Retour en enfance réussi de Nicolas Dumontheuil

     Pas de pitié pour les indiens, Nicolas Dumontheuil. Editions Futuropolis, 96 pages, 19 euros.

    1976 à Beaumont-du-Quercy. Dans ce petit village du sud ouest, c’est un peu le paradis pour Jean, le fils des instits et ses copains Titi et Jules. La liberté, l’aventure ou se rêve cow-boys, indiens ou chevaliers, mais aussi le temps des petites et grosses bêtises. Ou les premières qui entraînent les secondes. Comme ce jour où, partis pour faire exploser des bouses de vaches avec un gros pétard, ils se retrouvent chez les frères Ardaillou, deux vieux garçons qui leur font partager un peu de gnole maison. Et dans l’ivresse qui suit, le trio de gamins ne trouve rien de mieux que d’ouvrir le parc des vaches… peu de temps avant le passage d’une voiture conduite par l’un des frères Ardaillou.

    L’accident, mortel, va culpabiliser les enfants, hantés par l’idée d’avoir “assassiné” quelqu’un. De quoi justifier une belle offrande auprès de Manitoba, l’esprit de la terre et de la forêt – en fait un vieux squelette, la pipe au bec et un casque colonial emplumé sur la tête que les enfants veulent croire préhistorique.

    Heureusement, il y a aussi d’autres préoccupations, comme les amours naissantes de Jean pour la jeune Corinne ou celles de Jules, le neveu du curé, pour Djemila, la seule maghrébine du village au père autoritaire…

    Inspiré par ses propres souvenirs, l’Agenais Nicolas Dumontheuil livre ici une chronique attachante d’une jeunesse dans la campagne des années post soixante-huitardes, entre curé moralisateur, fermiers rugueux, ancien traumatisé de la Guerre d’Algérie et hippies venus s’installer dans la région.

    A travers le récit conté par Jean, à hauteur d’enfant, c’est en effet toute une petite communauté haute en couleur que l’auteur de Big Foot et du Landais volant fait revivre ici, à travers des planches aussi colorées que le récit. Une histoire plus réaliste et moins épique que dans ses derniers albums, qu’il s’agisse de la Forêt des renards perdus ou de l’infernale Colonne, mais tout aussi joyeusement fantaisiste. Et avec toujours le même talent pour donner de la chair à ses personnages, qu’ils soient dans l’Afrique coloniale, dans les forêts finlandaises ou, comme ici, dans le Lot de son enfance.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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