Philippine Lomar à suivre dans le Courrier picard au fil de l’été et de la Somme

    Cet été encore, le Courrier picard met à l’honneur la bande dessinée et les auteurs picards. Après La Guerre des Lulus de Régis Hautière et Hardoc (ed.Casterman) qui nous a rituellement accompagné ces dernières années, place à Philippine Lomar. Une bande dessinée 100 % « made in Picardie », par ses auteurs, son éditeur, son héroïne et, pour l’instant, ses lieux d’action.

    Philippine Lomar, dans la première page du tome 3 “Un poison dans leau” et,, en dessous, Greg Blondin et Dominique Zay, au banc dhonneur.

    La jeune enquêtrice imaginée par Dominique Zay (au scénario) et Greg Blondin (au dessin), s’est imposée avec un ton bien à elle, traitant de sujets sérieux avec une douce légèreté et un style très enlevé. Cet été, avant la sortie du cinquième tome, nous la (re)suivrons au jour le jour, le long de la Somme sur la trace notamment d’une sombre histoire de pollution, avec la reprise du tome 3: Poison dans l’eau.
    Avant cela, petit entretien de mise en perspective avec les deux auteurs.

    Philippine est ma fille fantasmée.
    C’est la fille que je n’ai pas eu,
    l’enfant que j’ai perdu
    et que je fais vivre en fiction

    Greg Blondin et Dominique Zay, remontons à la source de la série. Comment est né ce personnage ?

    Dominique Zay : Philippine Lomar est née de la rencontre avec Pascal Mériaux, l’éditeur, et Greg Blondin, le dessinateur. J’ai proposé cette héroïne pour deux raisons. D’abord, je trouvais que c’était bien adapté pour les ados. Cela permettait d’aborder des sujets un peu durs sans dépasser les limites. Ça, c’est un clin d’œil à ce que j’aime dans le polar – au-delà du nom, bien sûr qui évoque Philip Marlowe, le héros de Raymond Chandler – plus de l’humour et de la poésie. L’autre raison, c’est que Philippine est ma fille fantasmée. C’est la fille que je n’ai pas eu, l’enfant que j’ai perdu et que je fais vivre en fiction.

    Pour la présenter, il s’agit donc d’une collégienne qui est aussi détective privé amateur…

    D.Z. : C’est surtout une jeune fille qui a de l’intuition et le sens de la répartie, qui aime bien dévoiler la vérité, elle a le don de flairer les embrouilles. Et on lui a inventé des « roues de secours », des personnages secondaires qui viennent l’aider : Gégé pour conduire, Mob pour faire face aux gens un peu violents, sa mère pour lui remettre les idées en place et qui joue le rôle du personnage symbolique philosophique. Tous ces seconds rôles complètent son identité. Mais elle a avant tout une grosse personnalité.

    Côté dessin, comment s’est faite la mise en forme du personnage ?

    Greg Blondin : Comme souvent, déjà à travers les images et les descriptions que m’en a fait Dominique. Ensuite, je me suis aussi inspiré des jeunes avec qui je travaille en ateliers de dessin. Dans un groupe, il y a toujours une fille ou un garçon dont la personnalité se rapproche de celle de Philippine. J’essaie de capter sa manière de s’habiller, ses attitudes. Souvent, le caractère correspond à sa manière d’être. Tout ça se complète. Mais Dominique dirait que c’est normal, c’est lié…

    D.Z. : Et ça, c’est quelque chose qui énerve un peu Greg ! Lorsque nous sommes dans un salon, à dédicacer, je prédis souvent à Greg le métier de la personne qui vient nous voir. Et les trois-quarts du temps, je suis dans le vrai ! Ce n’est pas seulement sa façon de s’habiller, c’est plus largement ce qu’elle dégage…

    G.B. : On ne cesse d’observer les gens pour choper des choses qui se passent, des émotions, des éléments de langage. C’est comme cela que se dessinent les personnages.

    Ce qui était au départ un simple décor anecdotique pour nous est devenu plus important

    Autre élément notable, Philippine est Amiénoise et évolue dans sa région natale. C’était dans le cahier des charges de l’éditeur (les Editions de la Gouttière étant basées à Amiens) ?

    D.Z. : Non, pas du tout. Au départ, donc j’avais écrit un roman qui n’était pas localisé. Mais on s’est dit, ensemble, avec La Gouttière, qu’il serait bien de la faire faire habiter Amiens. Aujourd’hui, c’est un peu les limites que l’on s’efforce de dépasser. Comme dans les prochains albums, qui se déroulent à Amiens mais aussi ailleurs, voire à l’étranger comme ce sera le cas dans les tomes 6 et 7. Mais ce qui était important pour nous, c’est qu’elle soit Picarde.

    Pour le dessin, c’est un challenge de devoir dessiner des lieux que beaucoup de lecteurs connaissent ?

    G.B. : Oui. Au début, je le prenais cela comme un « petit plus » amusant. C’est au moment des premières dédicaces que je me suis rendu compte de l’effet. On a eu des retours notables d’Amiénois. Les lecteurs nous parlaient de la ville comme d’un vrai personnage secondaire, voire plus. Et avec une certaine fierté. Ce qui était au départ un simple décor anecdotique pour nous est devenu plus important. Maintenant, nous nous amusons à lister les lieux qui ont déjà été dessinés, ceux que nous n’avons pas encore faits…

    D.Z. : Ainsi, nous n’avons pour l’instant jamais dessiné le stade de La Licorne. J’aimerais bien qu’on le fasse dans un prochain tome…

    Cet aspect est d’autant plus notable que vous avez fait le choix d’avoir des décors très réalistes, alors que les personnages sont beaucoup moins réalistes ?

