Charlie Hebdo : c’est dur d’être aimé par des cons…

    On peut vouloir marcher en souvenir des morts de Charlie Hebdo (et des autres), sans marcher à tout… Et là, par certains aspects, je ne marche plus. Coup de gueule.

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    Le dernier numéro de Charlie Hebo, ce 7 janvier

    C’est dur d’être aimé par des cons… La formule s’affichait en Une de Charlie Hebdo, en février 2006, prononcé par un Mahomet catastrophé d’être débordé par des intégristes. Elle revient à l’esprit à la vue de certaines initiatives de “solidarité” récentes après le décès de cinq membres emblématiques de sa rédaction.

    Non pas bien sur, les multiples témoignages anonymes spontanés, généreux, indignés, désintéressés et courageux qui se sont multipliés ces jours derniers sur les réseaux sociaux, dans la rue, par des mots, des dessins (comme ceux compilés ici depuis trois jours), des chansons, des bougies. Foule plurielle et pourtant unie. Même si l’unanimisme ambiant doit toujours interroger, comme le pointe notre confrère du journal Fakir, François ruffin, même si l’on ne partage pas totalement son propos…

    Récupérations pitoyables et indécentes

    3-Suisses-Charognard-e1420739388454Mais quand on voit l’idée d’une marque de VPC qui trouve malin d’insérer son logo et salissant même sans le vouloir le logo symbole de la solidarité, cela laisse songeur et amer. Quand on voit, pire encore peut-être, ce même slogan s’afficher sur la bourse de New York, quand on voit une prière devant le siège du journal, on en viendrait presque à se dire qu’il est heureux que les dessinateurs décédés n’aient jamais cru à une vie après la mort, ce qui les préserve au moins de cela ! En effet, ça doit être dur d’être aimés par des cons, ou du moins des opportunistes hypocrites qui jouent les petits malins.  Et cela aux antipodes d’un journal qui dézinguait tous azimuts militaires, intégristes de toutes confessions et politiques de gauche comme de droite.
    Et, selon la fameuse distinction de Coluche (qui avait, lui aussi fait partie de la famille),  Charlie Hebdo pouvait être grossier – en l’étant nettement moins que Hara Kiri – mais ces pitoyables récupérations, elles, sont franchement vulgaires.

    Pour ne même pas parler de ces autres charognards qui vendraient à des prix démentiels le numéro paru mercredi (à ce sujet, petite annonce perso : j’en ai un, je le garde… au dessus de 1 million d’euros, je veux bien commencer à discuter quand même…)

    Populaire… mais pas lu

    Et même, parmi tous ceux qui se découvrent une solidarité soudaine pour le journal, combien le lisait avant ce mercredi ? Plus grand monde. A-tel point que l’hebdo avait lancé un appel au secours en fin d’année (pas très entendu, d’ailleurs). Avec moins de 35 000 lecteurs nécessaires à sa survie, le journal avait quasi retrouvé l’étiage de 1982, quand le Charlie Hebdo première époque avait jeté l’éponge, sur un tonitruant édito de cavanna : “vous ne l’achetez pas, bande de cons, crevez !” Et à ce moment là, la presse n’avait pas franchement été très solidaire… Enfin, on peut bien sûr toujours changer d’avis. Mais il serait préférable d’éviter les excès d’enthousiasme qui viennent compenser les excès de fiel d’hier.

    Bien fait pour sa gueule ?

    untitledIl ne s’agit pas non plus de tomber dans l’angélisme et s’interdire toutes critiques sur le journal lui-même. Charlie quelque part payait en 2015 les évolutions et certains errements de ces dernières années. Notamment la dérive éditoriale de plus en plus centriste et social démocrate impulsée par Philippe Val au cours des années 2000, avant qu’il aille pantoufler a la tête de France Inter grâce à son amie Carla Bruni et au président Sarkozy. Un départ qui avait suivi de peu l’éviction dé Siné, suite à un texte prétendument “antisémite” selon Val sur Jean Sarkozy. Un fait qui, plus encore, avait provoqué une crise grave et, surtout une hémorragie dans le lectorat. Depuis Charlie n’a jamais retrouvé ses ventes maximales d’alors… Et Siné a bien du mal à faire survivre son propre journal, hebdo devenu désormais mensuel. Autre preuve que la presse satirique n’a pas temps de partisans que ça.
    Sous la direction de Charb, le titre avait retrouvé une singularité et une ligne un peu plus conforme à son histoire, mais pas toute son énergie. Et ses combats récents, en matière d’islamisme notamment, étaient loin d’être toujours partagés, stigmatisés autant par certains à sa gauche qu’à sa droite.

    Alors n’enterrons pas Charlie Hebdo sous des tonnes d’eau tiède et de compliments de convenance. A trop serrer, on étouffe ! De l’air, du rire, de l’insolence, du mauvais goût même !

    Quand Charb illustre Marx et Bensaïd

    marxA ce titre, un livre que j’avais prévu d’évoquer bien avant la tragique affaire a valeur d’exemple. Œuvre commune de deux morts désormais, cette réédition de Marx mode d’emploi par le philosophe trotskiste Daniel Bensaïd illustré par Charb montre bien le positionnement communiste ouvertement affiché par le directeur de Charlie (à apprendre, à tout hasard à ses nouveaux fans à Wall Street), pillier de la fête de l’Huma (un journal l’Humanité qui, soit-dit en passant à salué avec sincérité, émotion et de très belle manière la mort des dessinateurs de Charlie). Et ce petit bouquin (au demeurant instructif et facile d’accès, ce qui vaudrait la peine d’être lu par quelques économistes autres que Bernard Maris…)  illustre aussi la capacité de Charb à penser et à dessiner contre soi même, en brocardant avec humour, par son trait à fois rond et caricaturalement ironique quelques dogmes de “sa” famille de pensée.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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