Une Revue toujours aussi essentielle

    Le n°4 de la Revue dessinée vient de paraître. Une livraison estivale encore une fois passionnante et qui porte un regard marquant sur les “mutations” en cours.

    A force, cela en deviendrait presque suspect. Et pourtant, ce quatrième numéro de la Revue dessinée est vraiment aussi emballant que les trois précédents. Le “coup de coeur” du jury du prix de la presse magazine est bien mérité. Tout comme celui des 12 000 à 20 000 lecteurs qui achètent le magazine tous les trimestres.

    Et pour cette livraison de juin, malgré une couverture colorée et légère, très “ligne claire” de Stanislas, la Revue n’a pas choisi de se fondre dans la futilité estivale, à l’image d’un éditorial existentialiste en forme de manifeste, dont le dernier paragraphe donne le ton au numéro : “A l’heure où l’on perçoit que des choix fondamentaux sont à faire, pour ne pas subir ceux qui nous seront imposés, il importe de cerner précisément les processus et les mutations en cours“.

    Plongée dans l'histoire de l'Aube dorée

    Dans ce numéro, les processus étudiés sont de tout ordre. En politique, déjà, avec la poursuite de l’étude des “nationalismes en Europe”. Après la formation des cadres du FN dévoilée dans le n°3, Sylvain Ricard et Damien Vidal proposent une grande enquête sur l’Aube dorée, le mouvement néo-nazi grec. Appuyé par un texte de l’historien Dimitris Kousouris, le dossier a le grand mérite de montrer que le mouvement n’a rien de “spontanéiste” et qu’il s’inscrit dans une longue histoire. Et si le dessin de Damien Vidal (à qui l’on doit récemment Lip) se fait surtout illustratif, il donne un poids et un impact incontestable au récit.

    La Revue en Poste restante.

    Autre sujet concernant fort bien traité, celui de la “mutation” de La Poste. Moins exotique, mais tout aussi traumatisant, tel qu’il est évoqué par Elsa Fayner et Sébastien Vassant (qui avait déjà brillamment illustré le malaise agricole, dans le n°1 de la Revue). De la base au sommet, la “réforme” libérale insuflée à l’institution est disséquée avec pédagogie et non sans émotion. Les tons grisâtres dominants et le trait métaphorique du dessin accentue encore la force de la démonstration.

    A l’inverse, si le dessin de Vincent Sorel, au style naïf et au crayon de couleur, apporte une touche d’innocence, son illustration du témoignage du psy Christophe Debien sur les suicides d’adolescents est un autre choc. Tandis que le dessin plutôt humoristique de Thibaut Soulcié atténue un peu l’ambiance angoissante et paranoïaque du fichage généralisé de nos existences, dévoilé dans l’enquête de Martin Untersinger.

    Mais l’immersion dans l’actualité peut se faire dans l’évasion (même très près des réalités sociales). Comme dans le beau reportage, en forme de récit de voyage, de Johanna chez les inuits d’Aupaluk. Même empathie dans l’évocation du culte croissant des églises évangéliques en banlieue parisienne, par Lucie Romano et Nicolas André (dans une approche relevant clairement plus cette fois de l’enquête illustrée que du reportage en bande dessinée).

    Et puis, bien sûr, on retrouve les chroniques, dont les toujours impeccables “Face B” sur des illustres inconnus (ou méconnus) de la musique – cette fois Arnaud Le Gouëfflec et Nicolas Moog font revivre Captain Beefheart – “Passion byte”, sur l’histoire de l’informatique (avec Hervé Bourhis qui arrive à la période moderne, avec la période 1975-1981), James qui fait découvrir (avec un humour distingué) le monde des cruciverbistes, et l’irremplaçable chronique de David Vandermeulen et Daniel Casanave qui, cette fois, nous racontent – de façon toujours aussi documentée et drôle – le romantisme.

    Enfin, on notera l’apparition d’une nouvelle séquence: “l’instantané” sur “une image qui a bouleversé le monde”. Concession à l’actu mainstream footbalistique du moment, c’est la fameuse “agression” de Battiston par Schumacher, lors du match France-Allemagne, en 1982, qui à l’honneur de lancer la rubrique d’Eric Mugneret, joliment illustrée par Manuele Fior.

    Et le numéro de septembre s’annonce déjà très costaud, avec un portrait de Pierre Etaix par Carlos Nine ou des chroniques policières lyonnaises dessinées par Etienne Davodeau !

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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