La bande dessinée arrivée à maturité en 2013 ?

    Incontournable document de référence sur l’activité du neuvième art, le rapport sur Une année de bandes dessinées sur le territoire francophone européen, par Gilles Ratier, secrétaire général de l’ACBD vient de paraître, le 31 décembre.

    En 2013, et pour la première fois depuis près de vingt ans, la production de bande dessinée a un peu diminué (-7,3%). C’est l’info de cette fin d’année, qui ouvre le rapport de Gilles Ratier, sur “Une année de bandes dessinées sur le territoire francophone européen“.

    Le secrétaire général de l’ACBD explique cette évolution par le “contexte économique et social complexe et morose“, qui pousse les différents acteurs à ralentir “un tant soit peu leur offre éditoriale“. Offre qui reste quand même très diversifiée.

    De même, si l’ambiance n’est pas à la fête, cette stabilisation du marché signe aussi une certaine maturité du secteur “entre dynamisme et vigilance ou innovation et prudence“.
    Et, même si elle “marque le pas“, 5 159 livres de bande dessinée ont quand même été publiés en 2013 (dont 3 882 strictes nouveautés). Bref, l’offre est encore loin de se tarir…

    Astérix, toujours la potion magique

    Comme dans les autres industries culturelles, quelques “blockbusters” concentrent l’essenteil du chiffre d’affaires. Ainsi, en 2013, 117 titres ont été tirés à plus de 50 000 exemplaires – 28 de plus que l’an passé – et la grande majorité d’entre eux (86 contre 78 en 2012) relèvent du domaine franco-belge.
    Sans surprise, c’est le retour d’Astérix, chez les Pictes, par Ferri et Conrad qui arrive en tête, avec 2 480 000 exemplaires.
    Derrière, on trouve le 22e Blake et Mortimer, l’Onde septimus, de Dufaux, Aubin et Schréder, avec 445 000 exemplaires, et le 18e album du Chat de Geluck, avec 350 000 exemplaires. Petit décrochage ensuite : 250 000 ex. pour le 22e XIII de Sente et Jigounov, 220 000 ex. pour le 5ème Blacksad de Juan Diaz Canales et Juanjo Guarnido, 200 000 ex. pour le 34e Thorgal par Yves Sente et Grzegorz Rosiński et 180 000 ex. pour le 34e Boule et Bill par Laurent Verron, avec Cric, Pierre Veys et Diego Aranega et le 10e Les Blagues de Toto par Thierry Coppée. Ferment ensuite la marche de ce “top 10 des tirages”, le 16e Les Légendaires de Patrick Sobral et le 6e Les Nombrils par Maryse Dubuc et Delaf. Comme on le voit, rien que des valeurs sûres.

    Le même quatuor d’éditeurs en tête

    Autre élément marquant de l’année, mis en lumière par le rapport Ratier, la concentration du secteur, sur le plan éditorial. Si 332 éditeurs de BD sont recensés, les quatre plus gros groupes totalisent 43,7 % de la production (contre 44,9 % en 2012). Et les 13 premiers éditeurs rassemblent 68,9 % du secteur.

    Regroupant notamment Dargaud et Dupuis, le groupe Média participations est toujours le premier groupe de bande dessinée.

    Pas de changement dans le quatuor de tête,toujours dominé par le groupe Média-Participations (en chiffres d’affaires), mais qui est le deuxième en terme de publications (avec 739 titres parus chez Dargaud, Dargaud Benelux, Kana, Le Lombard, Dupuis – et donc désormais Marsu -, Blake et Mortimer, Lucky Comics, Fleurus/Mame, Caméléon, Huginn & Muninn et Urban Comics), pour un poids de 14,1% de la production totale.

    Le groupe Glénat, de son côté est devenu le 2e éditeur du secteur sur le plan économique, mais le 3e sur le plan de la production, avec 407 titres (7,9 % contre 478 et 8,6 % en 2012) publiés sous les labels Glénat, Comics, Disney, Mangas, Treize étrange et Vents d’Ouest, en attendant d’intégrer les catalogues de Mad Fabrik et de feu 12 bis rachetés pendant l’année 2013.

    C’est en fait toujours le groupe Delcourt qui a produit le plus d’albums, avec 824 titres (16% de la production annuelle, mais contre 906 et 16,3 % en 2012), désormais couvrant aussi le groupe Soleil.

    Enfin, le groupe Madrigall (Gallimard-Flammarion) reste le 4e éditeur sur le plan économique et de la production, avec 282 titres en 2013 – soit 5,5 %, contre 330 et 5,9 % en 2012, via le pôle Gallimard (collections Bayou, Fétiche, Folio BD… et ses filiales Denoël graphic ou Futuropolis) et les labels BD de Flammarion (Casterman, KSTR et AUDIE/Fluide glacial).

    L'éditeur lillois Ankama fait partie de la dizaine d'éditeurs de taille "non négligeable".

    Derrière les 4 leaders, on retrouve 9 groupes au “poids économique non négligeable” : Panini, Albert-René (l’éditeur d’Astérix), Pika, Marabout, Lattès, Chêne et L.G.F., Kazé Manga, Bamboo, Ki-oon, Taïfu, Éditis, Clair de lune et Ankama. Puis toute une série de petits éditeurs indépendants et ou alternatifs, connaissant parfois des difficultés économiques.

    En 30 pages d’analyse, le rapport évoque en détails les différents aspects du secteur, de la production aux vecteurs d’information en passant par l’évolution des différents genres (comics, manga, secteur franco-belge), etc.

    Un engouement public qui ne dément pas

    Mais qui dit “édition”, dit avant tout “créateurs” et “lecteurs”. Sur le premier plan, selon les critères établis par le rapport Ratier, 1492 auteurs “réussiraient à vivre de la création de bandes dessinées sur le territoire francophone européen“. Et 1678 personnes ont publié au moins un album en 2013.

    Côté lecteurs et adeptes du genre, l’engouement ne se dément pas. Ni pour les sources d’informations, en matière de presse ou sur internet, ni dans les liens qui se développent entre BD et ciné ou la fréquentation des différents festivals (de plus en plus nombreux, avec 514 recensés dans ce rapport 2013 contre 489 pointés l’an passé). Mais, comme en matière d’édition, une cinquantaine de lieux réunit l’essentiel des visiteurs.

    Japan Expo, avec le Comic con dépassent désormais le nombre de visiteurs du festival d'Angoulême

    Et dans ce classement-là, fait notable également, le Comic Con et Japan Expo de Villepinte (232 000 visiteurs) dépasse en fréquentation le Festival international de la bande dessinée à Angoulême (qui affiche plus de 200 000 visiteurs). Derrière, Aix-en-Provence annonce 75 000 visiteurs, Quai des bulles à Saint-Malo (34 000 contre 32 000 en 2012), le festival BD de Lyon (31 000), bd BOUM de Blois (24 000) et Festival BD-Fil de Lausanne (30 000). Les Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens, pas cité dans ce rapport 2013, se situent donc, avec ses quelque 35 000 visiteurs annoncés dans le haut du panier.

    Toutes ces données, et beaucoup d’autres – développées dans les trente pages d’analyses et de graphiques du rapport, brossent une image contrastée mais dynamique d’une bande dessinée “en déccélération” en 2013.

    A voir dans un an, si cette tendance annoncera une maturité et une stabilisation du secteur.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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