Brecht Evens voyage au bout de la nuit

    Les Rigoles, Brecht Evens. Editions Actes Sud BD, 336 pages, 29 euros.

    Il s’en passe des choses, dans une ville, la nuit. Et plus particulièrement dans ce quartier des Rigoles, apparemment à Paris, quartier des bars et boîtes de nuit, où l’on va suivre ici l’errance de quelques uns de ces fêtards. Pour sa dernière nuit avant un déménagement à Berlin où il doit retrouver sa compagne, Jona cherche désespérément quelqu’un pour boire un dernier verre, avant de retrouver, au hasard de la nuit, un vieux copain douteux, Buzz. Pas très loin, Rodolphe, alias “Baron samedi”, ex-roi de la fête revient timidement retrouver cette atmosphère noctambule si particulière, Michael, juriste un brin coincé dîne avec sa femme et des et Victoria tente d’échapper à ses amis étouffants en suivant Carmen, une danseuse de pole dance. 

    Après les Noceurs, l’auteur flamand Brecht Evens renoue avec le monde de la fête. Une fête ici parfois glauque, mais qui s’exprime toujours à travers un style inimitable, une explosion de couleurs et une légèreté de ton qui n’empêche pas de donner vie à des caractères haut en couleur. Et Evens gère ce nouveau roman choral en virtuose, associant la maîtrise de son récit pluriel au fil des pérégrinations et digressions des personnages, qui vont se croiser, se perdre et s’échapper, à une fluidité narrative qui emporte le lecteur au bout de cette nuit colorée.

    Comme dans ses précédents livres, il s’affranchit une fois encore des codes classiques de la bande dessinée. Ce récit stupéfie et envoûte par son explosion de couleurs et son rythme virevoltant. Avec, la plupart du temps, une absence de cases et de phylactères. Mais l’ensemble reste constamment lisible grâce à ses astuces graphiques aussi originales qu’efficaces (comme celle d’associer aux dialogues la teinte dominante des personnages).

    A la fin de la nuit – et du livre – on le refermera avec la sensation d’avoir fait des rencontres intéressantes et découvert des gens attachants. Mais des rencontre sans lendemain, car il ne restera pas forcément grand-chose du fond de cette histoire. Une errance douce-amère, graphiquement spectaculaire – voire unique en son genre – et un peu vide. Une légèreté et une vacuité qui reflètent bien, il est vrai, ce monde noctambule, restitué visuellement ici de façon magistrale. Brillant.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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