Monsieur Jules, julot casse-coeur

    Monsieur Jules, Aurélien Ducoudray (scénario), Arno Monin (dessin). Editions Grand Angle, 88 pages, 16,90 euros.

    Jules est un vieil acariâtre. Longue barbe blanche, regard sombre, mains dans les poches… Quand il arpente les rues de Paris, c’est en regardant ses godasses, plongé dans les souvenirs d’une époque qui lui était plus douce.

    Jules s’emmerde mais il continue de s’occuper tant bien que mal de mademoiselle Solange et de madame Brigitte. C’est que Jules n’est pas que son prénom. C’est aussi son métier. Il est “Julot casse-croûte” (nom masculin argotique. Souteneur de deuxième catégorie, au moins deux filles). Autrement dit, proxénète sans grande ambition. L’équilibre de cet étrange ménage à trois est précaire mais il existe. Le confort est sommaire dans les deux appartements parisiens qu’ils se partagent mais la vie passe au même rythme que les clients.

    Le trio va voir cette routine chamboulée quand une dénommée Tina tombe dans les pommes… et dans les pieds de tomates du voisin. La jeune femme d’origine africaine, une pute elle aussi, porte sur elle huit passeports et autant de traces de seringues dans l’avant-bras…

    Sans complaisance ni pudeur, Aurélien Ducoudray – scénariste expérimenté à qui l’on doit notamment The Grocery ou les récents Maïdan et Amazing Grace et qui avait participé à l’oeuvre collective Traces de la Grande Guerre – aborde ici le sujet de la prostitution en opposant deux de ses facettes : celle, en apparence, plus acceptable de la pute de quartier à l’ancienne; professionnelle du sexe revendiquée que tout le monde connaît. Et la prostitution internationale, fruit de réseaux mafieux qui mettent sur le trottoir des esclaves modernes à qui l’on promet monts et merveilles lorsque elles quittent leur pays.

    Que l’empathie émane d’un homme désabusé est un ressort scénaristique maintes fois emprunté par la littérature ou le cinéma. On pourrait d’ailleurs imaginer Jean Gabin, Jean-Pierre Bacri ou François Berléand dans le rôle de Monsieur Jules ; un de ces trois-là aurait été ou serait parfait. Reste que la rencontre fortuite entre Tina et Jules n’en est que plus forte.

    Il faut aussi évoquer l’autre personnage central de cette oeuvre : Paris. Arno Monin – à qui l’on doit notamment l’émouvant diptyque l’Adoption – en montre le visage le plus attachant: celui des quartiers populaires (en reste-t-il ?), des petites rues bordées de boutiques aux façades de bois, des chambres de bonnes sous toits de zinc, loin des grands boulevards et des musées nationaux.

    On recommandera sans retenue ce Monsieur Jules, donc, belle réussite pour une première collaboration entre ses deux auteurs, dont l’humanisme a sans doute facilité le travail d’équipe.

    Arno Monin sera le week-end des 23 et 24 novembre au Salon du livre et de la BD de Creil (dont il a fait l'affiche de l'année)

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Tronchet retourne en enfance

    Sortie de route, Didier Tronchet. Editions Glénat, 88 pages, 19,50 euros. Proust avait sa ...

    Siné mensuel anti-machos

    Un numéro spécial “anti-machos”. Et pourtant, on n’est pas le 8 mars… Loin du ...

    L’effet vache

    Le jour où la vache a éternué, James Flora, Hélium (Actes Sud), 48 pages, ...

    Bel horrorscope pour un vieux mafioso

    La peau de l’ours, Zidrou, Oriol Hernandez, éditions Dargaud, 64 pages, 14,99 euros. Chaque ...

    Des semi-elfes à moitité convaincants

    Elfes, tome 4: l’élu des semi-elfes, Eric Corbeyran (scénario), Jean-Paul Bordier (dessin), éditions Soleil, ...

    Le monstrueux face-à-face Hitler-Staline

     Face-à-face Hitler – Staline, Arnaud Delalande et Hubert Prolongeau (scénario), Eduardo Ocana (dessin),  Sylvaine ...