Imbattable publié dans le Courrier picard: “Un super-héros qui n’existe qu’en bande dessinée”

    Imbattable accompagnera les lecteurs du Courrier picard un dimanche sur deux à compter de la semaine prochaine (en alternance avec Les Sisters, déjà connus de nos lecteurs).  Auteur, entre autre, de la série Voltige et Ratatouille, des déjà oubapesques (à sa manière) Aventures de Michel Swing et participant au très créatif et drôlatique Atelier Mastodonte, l’auteur breton Pascal Jousselin nous en dit plus sur son héros, le “seul vrai super-héros de la bande dessinée“. Et sur une des séries les plus malignes du moment (dont nous avons déjà dit ici tout le bien qu’il fallait en penser).

    Pascal Jousselin, auteur imbattable pour jouer avec les contraintes.

    Pascal Jousselin, comment pourriez-vous résumer Imbattable ?
    Imbattable, c’est une série d’aventure et d’humour tout public. Les aventures d’un super-héros qui vit dans une petite ville calme et qui a surtout la particularité d’avoir un pouvoir qui n’existe qu’en bande dessinée…

    … Et ce pouvoir, c’est celui de jouer sur la forme même de la bande dessinée, sa structure avec ses cases, ses inter-cases, les perspectives, les phylactères qui ont une consistance physique, etc. Comment vous est venue cette idée ?
    Ce qui m’a toujours intéressé en bande dessinée, c’est justement ce qui en fait sa spécificité, ce qui fait qu’elle n’est pas un texte illustré ou du sous-cinéma, mais qu’elle a vraiment un langage propre. Et comme ces questions m’intéressaient, cela m’est venu assez naturellement de me dire : Tiens, si je faisais un super-héros dont le super-pouvoir n’existerait plus si ses aventures étaient transposées en roman ou au ciné.

    C’est pourquoi Imbattable est vraiment le seul super-héros de bande dessinée ?
    Oui, c’est exactement ça et la raison du sous-titre. Si Batman peut être aussi un super-héros au cinéma, les pouvoirs d’Imbattable disparaitraient si on osait le transposer dans un roman ou dans un film.

    Les histoires sont mises en page de façon brillante et avec réflexion. Mais ce qui est réussi, c’est que cela reste une histoire qui peut se lire au premier degré, comme une aventure classique. Les deux niveaux s’imbriquent et se nourrissent l’un de l’autre…
    C’était important pour moi. Les jeux sur le langage de la bande dessinée existent depuis très longtemps, quasiment depuis que la bande dessinée existe, de Winsor McCay jusqu’à Marc-Antoine Mathieu. De nombreux auteurs ont travaillé sur ce langage. Avec Imbattable, je m’inscris là-dedans et j’estime donc que je n’invente pas grand chose. L’intérêt alors, c’était de mixer ce jeu sur le langage de la bande dessinée avec de l’aventure franco-belge vraiment tout public et lisible par tous. Car c’est grâce à ce genre que je suis venu à la bande dessinée. Avec les grands auteurs franco-belge classiques: Peyo, Franquin, Morris, etc…

    “J’avais prévenu le rédacteur en chef de Spirou
    qu’au bout de dix pages,
    j’aurai sans doute fait le tour de la question”

     

    Imbattable est né d’ailleurs dans les pages de Spirou, magazine jeunesse bien connu. Est-ce que ça a été facile à le faire accepter ?
    Oui, l’idée a été acceptée tout de suite. Ce qui a été drôle, c’est qu’au départ, j’ai proposé deux pages. Et j’avais prévenu le rédacteur en chef de Spirou qu’au bout de dix pages, j’aurai sans doute fait le tour de la question. C’est petit à petit, en avançant, que je me suis rendu compte qu’il y avait d’autres possibilités, que d’autres portes se sont ouvertes. Et c’est comme ça que je me suis retrouvé avec une série complète, avec des histoires de différente taille, là où je ne pensais faire qu’une petite dizaine de pages !

