Maïdan Love, amours déçues de la révolution ukrainienne

     Maïdan Love, tome 2: Yvanna, Aurélien Ducoudray (scénario), Christophe Alliel (dessin), Albertine Ralenti (couleurs). Editions Grand Angle, 48 pages, 14,90 euros.

    On s’attache plus particulièrement ici, dans ces colonnes, à évoquer des albums que l’on aura apprécié ou intéressants à divers titres. C’était le cas de la première partie de Maïdan Love, évocation assez inédite de la “révolution ukrainienne” de 2014 autour de l’épicentre de sa place Maïdan. Un récit mêlant astucieusement le contexte historique, sans manichéisme, l’action et une romance sentimentale nullement mièvre marquée par les élans d’un jeune “berkout” (membre de la police anti-émeutes), Bogdan, basculant dans l’autre camp au fil des circonstances.

    Autant dire que la suite était attendue. Mais celle-ci suscite plutôt la déception et la perplexité.

    Prisonnier des berkouts, commençant à être torturé, Bogdan parvient à s’échapper pour se retrouver au sein d’un groupe de résistants, fans de Narnia. Toujours déchiré entre la recherche de sa fiancée, la blonde Oléna, et son attirance pour Yvanna, la brune infirmière, le jeune homme va traverser la fin de la Révolution dans le coma, suite à la balle d’un sniper. Et se réveiller toujours aussi incertain sur sa vie.

    Si la couverture est réussie, évocatrice, et semble tout à fait bien synthétiser l’esprit de ce diptyque, ce deuxième volet de l’aventure semble se perdre, en perdant justement le fil directeur de la recherche d’Olena par Bogdan et en s’éparpillant en diverses séquences – pas forcément inintéressantes en soi – qui se juxtaposent plutôt qu’elles ne se suivent. On passe ainsi d’un début presque vaudevillesque à séquence de violence frontale, puis à un passage à tendance quasi burlesque avec les “guerriers de Narnia”, suivie d’un instant dramatique conclu par la blessure de Bogdan, l’évocation d’une légende traditionnelle ou une séquence muette et lyrique à la gloire de la “Révolution de la dignité”, avant une conclusion plus intime et sentimentale un peu trop “cut” et frustrante.

    Même si l’on peut comprendre la volonté de montrer l’aspect ambivalent et pluriel d’un tel moment révolutionnaire, la confusion des esprits et des idées, cet aspect patchwork et ces ruptures de ton sont d’autant plus regrettables que Christophe Alliel parvient, une nouvelle fois, à illustrer avec dynamisme et style l’effervescence de ces journée ukrainiennes de 2014.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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