée à droit de cité à la “une”, le Festival d’Angoulême, fin janvier, est aussi – quand même l’occasion – de trouver des éclairages intéressants sur le 9e art. Petite revue de presse, pas exhaustive et subjective.

    KaBoom, arrivée fracassante ?

    Kaboom, c’est la nouveauté éditoriale de ce début d’année, en matière de presse BD. Lancé par les éditions réticulaires (éditeur du mensuel Chronic’Art) et la société 2B2M (séries Fan, etc), ce hors-série commun, opportunément sorti pour ce 40e festival d’Angoulême, est dirigé par Stéphane Beaujan, pigiste aux Inrocks.

    Mis à part un nom surgi nulle doute d’un grand brainstorming d’agence de com, une couverture pas franchement attirante et un cahier photo-mode (!) laborieusement rattaché à Blake et Mortimer (mais il faut bien vivre…), ce premier numéro est assez passionnant. Au sommaire, principalement des longues interviews – notamment de Chris Ware, Uderzo, Otomo ou Quino (le papa de Mafalda). Eclectisme encore avec un entretien croisé entre Tardi et Emmanuel Guibert autour de la “rigueur documentaire” dans la bande dessinée, ainsi qu’un dossier, original, sur “pourquoi fabriquer des livres ?” à l’heure du numérique. Quelques avant-premières (Blutch, Blain, etc) terminent ce copieux magazine.Intéressant, comme il l’affirme pour les “fans de BD” comme pour ceux qui seraient “totalement profanes”. Selon la lettre d’infos PresseNews, en cas de succès (15 000 exemplaires espérés), le magazine serait pérennisé sur un rythme semestriel. Achetons le, donc…

    L’Express anticipe le futur de la BD

    Concis, mais pas inintéressant le mini-dossier que l’Express consacre cette semaine à l’avenir de la BD. Pas franchement enthousiasmant non plus, certes. Avec en guise de titre : “La bande décimée”… Et un dossier beaucoup tourné, là encore, autour du basculement – progressif, souhaité ou alarmant – vers le numérique.

    L’hebdo est allé interroger huit personnalités sur leur vision du secteur dans vingt ou trente ans. Jean-Christophe Menu fait dans la résistance et affiche un rôle d’éditeur militant du livre. Tout comme Philippe Ostermann, directeur général de Dargaud qui ne voit pas évoluer l’album, mais naître, à côté, d’autres supports. Benoît Mouchart (ex-directeur du festival d’Angoulême partant chez Casterman), Didier Borg (éditeur chez Casterman) ou une libraire envisagent plus ou moins une évolution – comme pour la presse – de la BD papier vers une “niche” haut de gamme. On notera aussi le beau plaidoyer de François Schuiten, qui dit sa confiance dans le mélange “organique du texte et de l’image” et évoque surtout la modernité comme “façon de penser autrement”. Et Joann Sfar pointe la question, essentielle, de la rémunération des auteurs dans tout ça… A conserver et à relire donc dans 17 ans…

    Les Inrocks publient déjà leurs palmarès

    L’hebdo culturel consacre sa Une à Angoulême. Et, dans sa ligne branchée (et snob), il la consacre à Hypocrite, une héroïne (oubliée) de Jean-Claude Forest. L’un des quarante “trésors cachés” exhumés par les Inrocks dans leur dossier. De L’espiègle Lili d’Al G. à Ma vie est un enfer de Matt Groening (d’avant les Simpson) en passant par le quand même moins méconnu Jolies ténèbres de Kerascoët et Vehlmann.

    Autre palmarès, plus contemporain, celui dédié – dans le petit cahier spécial Festival – aux “15 albums marquants de la sélection du 40e anniversaire”. Au vu de la mise en page, on en conclut que l’album de l’année, pour les Inrocks est Automne,  du britannique Jon McNaught. Parmi les autres albums cités : Demain, Demain de Laurent Maffre, Hors-Zone de Blexbolex, le tome 2 de Quai d’Orsay de Blain et Lanzac ou l’Enfance d’Allan d’Emmanuel Guibert.

    CaseMate bétonne, comme d’habitude

    Devenu l’incontournable mensuel des amateurs de bande dessinée, CaseMate réalise un vrai-faux “Hors série Angoulême” – pour son numéro daté de février,et un train de pages semblable à ses autres numéros – avec une savoureuse enquête sur “Angoulême by night” et les à-côtés festifs (ou pas) du festival… A noter aussi – surtout – un dossier “exclusif” sur la sortie annoncée d’Universal War Two pour septembre (et un long entretien avec Bajram) et quatre jolies pages chaleureuses consacrées à La Guerre des Lulus.

    Libé redessine toujours aussi bien l’actualité

    Rendez-vous devenu désormais presque aussi historique que le Festival en lui-même, Libération passe donc, ce jeudi, en mode dessiné. Et, il faut l’avouer, le principe de faire illustrer l’actualité du jour par des dessinateurs marche toujours bien. Derrière une jolie “Une”, très graphique et colorée de Lorenzo Mattoti, on notera surtout la double page de BD-reportage de Riad Sattouf dans une réunion de parlementaires opposés au mariage pour tous, un superbe dessin de François Ayrolles faisant dans la fantastique Z et burlesque pour détourner les craintes de la droite sur le mariage pour tous, la jolie illustration de Laure Manaudou par Boucq , sans oublier la carte météo revue par Milo. Mais la vraie force du dessin se révèle dans la bande dessinée de Marcelino Truong qui montre, enfin, la guerre du Mali – pour l’heure toujours privée d’images… Et le journal se conclut par un portrait du blogueur-BD Boulet.

    Quand au cahier Livres, totalement consacré, lui-aussi, à la bande dessinée, en l’absence de gros dossiers, il s’ouvre sur la nouvelle enquête du commissaire Achab (au Havre), de Douay et Piatzszek, et s’intéresse notamment à Red Ketchup, le “super-héros” québecois, remonte aux origines de Picsou et offre un “poster” double pages centrales à Rupert et Mulot.

    Sud Ouest, Charente Libre, les locaux de l’étape

    Partenaires et relais habituels de la manifestation, le quotidien régional Sud Ouest et son confrère départemental de La Charente libre accordent aussi une belle place au Festival. La Charente avec un copieux cahier spécial (comprenant notamment une intéressante frise historique de retour sur 40 ans de festival) et une jolie “une” signée Boucq. Le quotidien bordelais, lui, propose une intéressante interview de Comès, un sujet sur la jeune Pénélope Bagieu et ouvre ses pages à Uderzo. Avec une accroche un peu survendue, certes : le père d’Astérix n’illustre pas au sens littéral l’actu du jour, mais les éditeurs de Sud Ouest ont choisi au sein des albums déjà parus d’Astérix des vignettes, pour des hauts de pages en lien avec les sujets des articles. Clin d’oeil amusant et effet réussi.

    France Culture fait dans le feuilleton BD

    La radio se met aussi à l’heure de la bande dessinée. Et l’une des opérations les plus originales est due à France Culture, où l’on peut écouter durant toute cette semaine… une transposition radiophonique de la série à succès de Joann Sfar. Dix épisodes de 25 minutes pour restituer les cinq tomes des aventures du chat doué de paroles et du sage rabbin (à qui le grand Rufus prête sa voix ici). Une belle performance collective. Ce n’est pas une totale nouveauté (Agrippine de Claire Brétecher avait bénéficié du même traitement au printemps et la radio prévoit de faire de même prochaînement avec Quartier lointain de Taniguchi et Gemma Bovery de Posy Simmonds). En tout cas, un résultat très réussi.

     

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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