Un manga à ne pas passer sous silence

    Silencer, tome 1, Shô Fumimura (scenario), Yuka Nagate (dessin). Éditions Komikku, 196 pages, 8,50 euros.

    Flic japonaise intégrée au sein du département de police de New York dans le cadre d’un programme d’échange entre les deux pays, Shizuka Katsuragi use de méthodes assez peu orthodoxes pour ses affaires. Electron libre, la jeune femme, qui ne se départ jamais de son pistolet silencieux, n’hésite pas une seconde à séduire les malfrats sur qui elle enquête.

    Un jeu dangereux auquel Shizuka, qui signifie silence en japonais, est toujours sortie gagnante jusque-là. Il faut dire que derrière ce joli minois se cache une redoutable combattante qui ne connaît pas le mot pitié. Et encore moins le mot prisonnier… Ricardo Rodrigo, le baron d’un cartel de drogue colombien, l’apprend à ses dépens lors d’une partie de jambes en l’air qu’il quitte… les pieds devant. Sans aucun remord pour les truands qu’elle réduit au silence, Shizuka s’est, cette fois, attaquée à un très gros poisson. La clé qu’elle a subtilisée à Rodrigo la mène sur la piste de la Division 39, une organisation criminelle nord-coréenne. Fausses monnaies, trafic de drogue, traite des blanches…, la Division 39 agit telle une pieuvre dans toute l’Asie et particulièrement au Japon où Shizuka finit par rentrer à la fin de son programme d’échange policier. Affectée au sordide Département de la sécurité des personnes, elle est mise au ban de la police. Ce n’est pas tout puisque le commissaire-adjoint, Ichiro Shimazu, lui colle un drôle de coéquipier en la personne de l’inspecteur Iba. Un poivrot, détraqué sexuellement, et pourri jusqu’à l’os. Leur première rencontre s’avère d’ailleurs mémorable. En guise de poignet de mains, le ripou préfère agripper la poitrine de Shizuka qui en vu d’autres… En retour, elle se saisit de ses testicules et lui propose, le plus calmement du monde, de les lui éclater afin qu’il puisse débuter une nouvelle carrière dans le deuxième district de Shinjuku, haut-lieu de rencontres homosexuelles…

    Une entrée en matière explosive entre deux partenaires que tout oppose. Contraints et forcés de faire équipe, la belle androgyne et le pathétique macho vont vite devoir mettre leurs différences de côté alors qu’ils enquêtent sur le meurtre atroce d’une jeune femme. Au bout de leurs flingues, le clan Azuma Domon, une organisation mafieuse qui opèrent en haute mer, avec pour fausse couverture des navires de pêche…

    Série en quatre tomes, Silencer est un seinen qui démarre très fort. Pas ou peu de temps mort dans le scénario proposé par le grand Yoshiyuki Okamura (alias Buronson et qui signe ici de son pseudonyme Shô Fumimura) à qui l’on doit de grandes histoires comme Ken le survivant, O-Ro-Den, Japan, Sanctuary ou encore Strain.

    A plus de 60 ans, Okamura, replonge dans l’univers policier qu’il affectionne tant. Une fois n’est pas coutume, le héros n’est pas un yakuza même s’il y a de quoi s’interroger en voyant les méthodes brutales de Shizuka. Un personnage principal qui n’est pas sans rappeler la belle et vénéneuse Nikita dans le film éponyme de Luc Besson. Comme elle, Shizuka ne semble suivre aucune règle, encore plus dans l’univers patriarcal et machiste de la société japonaise dépeinte ici. Libre, la jeune femme casse une bonne partie des codes du genre policier. En première ligne, c’est elle qui impulse le rythme des enquêtes, encore elle qui réfrène les pulsions d’un partenaire qui ressemble plus à un boulet qu’à un vrai flic même s’il ne déçoit pas toujours au moment de passer à l’action. Le mangaka a fait de Shizuka une femme dangereuse, mi-policière mi-justicière.

    En plus d’une dimension féministe qui transpire tout au long de ce premier tome, le lecteur retrouvera les thèmes qui sont chers à Okamura. Lutte contre la pègre, jeux de pouvoirs et d’influence mais aussi quelques effets comiques (souvent venus de l’inspecteur Iba) qui rendent le manga plus léger à lire et un peu moins sombre.

    Le dessin de Yuka Nagate, connue notamment pour Gift+- colle parfaitement au récit. Les personnages sont merveilleusement dessinés à l’image de la couverture où l’on découvre une Shizuka allongée lascivement avec pour seul compagnon son fameux pistolet silencieux. Comme si elle entretenait une relation quasi intime avec son arme. Les scènes d’action détonnent, elles aussi. Souvent décrites comme des ballets, les fusillades sont utilisées avec parcimonie et rendent ce thriller relativement crédible. Un manga qui ne mérite donc vraiment pas d’être passé sous silence.

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