Premières Bulles révolutionnaires pour “l’Humanité”

    L’Humanité et la bande dessinée, c’est une longue histoire, comme l’a rappelé Pierre Serna (historien et chroniqueur BD). Avec les éditions Vaillant, après-guerre (et contre l’hégémonie des BD américaines) et, bien sûr, avec Pif – qui continue vaille que vaille, même si c’est sous un mode mineur, a occuper son strip quotidien. Mais si pour certains le personnage créé par Arnal résume encore le rapport entre le 9e art et le quotidien fondé par Jaurès, l’Humanité montre régulièrement l’intérêt et le sérieux avec lequel est considérée la bande dessinée. Une bande dessinée, vue sous l’angle de son engagement social ou politique, en phase avec la ligne progressiste du journal, mais qui bénéficie d’articles souvent de bon niveau et d’une égale longueur que d’autres arts – et c’est loin d’être le cas dans tous les quotidiens généralistes…

    Tout ça pour dire qu’il y a une certaine logique, voire une logique certaine à ce que l’Humanité décerne aussi son prix de bande dessinée. Impulsé par Pierre Serna, relayé par l’Humanité dimanche qui a consacré durant tout l’été une présentation et la publication de quelques planches de chaque album finaliste, ce premier prix “Bulles d’Humanité” s’est achevé et concrétisé samedi 14 septembre, dans le village du Livre de la Fête de l’Humantié par la remise du prix au duo de lauréats de l’année, Younn Locard et Fabien Grouazel, salués pour le premier tome de Révoluion, début effectivement remarquable d’une trilogie sur la Révolution française de 1789.

    En parallèle, le jury – composé de journalistes de l’Humanité, de libraires et de politiques, comme le député PCF Pierre Dharréville – avait aussi tenu à décerner un “prix spécial” aux Mauvaises herbes de la franco-coréenne Keum Suk Gendry Kim, évoquant le destin des “femmes de confort” coréennes, esclaves sexuelles de l’armée nippone durant la Seconde Guerre mondiale.

    Remise du prix et de la dotation du Comité des travaux historiques et scientifiques… à la Révolution (derrière le chèque Pierre Serna, avec, à sa gauche Younn Locard et Florent Grouazel

    Pas de surprise, puisque la révélation des gagnants avait été faite dans les colonnes de l’Humanité dimanche de cette semaine. Mais en revanche, une petite cérémonie sympathique – et devant un auditoire relativement fourni. Occasion donc de rappeler la place de la bande dessinée dans les pages culturelles de l’Humanité et, pour les auteurs, de se réjouir de cette reconnaissance particulière. “Le côté politique de ce prix nous touche” a souligné Younn Locard, tandis que Florent Grouazel rappelait qu’ils avaient voulu “réactiver l’intérêt pour la Révolution française” avec leur album.

    En présence d’une bonne partie du jury – qui réunissait des journalistes de l’Humanité, des librairies ou des professionnels de l’édition – le partenaire et mécène du prix, le Centre des travaux historiques et scientifiques, a pu remettre ainsi aux lauréats leur dotation… à l’aide d’un chèque géant à l’ordre de la… Révolution ! Presque trop beau pour être vrai. Mais, même dans ce contexte, l’album vaut bien pour ses qualités graphiques et narratives, au-delà de son titre.

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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