Pourquoi ces petites fables contemporaines de Christophe Chabouté séduisent autant

    Fables amères, tome 2: détails futiles, Christophe Chabouté. Editions Vents d’Ouest, 104 pages, 13,90 euros.

    Neuf ans après un premier tome, Christophe Chabouté propose un deuxième recueil d’histoires courtes, plongeant dans la banalité du quotidien. Un skin, de retour sous la pluie d’un meeting facho hésite à monter dans une voiture conduite par un arabe, un “bobo” parisien adepte du trekking et de l’alpinisme dans l’Himalaya se confronte à une ascension plus urbaine, une amie vient “réconforter” une vieille dame à l’hôpital, un jeune de banlieue quitte l’appart familial avec un paquet suspect sous le bras, un couple de buralistes discute du coût de la vie, un marin buriné fait une découverte sur une plage…

    Il faut se garder, ici, d’en dire trop, et plus encore de dévoiler la chute de cette dizaine de petits récits, car c’est souvent là, dans le décalage ou la surprise finale que se révèlent tout le sel de l’histoire. Et tout le talent de Christophe Chabouté pour restituer une épaisseur à ses personnages (quitte, parfois, à en faire ressurgir tout le ridicule ou les paradoxes).

    Elles ne sont donc pas si “futiles” et encore moins “amères”, ces petites fables contemporaines. Pleines d’humanité, plutôt. Et d’un humour subtil. A l’image de la sobriété de la couverture (doucement symbolique avec ses petites fleurs et vieilles canettes), le dessin est léger et expressif, dans un noir et blanc qui tend parfois à l’épure, comme dans la dernière nouvelle et son mari paraissant surgi d’une aventure de Corto Maltese (ou du baleinier de son Moby Dick).

    La nouvelle est un art littéraire difficile. Plus encore en bande dessinée peut être ou s’imposent pour d’évidentes raisons la planche-gag et le récit long (et plus encore maintenant où les romans graphiques ont fait exploser le standard des albums en 48 pages). Exercice rare, délicat, et pleinement réussi ici, démontrant que des histoires courtes peuvent aussi en dire long sur la nature humaine.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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