Maudite soit la Grande Guerre

    Maudite ! collectif. L’Association, 112 pages, 20 euros.

    Le centenaire de la Première Guerre mondiale tire à sa fin. Alors que s’annonce, pour le mois prochain, l’album collectif et international Traces de la Grande Guerre, édité par l’association amiénoise On a marché sur la bulle, petit retour sur un autre album collectif, paru voilà deux ans, au titre explicite : Maudite !

    Pas de reconstitutions historiques de batailles ou de récits héroïques ici. Mais une sollicitation de l’imaginaire de la vingtaine d’auteurs participant à l’album, pour  27 histoires courtes au graphisme et aux influences très variées, sous la coordination de Vincent Vanoli.

    Grégoire Carlé s’inspire ainsi de Salammbô de Flaubert pour évoquer une initiation ratée, Stéphane Mercier dessine une vision en plongée d’une tranchée désertée et sombre, Géraldine Kosiak rappelle avec un dessin naïf le souvenir de son “Pépé Jules”, mitrailleur à Verdun, très tardivement décoré de la médaille militaire, amputé à la fin de sa vie à cause des éclats d’obus restés dans son corps depuis 1916. Troubs évoque la guerre vue de Polynésie, entre mémoire oubliée et pression coloniale. Raphaël Gromy et Emmanuelle Amann rappellent les “dix jours qui n’ébranlèrent pas le monde”, la tentative de révolution en Allemagne en novembre 1918. Lolmède visite avec acuité le Musée de l’Armée aux Invalides, Plus original, l’Allemand Sascha Hommer fait témoigner… un chien de tranchées.

    Parmi les essais les plus réussis, Baudoin dénonce la “pornographie” de la guerre et salue les monuments aux morts pacifistes ainsi que l’artiste italo-slovène Zoran Music, et ses tableaux grand format sur le thème “Nous ne sommes pas les derniers”. Jochen Gerner propose deux “cartes postales” du siège du Fort de Vaux, en 1916, dans un style un peu moins minimaliste que ce qu’il a l’habitude de proposer dans le magazine Le 1. José Parrondo use d’un style minimaliste également pour s’indigner, avec brio, de l’indécence de la guerre. Nylso, souffre de la comparaison avec Tardi et fait un joli parallèle entre la tranchée et la fosse commune. David B., dans son style flamboyant et fantasmatique se place dans la peau d’un dessinateur autrichien en “duel avec la guerre”.
    Autant de visions singulières et personnelles qui acquièrent leur force par leur juxtaposition, leur mélange, leur confrontation. Et l’ensemble en fait un bel hommage à toutes les victimes de cette “Maudite guerre”.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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