    G.B.: Je n’ai rien inventé. Je crois que c’est Hergé qui a initié cette façon de faire. L’idée est que si on part d’un principe de personnages simples, un peu caricaturaux, il faut des décors assez réalistes afin de contrebalancer. Et puis, nous sommes dans une temporalité précise, actuelle, dans un lieu qui existe. Il fallait donc des décors reconnaissables pour ne pas tomber trop dans le simplisme.

    Côté personnages, vous ajoutez aussi quelques clins d’œil plus « réalistes », comme la présence de Jules Verne…

    D.Z. : Il est là dans chaque album. Et Greg me dessine aussi dans chaque album ! Et on trouve aussi des personnes que l’on a croisé. C’est un petit jeu pour les lecteurs les plus fidèles et attentifs.

    G.B. : Parfois, Dominique me demande aussi de mettre des personnages qu’il apprécie. Comme dans le prochain album avec Raymond Chandler…

    D.Z. :… Philippine montre en effet une photo de son père. Et c’est Raymond Chandler, jeune… Mais c’est surtout pour nous, ça. Il faut savoir que c’est Chandler pour le reconnaître !

    On peut faire pleurer le lecteur,
    mais on ne lui tend pas le mouchoir

    Au-delà de ces aspects, la mise en page, on pourrait dire la mise en scène est très cinématographique. C’est quelque chose d’important pour vous ?

    G.B. : Comme nous avons carte blanche avec La Gouttière, et que Dominique est ouvert à ce genre de propositions, j’en profite.

    D.Z. : Je suis obsédé par les cadrages, les découpages du cinéma, j’aime qu’il y ait des amorces, des bords cadre. Et aussi pour les personnages, d’ailleurs. Souvent, nous parlons en référence à des acteurs du cinéma français des années 50. Dès le scénario, je dis à Greg ce que j’ai en tête de ce point de vue, et il traduit, y met sa patte. Je connais ses obsessions et il connaît les miennes. Lui a des références plus modernes, plus mangas. Moi, ce sera plus le polar…

    G.B. : et tout ça se combine bien. C’est un langage visuel.

    Cet été, dans le Courrier picard, nous allons donc faire partager à nos lecteurs le tome 3, Poison dans l’eau. Que pourriez-vous en dire ?

    D.Z. : Là, Philippine est confrontée à une histoire de pollution, en suivant la Somme, d’Amiens jusqu’à la baie. On se pose donc du côté de Long, de Longpré-les-Corps-Saints pour aller jusqu’au Crotoy.

    Nous avons fait des repérages pour cela. Et ce fut vraiment le coup de foudre. C’est très joli comme coin.

    Pour l’anecdote, on a imaginé donc que c’était pollué. Et six mois après, des gens déversaient des bidons toxiques à cet endroit-là. Bon, j’espère qu’on ne porte pas la poisse !

    G.B. : Il y a des coïncidences dans plusieurs histoires. Dans le tome 2, on évoque un braquage des Restos du Cœur… qui ont effectivement été dévalisés quelques mois plus tard. Je ne sais pas si Dominique est devin ou quoi…

    Dans le prochain album, de quoi faudra-t-il donc se prémunir ?

    D.Z. : Ce cinquième album, Un vilain, des faux, aurait dû sortir en mai. À cause du Covid, il est repoussé à fin août. Mais pendant le confinement, j’ai déjà écrit le tome 6 et commencé le tome 7 ! Alors, après la résolution du cliffhanger qui terminait le tome 4, ce tome 5 commence à Paris mais va vite revenir à Amiens. Et c’est dans le train que Philippine va rencontrer une petite fille camerounaise qui fuit les contrôleurs. Elle va chercher à la protéger et tout va partir de là. Ce sera l’occasion d’évoquer le thème des sans-papiers, des ateliers clandestins, etc.

    Le challenge reste toujours de traiter des sujets un peu graves, tout en gardant des espaces de poésie. C’est ce que j’aimais déjà faire dans mes polars. Comme disait Antoine Blondin : « On peut faire pleurer le lecteur, mais on ne lui tend pas le mouchoir »…

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    La Voix du Nord lance sa Grande série de BD sur la Grande Guerre

    La Voix du Nord propose une collection “exclusive” sur “14-18 en BD”. Réédition de ...

    La Symphonie fantastique de Billy et David Périmony

     Billy Symphony, David Périmony. Editions de la Gouttière, 104 pages, 16 euros. Parution le ...

    Hommages dessinés à Notre-Dame de Paris

    C’est devenu presque un rituel, depuis le massacre de l’équipe de Charlie hebdo, chaque ...

    M-BD, du nouveau dans les kiosques

    Après les “livres dont vous choisissez la fin” (concept qui connu son heure de ...

    Bande dessinée & franc-maçonnerie d’une planche à l’autre

    Bande dessinée, imaginaire & franc-maçonnerie, Manuel Picaud, Joël Gregogna. Editions Dervy, 328 pages, 26 ...

    La reine du manga couronnée à Angoulême

    C’est officiel depuis ce soir: Rumiko Takahashi, l’autrice de Ranma ½, Urusei Yatsura ou encore Maison Ikkoku, a ...