Retour captivant sur Belzagor

    Retour sur Belzagor, épisode 1 (sur 2), d’après le roman de Robert Silverberg, Philippe Thirault (scénario), Laura Zuccheri (dessin). Editions Humanoïdes associés, 56 pages, 14,20 euros.

    Après les univers de Stefan Wul, voilà ceux de Robert Silverberg. En l’occurrence ici l’adaptation d’un de ces romans marquants, Les profondeurs de la terre, qui évoquait les méfaits du colonialisme et de l’ethnocentrisme derrière une transposition sur une exo-planète lointaine, Belzagor.

    Au milieu du XXIIIe siècle, alors que celle-ci était encore nommée de son nom colonial de “Terre de Holman”, le jeune lieutenant Eddie Gundersen va vivre sur Belzagor une formation traumatisante, placée sous les ordre du colonel Kurtz, obsédé par la récupération du venin d’un serpent géant, drogue jouant un rôle essentiel pour la chirurgie réparatrice terrestre mais aussi dans la compréhension de la vie sur la planète.

    Dix-huit plus tard, Gundersen retourne sur Belzagor “décolonialisée”, en tant que guide de deux ethnologues désireux de capter un rite interdit, alors que la planète a été restituée aux deux espèces intelligentes qui la peuplent, les éléphantesque Nildoror et les humanoïdes géants Sulidoror. Il va alors croiser son ex-chef, qu’il a envoyé en prison et la femme de sa vie, pour une expédition dangereuse où il sera aussi confronté à ses propres démons…

    Le propos du roman était riche et ample et cette première partie de son adaptation dessinée parvient bien à restituer à la fois la dimension psychologique des personnages, les tourments et états d’âme de son héros Gundersen, tout comme l’arrière-fond ethnologique et la découverte de ce monde étrange, saisi à travers ses deux races dominantes et la cohabitation entre celles-ci et les reliquats de la présence humaine.

    La manière dont la dessinatrice italienne Laura Zuccheri s’est emparé de cet univers fait forcément songer aux aventures du cycle d’Aldébaran de Léo, avec qui elle partage le talent pour donner vie et cohérence à une flore et une faune extraterrestre… Et, aussi, à travers son trait fin, mais un brin raide dans le dessin des personnages humains. Ajoutons, sur ce dernier point, le clin d’oeil fait par la dessinatrice de donner à Kurtz le visage de Robert Silverberg lui-même.

    Quant à la construction du récit, qui alterne les flash-back et les aller-retours entre les deux époques, le procédé a de quoi déstabiliser, voire agacer au premier abord. Mais finalement ce dévoilement progressif des enjeux de l’intrigue via la révélation des faits passés (révélation encore bien partielle au terme du premier album) se montre assez captivant. D’autant que cela ne nuit pas au rythme de l’expédition présente. Et cela incite en tout cas à poursuivre l’exploration de Belzagor…

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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