Tardi, d’après-guerre lasse

    Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB, tome 3: Après la guerre, Jacques Tardi. Editions Casterman, 160 pages, 25 euros.

    La guerre est finie pour René Tardi, mais celui-ci n’en a pas fini avec l’armée. Après ses cinq d’emprisonnement au Stalag IIB et son éprouvant retour vers la France, évoqué dans le tome précédent, il arrive enfin chez lui, à Saint-Marcel-lès-Valence, dans la Drôme et retrouve sa femme, Zette. Un repos de courte durée – 15 jours ! Car, faute d’autres perspectives, il rempile dans l’armée. Un contrat d’un an, bientôt renouvelé. Et en 1949, il est muté en Allemagne, dans les troupes d’occupation, à Ems près de Coblence, où il emmène sa famille. Car leur fils Jacques est né, en 1946. Non sans causer bien du soucis à sa mère – qui ne manquera pas ensuite de le lui faire sentir. C’est là que le petit Jacques vivra ses premiers souvenirs, entre copains fils de militaires. Et entre l’Allemagne occupée et la Drôme avec ses grands-parents.

    Jacques Tardi boucle ici le dernier volet de son imposant récit consacré à la pas vraiment “drôle de guerre” vécue par son père. Et, cette fois, de “témoin fantôme”, il devient partie prenante de l’histoire. Mais ce troisième épisode n’est pas vraiment une autobiographie. Plus encore que dans les deux tomes précédents, Tardi se fait le chroniqueur de l’époque, à la fois de la marche de la France et du monde et de l’évolution de sa propre famille.
    Un récit à la fois intime et politique, à travers la vision de l’histoire ainsi restituée, où le texte s’impose de plus en plus – comme dans son dernier récit sur 14-18. Le découpage strict et immuable en trois strips horizontaux par pages, avec son dessin si reconnaissable, renforce encore ce dispositif.
    Et à côté du pessimisme et de la férocité contenue de la description de cette France d’après-guerre, cet album dévoile aussi des instants touchants et explique comment est née la passion de l’auteur pour la bande dessinée.

    Il faut donc accepter de se perdre parfois dans les digressions effectuées, où l’anecdote personnelle succède à un épisode de la Grande histoire, ne pas tout saisir des liens familiaux, car au final, en plus d’illustrer fort bien l’ambiance de l’après-guerre, cette trilogie nettement plus qu’autobiographique en dit long sur les racines familiales de Tardi et sa conception du monde.

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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