La magie des Vieux Fourneaux fait un peu moins d’effet

    Les vieux fourneaux, tome 4: la magicienne, Wilfrid Lupano (scénario), Paul Cauuet (dessin). Editions Dargaud, 56 pages, 11,99 euros.

    Après leur dernière virée, le trio de “vieux fourneaux” s’est de nouveau dispersé. Pierrot est reparti dans sa communauté autonome à Paris, Mimile s’est exilé en Ecosse. Et Antoine a accompagné sa petite-fille Sophie dans sa tournée d’été du théâtre du “Loup en slip”.
    De retour au village, il découvre qu’une ZAD s’est implantée dans l’ex-champ de Berthe, vendu à l’entreprise Garan-Servier qui envisageait d’y étendre son usine. Mais voilà, on a découvert une “magicienne dentelée”, à savoir une sauterelle qui verrait son écosystème menacé par le projet industriel. Contre toute attente, Antoine voit d’un mauvais oeil les “zadistes”. L’ancien syndicaliste soutenait le projet qui pourrait relancer l’économie de la région. Autant dire qu’il apprécie moyennement de voir atterrir Pierrot et tout un car d’activistes du 3e âge. A moins que ce dernier n’ait une autre idée derrière la tête. Et le projet de Garan-Servier n’est peut être pas si transparent que cela en fait.
    Pendant ce temps, Sophie, tente de résoudre ses problèmes de toiture et recherche la vérité au sujet de son père. Tandis que tout le village s’interroge sur l’identité du père de sa fille, Juliette…

    Ils sont toujours pleins de vigueur, nos “Vieux Fourneaux” et ce quatrième album coche encore toutes les cases des précédents épisodes : des héros chaleureux et attachants, une sensibilité aux questions sociales et d’actualité (ici les ZAD, pris d’ailleurs avec un regard non manichéen, mais aussi les questions de délocalisation ou de développement rural), un dessin toujours chatoyant et plein d’empathie.
    Reste que la magie fait un peu moins d’effet. Déjà sensible dans Celui qui part, l’ensemble commence, sinon à tourner dans le vide, du moins à tourner au procédé.
    L’un des supports principaux de l’intrigue des tomes précédents était la découverte du “secret intime” des trois papys. Ceux-ci révélé, c’est désormais Sophie, la petite fille d’Antoine, qui se voit lestée d’une part d’ombre. Sans que celle-ci soit de même nature, ni de même ampleur (et elle se voit levée rapidement en deux planches en milieu d’album).
    Il en va de même de l’intrigue principale de cet épisode, moins radicale, moins loufoque. Plus convenue finalement, même si l’histoire se laisse lire avec plaisir et bien que Wilfrid Lupano délivre, au fil des planches, quelques remarques encore très acérées sur les dérives du système économique néolibéral. Et l’épilogue apporte encore une fois sa petite morale fort réjouissante.

    Rien de dramatique, donc. Cependant, à l’heure où la série est devenue un succès public incontestable (750 000 albums en trois ans comme le soulignait l’Obs voilà quinze jours) d’autant plus mérité que rien n’aurait pu le laisser présager au vu du “pitch de départ”, alors qu’elle a donné naissance à un spin-of jeunesse plutôt sympathique, Le Loup en slip (déjà fort de deux tomes) et au moment où la bande dessinée va inspirer un film au cinéma, il serait dommage qu’un tel OVNI se banalise et se normalise trop. Et qu’il devienne finalement une “franchise” commerciale et marketing. Soit à peu près l’inverse de ce pourquoi notre trio de vieux anars combat dans chaque album.

    Au vu de l’âge vénérable des héros, un coup de mou et un petit essoufflement sont bien sûr compréhensibles. Mais on a aussi vite fait de se laisser aller, à cet âge là.
    Faisons confiance à Wilfrid Lupano pour relancer la machine.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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