Carnage tragique à “Charlie Hebdo” : 12 morts (hélas)

    Hallucinant et effroyable, ce qui vient de se passer dans les locaux de Charlie Hebdo en cette fin de matinée.

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    Tragiquement prophétique, un dessin de Charb dans le numéro de Charlie Hebdo de ce mercredi.

    Finalisé à 01 heures (08 janvier). Tout paraît irréel: une attaque commando à la kalachnikov, voire au lance-roquette (!) en plein Paris, plus d’une dizaine de morts (12 personnes décédées et plusieurs très gravement blessés, selon les infos données en milieu de journée).

    Au fil des heures, les noms des victimes ont été révélées, dans une triste et tragique litanie :  Le Point, le premier, avait annonçé en début d’après-midi la mort de Cabu et celle de Charb. Ce dernier était venu à Amiens, il n’y a pas trois mois, lors d’une soirée Desproges organisée par l’association Musique en Utopia, dont Cabu avait réalisé une affiche.

    Des morts, des blessés et des rescapés

    Plus tard dans l’après-midi, on a eu confirmation aussi du décès de Tignous, de Wolinski et de l’économiste et éditorialiste Bernard Maris (Oncle Bernard). En fin de soirée, vers 21h30, on annonçait ainsi le décès du dessinateur Honoré. Et c’est vers minuit que la liste complète des personnes assassinées dans l’attentat étaient publiée. Aux six premières victimes, il fallait encore ajouter Mustapha Ourad, la psychanalyste Elsa Cayat, un agent d’entretien de l’immeuble, Frédéric Boisseau et un invité de la rédaction, Michel Renaud. Plus les deux policiers, le brigadier Franck Brinsolaro, du Service de la protection chargé de la sécurité de Charb et Ahmed Merabet, tué à l’extérieur, alors que les assaillants prenaient la fuite.

    Parmi les blessés, on trouvait notamment le journaliste de Libération Philippe Lançon.

    Parmi les rescapés : Gérard Biard (à Londres), Willem (qui ne vient jamais aux conférences de rédaction) et Luz, qui selon nos informations, est arrivé cinq minutes après le massacre.

    Impossible, tout au long de la journée, de connaître les motivations réelles de ceux qui ont réalisé un tel carnage. Et il faut s’interdire les raccourcis faciles ou les pistes qui viennent “spontanément” à l’esprit. Plus facile, en revanche, au vu des premiers éléments connus, de ne pas voir là une opération montée de longue date et bien orchestrée. Bref, tout sauf des amateurs exaltés. Dans la soirée, l’identité des présumés terroristes a commencé à circuler, tandis qu’une opération de police était déclenchée à Reims et Charleville-Mezières. La suite à suivre dans les différents médias d’informations…

    “Cela va devenir de plus en plus difficile d’être détesté par des cons”

    Charb, l’emblématique directeur de la rédaction de “Charlie hebdo” fait partie des victimes de l’attentat.

    Le choix de la cible, un journal et un journal satirique qui plus est, n’est bien sûr pas anodin du tout. Charlie hebdo a déjà dû subir bien des attaques, mais jamais celles-ci n’ont atteint un tel niveau de violence aveugle et meurtrière. C’est d’un attentat terroriste et d’une agression contre la liberté d’expression qu’il s’agit.

    En attente d’informations plus fournies, on ne peut, pour l’heure, que se montrer solidaire de l’hebdo et compatir sur les victimes. Et l’on peut reprendre aussi ces propos de François Morel, dans Charlie Hebdo du 9 novembre 2011, une semaine après l’incendie criminel du journal, voilà trois ans :  « Qui a brûlé Charlie Hebdo ? (…) la connerie, la bonne vieille grosse connerie, qui fait les guerres, les crimes, les attentats. C’est dur d’être aimé par des cons, oui, bien sûr, mais on dirait que ça va devenir de plus en plus difficile d’être détesté par des cons. »

    A noter aussi la réaction de l’Association des critiques et journalistes de bande dessinée (ACBD), tweetée ce midi : “Solidaires des dessinateurs et collaborateurs de Charlie Hebdo, des familles et proches des victimes. Vive la liberté ! Non à la barbarie ! ” Un message que l’on relaie et que l’on partage.

    de Siné à Glénat

    Autre réaction significative, qui vient de tomber par communiqué, celle de Siné (dont on sait le contentieux ouvert avec l’équipe de Charlie depuis son éviction sous la période Valls), qui a, lui aussi, trouvé des mots justes, depuis sa chambre d’hôpital: ” Il m’est impossible de mettre une idée devant l’autre depuis que j’ai appris la nouvelle, il y a une heure ou deux. J’ai l’impression d’avoir reçu un immeuble de six étages sur la tronche. À mon âge, j’avais déjà eu l’occasion de perdre quelques bons copains, Chaval, Tetsu, André François, Ronald Searle …et d’autres ! Mais quatre d’un coup, Tignous, Wolinski, Charb, Cabu… assassinés par des fous, des malades.
    Trop c’est trop, c’est insupportable, c’est abominable… C’est inhumain ! Y a pas de mots pour décrire mon effondrement, ma peine.
    Je pianote ces quelques mots de ma chambre d’hosto où on essaie de me sortir d’une grande anémie. C’est pas ça qui va arranger les choses ! 
    PS. Tout l’équipe de Siné Mensuel, est tout aussi effondrée que moi.”

    En début de soirée, les éditions Glénat (dont le fondateur et PDG, Jacques Glénat débuta comme garçon de course à Charlie Hebdo, première époque) faisaient aussi part de leur émotion: “Parmi les 12 personnes assassinées ce matin à la rédaction de Charlie Hebdo, quatre auteurs proches des éditions Glénat sont morts parce qu’ils défendaient leurs idées, leur vision du monde, leur bonheur de toujours dessiner notre vie quotidienne. Lâchement exécutés dans leurs bureaux parisiens par des individus lourdement armés, ils sont morts au champ d’honneur de la liberté de la presse. Toutes les équipes des Editions Glénat, choquées par l’annonce de la disparition de leurs amis, font part de leur solidarité avec l’ensemble des journalistes, dessinateurs de presse et auteurs, qu’elles côtoient tous les jours dans leur travail, et qui se sentent aujourd’hui aussi menacés.
    La maison d’édition Glénat s’associe à la douleur des familles et des proches des nombreuses victimes, dont les policiers qui les protégeaient. Jacques Glénat, pleure ses maîtres Wolinski et Cabu et leurs jeunes disciples Tignous et Charb“.

    La Une du numéro de Charlie Hebdo de ce mercredi, signée Luz
    La Une du numéro de Charlie Hebdo de ce mercredi, signée Luz
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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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