Le Petit Nicolas de Goscinny et Sempé en version originale

    Le Petit Nicolas, la bande dessinée originale, Goscinny (scénario), Sempé (dessin). Editions IMAV, 48 pages, 12,90 euros.

    Ses histoires illustrées ont bercé bien des enfances (et fait sourire beaucoup de plus grands), la nouvelle génération a aussi la possibilité d’en voir la version filmée. Le Petit Nicolas, tout le monde connaît donc. Ou croit le connaître. Car avant d’être un héros de nouvelles, il fut un personnage de bande dessinée, et belge, qui plus est !
    Tout commence en 1955, par une sollicitation du directeur du Moustique, journal de programmes radio-télé dépendant des éditions Dupuis. Sempé, qui y collabore régulièrement pour des dessins humoristiques est sollicité pour y créer un personnage récurrent. Comme il vient de voir une publicité pour les vins Nicolas, il propose d’appeler son héros Nicolas… Et le petit Nicolas commence à se retrouver dans les pages, dans des dessins gags. Bientôt, le dessinateur est convié à réaliser cette fois une bande dessinée avec son nouveau personnage. Pas très motivé par l’idée d’écrire les scénarios, Sempé appelle un ami rencontré l’année précédente alors qu’il venait de débarquer de New York : Il s’agit de René Goscinny. Celui-ci accepte mais, multipliant les collaborations à l’époque, il signera « Agostini ». La première planche est publiée le 25 septembre 1955. La série s’arrête huit mois plus tard, en mai 1956. Entre-temps Goscinny avait eu maille à partir avec son éditeur pour avoir participé à une réunion visant à améliorer le statut des scénaristes et dessinateurs. Et Sempé, par solidarité, avait aussi quitté le journal (tout comme Uderzo).

    Les aventures du Petit Nicolas auraient pu s’arrêter là. Mais en 1959, le journal Sud Ouest – auquel Sempé avait déjà collaboré – sollicite les deux auteurs pour son édition du dimanche. Goscinny ressort le personnage du Moustique, lui fait désormais raconter ses histoires d’enfant à la première personne et lui adjoint sa bande de copains (Alceste, Maixent, Agnan, etc) et le fameux surveillant de l’école, le Bouillon. La recette était trouvée, avec cette fausse innocence restituée dans un style savoureux et enlevé, auquel Sempé apportait la concrétisation visuelle par ses dessins passés dans l’imaginaire collectif.
    Dans la bande dessinée, le trait est plus approximatif, le personnage se cherche et n’a pas son “gros nez” caractéristique. Et les histoire se déroulent surtout dans le milieu familial. Pas de « Bouillon » ici, mais un voisin « Blédurt » qui lui ressemble un peu. Le style est aussi gentillet que les gags. Nicolas joue du tambour, fait du vélo, doit obéir à ses parents… Et à chaque fois, cela entraîne quiproquos et chamailleries (souvent entre Blédurt et le papa de Nicolas, ce dernier se contentant d’en tirer sa morale). Si les récits n’ont pas la même fluidité jubilatoire des histoires à venir, Goscinny y distille déjà un ton à la fois bienveillant et ironique sur ces adultes qui ne le sont pas tant que ça. Avec une fausse naïveté et une logique enfantine qui en font ressortir toutes les absurdités.
    En cela, ce Petit Nicolas est bien le « petit frère » (ou le grand frère) de celui qui allait arriver en 1958. Certaines planches-gag du Moustique serviront d’ailleurs de source d’inspiration aux nouvelles à venir. C’est notamment le cas pour « Le vélo » et « La plage c’est chouette », dont l’album reprend les deux versions.
    Témoignage historique et bibliographique émouvant, cet album – qui est aussi la seule bande dessinée de Sempé – bénéficie qui plus est d’une belle présentation. De quoi en faire, en effet, un petit « trésor retrouvé » qui reflète, comme le souligne Sempé (dans le dossier de presse) « un trait et une innocence perdus. »

    En haut, la bande dessinée “originale” ; en bas, l’illustration pour la nouvelle illustrée
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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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