    Pour nos publications dominicales dans le Courrier picard, nous ne publierons que des planches-gag uniques en une page, mais effectivement, il y a des histoires sur six ou sept pages. Ces dernières ont-elle été beaucoup plus compliquées à élaborer ?
    L’idée d’aller vers des histoires plus longues, c’était d’abord pour essayer de ne pas tourner en rond. Et à partir du moment ou j’ai eu l’idée d’autres protagonistes et d’autres pouvoirs qui n’étaient pas développables dans des gags en une page, la contrainte et cette ouverture-là sont venues assez naturellement. Après, la longueur ne rend pas forcément l’écriture plus compliquée. C’est assez complexe à écrire, en soi, les histoires d’Imbattable ! En fait, je n’ai pas vraiment de méthodologie, c’est un mix que j’essaie de faire. Afin, surtout, que cela reste lisible par tous.
    La lisibilité, la fluidité ont toujours été des éléments très importants pour moi, même avant Imbattable. Et comme ici, on se retrouve avec plusieurs sens de lecture, ça tombait bien: Il fallait vraiment être carré de ce côté-là, que ce ne soit pas laborieux pour le lecteur.

    En parlant de lecteurs, avez-vous eu des retours des jeunes lecteurs de Spirou ?
    Assez rapidement, oui. Vu que ces histoires ne sont pas des choses simples à écrire, j’étais présent dans le journal depuis quatre ou cinq ans, mais de de façon irrégulière.  Etonnamment – enfin “étonnamment” je ne sais… – nous avons reçu pas mal de retours assez enthousiastes, et venant de lecteurs de tranches d’âge assez différentes. Je retrouve aussi ce phénomène en dédicaces. Et c’est aussi en raison de cela qu’on a continué.

     

    “L’Atelier Mastodonte était une série
    qui, en tant que lecteur, m’amusait beaucoup”

     

    Dans Spirou, vous participez à une autre aventure un peu atypique, celle de l’Atelier mastodonte. Des strips qui racontent la vie d’un atelier imaginaire d’auteurs de bandes dessinées bien réels, eux. Là aussi, c’est un peu atypique.
    Oui. Quelque temps après être entré à Spirou, on m’a contacté pour entrer dans ce collectif-là. L’Atelier Mastodonte était une série qui, en tant que lecteur, m’amusait beaucoup. J’ai donc été flatté et très content de faire partie de l’aventure. Et oui, il y a un côté “cadavre exquis” là-dedans. C’est assez jubilatoire. Et nous avons aussi des contraintes d’écriture. On fait comme si on travaillait ensemble…

    Pascal Jousselin s’auto-portraiturant dans un strip de “l’Atelier Mastodonte”

    Ce qui est très amusant également, c’est de voir comment chacun se dessine et dessine les autres membres de l’atelier…
    C’est une des contraintes premières pour chaque nouvel arrivant de trouver des codes graphiques afin que les lecteurs ne soient pas perdus. C’est souvent des détails vestimentaires, des attributs graphiques mais aussi des traits de caractère spécifiques, pour que le changement de dessinateur ne soit pas trop perturbants. Ce sont des trucs très agréables à faire ! J’avais déjà travaillé un peu de la sorte, dans cet échange à plusieurs, voilà longtemps avec Brüno.

    Pour les Aventures de Michel Swing ?
    Oui, c’était aussi un cadavre exquis à contraintes, assez foutraque et super-drôle. Ce qui est rigolo avec la contrainte, c’est qu’elle amène à faire des choses que l’on n’aurait pas fait si on n’avait pas mis en place ce mode opératoire. Par exemple, avec Brüno, si on s’était mis ensemble à une table en écrivant tout d’une traite, le récit n’aurait jamais pris les chemins qu’il a pris au final et qui nous ont amené vers des choix où nous ne serions pas allés naturellement.

    C’est un peu le cas aussi avec Imbattable, de nous emmener vers des choses qu’on n’imaginait pas en ouvrant l’album…
    Et des choses que je n’imaginais pas lorsque j’ai commencé les premières pages ! L’univers s’est construit progressivement. Plus le temps passait, plus je créais des “lois” pour cet univers et plus je devais faire rentrer les nouvelles histoires dans ce cadre-là.

    Au fait, la première parution d’Imbattable remonte à quand ?
    Ce devait être en 2013 ou juin 2013.

    Et vous continuez à en dessiner des épisodes ?
    Oui. Comme j’ai pas mal d’avance, avec la production pour le magazine Spirou, et même si tout n’est pas utilisable en album, j’ai de quoi faire un deuxième album. Il devrait paraître au second trimestre 2018.

    Le premier album d’Imbattable est paru au printemps dernier.

     

     

     

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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