Le premier journal satirique de droite… ou presque

    On sait depuis Giscard que la gauche n’a pas “le monopole du coeur”. Et elle n’a pas non plus celui de l’humour satirique. C’est tout l’objet de l’équipe de Sarko hebdo de le prouver.

    sarko-hebdo_couvParu la semaine dernière, le premier numéro de ce “journal décomplexé” ne masque pas un certain opportunisme. Anticipant un retour de la droite au pouvoir en avril prochain, ce groupe de dessinateurs de gauche a choisi sans attendre de retourner sa veste en soutenant sans retenue le vainqueur prévisible: Nicolas Sarkozy. 12 pages alternant textes et dessins, faisant songer forcément à un autre “hebdo” satirique.

    Ainsi, Paul Perdreau raconte la vie au quotidien dans la “France de Nicolas” à travers les réflexions d’un bon petit couple catho-tradi, De Piche éditorialise en dessin pour démontrer que “oui, l’argent fait le bonheur”… et que l’électeur de gauche est juste quelqu’un qui n’a pas les moyens d’être de droite ; Helrox livre une très belle image bucolique de Neuilly-sur-Seine, Zut illustre quelques recettes de Carlita (le Juppé à l’étouffée, le Bruno aux Pruneaux), G propose quelques petits jeux forts drôlatiques (comme de retrouver les différences entre un “français de gauche” à l’image d’Astérix et un “Français qui fait rien qu’à pas s’intégrer” en babouche et barbe islamique). Et ce même talentueux auteur donne un fort beau dessin allégorique d’une nouvelle Marianne aux traits de Carla Bruni guidant le peuple des partisans de Sarkozy…

    Perdreau... mais pas de l'année.
    Perdreau… mais pas de l’année.

    Côté humour de droite, le groupe Jalons (des pas encore célèbres Karl Zéro, Bruno Tellenne – Basile de Koch – et Frigide Barjot) avait pastiché, non sans talent, la presse dans les années 80 et 90.

    Rien de tel ici puisque – on l’aura rapidement deviné – il s’agit bien d’un pastiche d’humour de droite, lesté d’une bonne dose d’autodérision et de mise en boîte. Ainsi de Lewis Trondheim, expliquant dans le dossier de presse qu’il avait accepté de participer, parce qu’il n’avait pas compris le concept et pensait que c’était un “vrai journal de droite”…

    Car oui, la vraie info de ce nouveau magazine lancé par les éditions Steinkis, c’est l’impressionnante “rédaction” réunie pour l’occasion. Lewis Trondheim (Paul Perdreau), donc, mais aussi Aurel (Jean-Benoît de Laurel), Efcé (Fabcaro), Frantico (F) ou Jim (R.Péhère) ! Au total, une douzaine d’auteurs, qui se connaissent tous et habitent pour la plupart autour de Montpellier.

    Bon, cette accumulation de talents ne transparaît pas tant que ça de ces douze (premières ?) pages. Et l’ensemble ressemble surtout à une pochade et à une bonne blague entre copains. Non sans prise de risque, puisque le titre pourrait s’avérer obsolète d’ici la fin du mois si le prophète Nicolas (“qui ne sort pas les armes quand on le caricature, mais se contente de faire un procès“) n’arrive pas à s’imposer comme il l’espère.  Mais comme Sarko Hebdo est annoncé comme un trimestriel, il y aura le temps de voir s’il y a lieu de faire un deuxième numéro.

    En attendant, ce n°1 vaut pour le côté – peut-être – collector et le prix (3,50 euros) est à peine plus cher que l’inscription pour la primaire à droite. Et c’est quand même plus drôle !

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    Efcé, un style qui fait quand même penser à quelqu’un…
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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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