Peleliu, du paradis à l’enfer du Pacifique

    Peleliu, Kazuyoshi Takeda (scénario et dessin), avec le concours de Masao Hiratsuka pour la recherche historique. Editions Vega, 160 pages, 8 euros. (série en cours).

    Septembre 1944, île de Peleliu, dans l’archipel des Palaos. La Seconde Guerre mondiale bat son plein. L’empire du Japon et les Etats-Unis se livrent une lutte sans merci pour le contrôle du Pacifique. Une bataille meurtrière se prépare sur cette petite île de 13 kilomètres carrés investie par 11 000 guerriers nippons. Parmi eux, le soldat de première classe Tamaru, apprenti mangaka, qui tue le temps en dessinant les plages paradisiaques, les palmiers, le paysage rocailleux ou encore des scènes de sa vie quotidienne de bidasse. Plein d’insouciance, Tamaru est un idéaliste croyant à une vie meilleure après la guerre. Son regard tranche avec celui de ses camarades fanatisés prêts à se battre jusqu’au dernier souffle face à l’armada américaine du général MacArthur qui s’apprête à débarquer. La quiétude des lieux ne tarde pas à être perturbée. Tout d’abord par les préparatifs de guerre des Japonais qui creusent des galeries, fortifient leurs positions et investissent les nombreuses grottes. Car après les pertes des îles Salomon, Marshall, Mariannes et Gilbert, l’état-major nippon a décidé d’abandonner la stratégie de défense sur les plages ainsi que les contre-attaques suicides pour adopter une guerre d’usure (fukkaku), à l’intérieur des terres. La tempête survient en même temps que les destroyers américains qui pilonnent les plages, défigurant le paysage luxuriant. A l’abri, le gros des troupes japonaises attend le débarquement Marines. Le sang et les larmes vont couler…

    Ne vous fiez pas au style simpliste, presque enfantin (et finalement attachant avec leurs têtes démesurées) des personnages dessinés par Kazuyoshi Takeda. Le sujet que le mangaka a choisi d’aborder dans Peleliu est grave et continue de traumatiser au pays du Soleil-Levant. Cette sale guerre du Pacifique a fait des millions de victimes et autant de blessés, aussi bien chez les civils que chez les soldats de chaque camp. Une histoire douloureuse qui a marqué des générations de Japonais et d’Américains.

    C’est le cas de Takeda qui a choisi de livrer un manga destiné à décrire l’horreur de cette guerre à travers la bataille de Peleliu. Sans leçon de morale, ni manichéisme. Palpitante et facile d’accès, la bande dessinée a une valeur pédagogique et participe, à sa manière, au devoir de mémoire. Dans un souci de réalisme et de crédibilité, l’auteur a collaboré avec Masao Hiratsuka, membre du groupe de recherches sur la Guerre du Pacifique.

    En France, Trois tomes ont été édités par Vega. On trouve régulièrement au fil des pages des fiches pour comprendre cette bataille (les grades militaires, les spécificités géologiques et climatiques de l’îlot, les forces en présence, les codes utilisés des soldats durant et après les assauts et escarmouches, les difficultés à trouver de l’eau douce, etc.). Des clefs qui rendent la lecture plus éclairante.

    Reste que cette plongée dans l’enfer de la guerre jure avec la personnalité du personnage principal Tamaru incapable de faire du mal à une mouche. A travers des yeux innocents, empreints de poésie et sensibilité, la jeune recrue binoclarde s’évertue à garder son humanité en dépit des épreuves traversées. Si l’espoir subsiste à travers quelques petites victoires du quotidien (un fruit cueilli dans la forêt, une averse salvatrice pour la toilette, une troupe de crabes à faire bouillir…), la situation de Tamaru ne s’améliore pas vraiment au fil de de la série qui raconte la bataille de façon chronologique. Les scènes de guerre sont dessinées avec un réalisme cru tranchant avec le charadesign. On a souvent l’impression d’observer des enfants s’amuser à la guerre même si on a affaire ici à un témoignage quasiment historique et poignant.

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