Les Tuniques bleues creusent toujours le sujet de la Guerre de Sécession

     Les Tuniques bleues, tome 63: la bataille du Cratère, Raoul Cauvin (scénario), Willy Lambil  (dessin). Editions Dupuis, 48 pages, 10,95 euros (version noir et blanc avec carnet graphique, 96 pages, 32 euros).

    Sur terre, sur mer, dans les airs, à cheval bien entendu, les Tuniques bleues, et plus particulièrement deux de leurs recrues les plus connues, le Sergent Chesterfield et le caporal Blutch, continuent cette fois la Guerre de Sécession… sous terre.

    Cette fois, en effet, après une énième charge inutile et sanglante qui a décimé le 22e Régiment de cavalarie, le duo est envoyé à la demande du général Grant au siège de la ville de Petersburg. Siège qui s’enlise, les confédérés étant solidement retranchés en position haute. C’est alors que le lieutenant-colonel Pleasants suggère un angle d’attaque original: creuser un tunnel arrivant sous les positions ennemies, puis faire sauter une forte charge explosive afin de créer une brèche dans les lignes ennemies, ce qui permettra une attaque massive de l’infanterie. Après être parvenu à convaincre l’Etat-major, il lui faut arriver à faire travailler ensemble une unité dirigée par un commandant alcoolique et une autre, composée de noirs, rejetée par les soldats blancs. Et, bien entendu, nos deux Tuniques bleues vont aussi être réquisitionnés, pour creuser mais aussi pour aller récupérer du bois (en faisant sauter pont ou moulin) afin d’étayer le tunnel. Initiative audacieuse originale mais pas forcément garantie de succès…

    On peut saluer, à défaut d’originalité, le renouvellement thématique de cette série historico-humoristique, toujours menée par les vétérans octogénaires Willy Lambil et Raoul Cauvin. Le travail des “tunneliers”, effectivement mis en place durant la Guerre de sécession, a forcément des échos dans la Somme, puisque le 1er juillet 1916, c’est aussi de cette manière que débuta l’offensive la plus meurtrière de toute la Première Guerre mondiale… Et avec d’ailleurs autant de succès que cette “bataille du Cratère”.
    Dans un album un peu plus dense que la moyenne, le sujet n’est néanmoins abordé que d’une façon périphérique. Blutch et Chesterfield, pour des raisons de dynamisme sans doute, étant affectés à d’autres missions que celle de creuser. Et puis, Cauvin, mêle à cette histoire une autre anecdote, plus pesante, celle des relations tendues entre soldats de l’Union et recrues noires – dont l’arrivée est vécue par un soldat, en début d’album, comme une “invasion”. Manière d’ébrécher un peu l’image d’Epinal d’un Nord vertueux engageant une guerre au nom des droits de l’homme et de l’émancipation des esclaves, alors – comme c’est explicitement dit ici – qu’il s’agissait surtout de s’emparer des richesses du sud et réduire un contre-pouvoir un peu trop fort.

    Ceci étant dit, les deux thèmes s’harmonisent plutôt bien, sans se pénaliser, tout comme les portraits guère flatteurs (mais authentiques, précisent bien les auteurs) des généraux nordistes, petite touche d’antimilitarisme qui est une autre marque de fabrique de la série.

    Finalement, c’est l’humour et les chamailleries entre Blutch et Chesterflied qui font les frais de ce surplus de densité historique. Quelques engueulades, un coup de planche sur la tête du sergent quand même, mais des gags restant toujours en retrait. Il est vrai, aussi, que cette vision de la guerre industrielle et du racisme ordinaire ne se prête pas forcément trop au burlesque.

    Le dessin de Willy Lambil, pour sa part, demeure égal à lui-même et confère toujours à ces Tuniques bleus une bonne tenue. Et cet opus 63 reste dont d’une bonne facture, adapté aussi bien aux jeunes lecteurs qu’aux plus anciens. Et pour la partie la plus bibliophile de ces derniers, comme pour les derniers albums, une version noir et blanc “luxe” et enrichie a également été éditée.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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