Les petits meurtres de Renée Stone

    Meurtres en Abyssinie, tome 1, Julie Birmant (scénario), Clément Oubrerie (dessin). Edition Dargaud, 62 pages, 14,99 euros.

    Renée Stone, une romancière anglaise à succès fraîchement divorcée, quitte la grisaille de la capitale britannique pour rejoindre le soleil chaud de l’Ethiopie afin d’assister au sacre de l’empereur Haïlé Sélassié Ier à Addis Abeba, en octobre 1930. Sur place, la jeune femme, ravissante et fantasque, croisera une galerie de personnages semblant tout droit sortir d’un de ses romans policiers : John Malowan, un archéologue, maladroit et amoureux, Alfred Theziger, un explorateur mystérieux et charmant, et Graham Gray, autre romancier à succès, aussi infect que cultivé, ou un étrange propriétaire d’une réserve de babouins. Suite à la découverte un sceau prétendument magique ayant appartenu à un ancien roi de Mésopotamie, tout ce beau monde va se retrouver embarquer dans une rocambolesque chasse au trésor, à travers les routes d’Abyssinie, sur fond de meurtres, course-poursuite et légendes anciennes. Renée Stone devra s’armer de vigilance pour éviter de tomber dans les pièges tendus par tous ces faux-amis, mus par un même but pour des raisons extrêmement opposées. La vie est parfois plus palpitante qu’un roman…

    Le titre Meurtres en Abyssinie, une aventure de Renée Stone et la couverture (le visage du personnage principal en gros plan sur fond de gravures anciennes) donnent de suite le ton cette bande dessinée à l’ambiance rétro. Le duo Julie Birmant, au scénario, et Clément Oubrerie (Aya, Voltaire amoureux), au dessin ayant déjà travaillé ensemble sur la série Pablo, replonge le lecteur en enfance avec cette histoire romanesque et exotique, entre film d’aventure et roman policier aux influences pêle-mêle. Bien entendu le titre est un clin d’œil à Meurtre sur le Nil de la reine du genre, Agatha Christie. D’ailleurs l’un des personnages, Graham Gray, cultive une ressemblance physique étonnante avec Peter Ustinov ayant joué le rôle de Hercule Poirot, dans l’adaptation au cinéma de ce roman culte. On pense aussi à l’univers d’Indiana Jones – sans le fouet et le chapeau feutre mais en jupon et avec chignon – à travers les différents personnages, notamment celui de l’explorateur-baroudeur, et la découverte d’une église secrète contenant « l’arche de la nouvelle alliance » et tous les mythes qui l’accompagnent.

    Mais il sera injuste de résumer cette bande dessinée à cette série d’influences, tant les auteurs réussissent à imposer leur propre patte et nous faire voyager – à l’instar de leur héroïne – dans cette aventure riche en rebondissements. Renée Stone, gazelle égarée dans un milieu de dangereux prédateurs – démontre des capacités d’adaptation au danger inattendu avec un flegme britannique si caractéristique et adorable. Les personnages secondaires sont aussi intrigants qu’inquiétants, chacun cachant de lourds secrets que les auteurs tarderont bien sûr à dévoiler. Et la description de la petite société britannique « exilée » aux confins de l’empire mais en gardant tous ses us et coutumes (comme bien entendu le sacro-saint tea time) est savoureuse.
    L’histoire trépidante et quasiment sans temps mort est parfaitement bien restituée au dessin par un découpage dynamique avec un véritable jeu sur le format des cases. Enfin Clément Oubrerie réussit à nous impressionner par sa maîtrise picturale en dessinant les paysages grandioses d’Afrique, les scènes d’action et les personnages, aux traits plus réalistes que ses premiers albums. Ce n’est d’ailleurs pas sans évoquer l’œuvre graphique d’un certain Hugo Pratt, ayant passé sa jeunesse dans cette ancienne colonie italienne où il avait planté le décor d’une des aventures de son héros fétiche Corto Maltese (Les Ethiopiques).

    En résumé, on se laisse entraîner par cette bd divertissante comme devant un bon vieux film ou roman d’aventure qui ne donne qu’une envie : connaître la suite !

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Journaliste depuis près de 20 ans, dans différents titres de la presse locale, tombé dans la marmite des bulles, quand il était petit, en découvrant Snoopy puis les aventures d'un naufragé du A, des Tuniques bleues ou encore d'un Gentilhomme de fortune accompagné d'un célèbre révolutionnaire russe. Toujours passionné de BD, a collaboré à l'éphémère magazine BachiBouzouk, écrit un mémoire sur "L'Association" en 1999 sous la direction de Pierre Christin (IUT de journalisme de Bordeaux) puis aujourd'hui chroniqueur à Bulles Picardes.

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Zorkons et gloutons dans la bande dessinée

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis ! 0J'AIME0J'ADORE0Haha0WOUAH0SUPER !0TRISTE0GrrrrMerci !

    La guerre des boutons n’aura jamais de fin

     La guerre des boutons, chez Dargaud, par Berlion, tome 2 : Pourris de Velran ...

    Les caricatures sportives, ça roule !

    Légendes du sport automobile, Michel Janvier, Jean-Marc Borot, Roger Brunel, Jean-Paul Renvoizé. Editions Vents ...

    Trondheim et Vatine vers l’Infinity et au-delà !

    Infinity 8, comics 1,2,3: Romance et maccabées, Lewis Trondheim et Zep (scénario), Dominique Bertail ...

    Cafardman, en vert et contre tout… sauf la rigolade

    Cafardman, l’Abbé. Aaarg! Editions, 94 pages, 17,50 euros. Dans ce futur proche, dévasté par ...

    Le combat Tesla – Edison continue de faire des étincelles

    Les trois fantômes de Tesla, tome 2 : la conjuration des humains véritables, Richard ...