Téléportation dans le Paris de 2119

    Paris 2119, Zep (scénario), Dominique Bertail (dessin). Editions Rue de Sèvres, 80 pages, 17 euros (version luxe, au lavis et avec cahier graphique, 88 pages, 25 euros).

    Paris en 2119 n’est plus qu’à moitié la “ville-lumière”. Pour résorber la pollution générée par un siècle de dégradation climatique, un programme de désinfection de l’atmosphère a été enclenché, provoquant une pluie incessante sur les quartiers périphériques délabrés de la capitale. Le centre de la ville s’est lui transformé en “ville-musée” protégé par un champ magnétique et empli de sculptures hologrammes plus ou moins réussies. Le ciel, lui, est parsemé de mini-drones envahissants. Mais la majorité de la population ne ressent plus ces changements, réfugiés dans la réalité virtuelle et utilisant pour ses voyages le Transcore, des cabines de transportation instantanée. Le bon vieux métro demeure pourtant, mais n’est plus utilisé que par des paumés ou quelques nostalgiques, comme Tristan Keys, écrivain de seconde zone. Tout l’inverse de sa compagne Kloé, adepte résolue de la téléportation intercontinentale

    C’est d’ailleurs dans le métro que Tristan va faire une étrange rencontre avec une femme passablement dérangée, qui va faire basculer son existence. Rencontre d’autant plus troublante quand il se rend compte que cette femme est aussi l’éditrice avec qui il a rendez-vous le lendemain, que celle-ci n’a aucun souvenir de lui. Et, pire encore, quand il voit cette femme se faire désintégrer quelques jours plus tard. Témoin également d’un dysfonctionnement d’une cabine Transcore, il en vient à suspecter un complot aux conséquences effrayantes…

    Après la fable écologique apocalyptique de The End, Zep continue d’arpenter le futur et de surprendre avec ce récit de science-fiction rétrofuturiste à la Blade Runner. Il retrouve ici pour cela Dominique Bertail, complice pour leur épisode d’Infinity 8.

    Leur transportation dans le Paris du siècle prochain est bluffante. Par petites touches, à l’aide des dialogues ou des dessins,  ils décrivent une vision très crédible du futur, extrapolation des tendances contemporaines mêlée à des éléments de pure science-fiction (enfin, pour l’instant) également rendus consistants par leur banalisation même (les petits drones, la nourriture générée par imprimante 3-D ou bien sûr les cabines de téléportation Transcore). A cela s’ajoute tous ces petits détails du quotidien fort bien restitués, à l’image des Tamanoirs devenus des animaux de compagnie habituels ou d’un Eurostar décrépit.
    Dominique Bertail dessine tout cela dans un style réaliste, un peu froid, entre Moebius et Bilal, s’inscrivant dans une veine de SF séduisante et soignée.

    L’intrigue, à proprement parler, transporte en revanche un peu moins. Plus classique, même si la révélation au coeur du récit vaut son pesant de réflexions métaphysiques, la partie thriller se montre finalement assez convenue et un brin manichéenne. Quand au final, il laisse un peu perplexe et ressemble – sans vouloir “spoiler” – au happy end rajouté à la fin de Blade Runner avant le director’s cut.

    Un pari à moitié réussi donc, mais un Paris de 2119 joliment incarné.

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Mauvaise fortune, bon coeur

    Comment faire fortune en juin 40 ? Xavier Dorison et Fabien Nury (scénario), Laurent ...

    Que la farce soit avec toi !

    Le retour de la guerre du retour contre attaque, Thierry Vivien, éditions Jungle, 200 ...

    La belle nostalgie du futur

    Souvenirs de l’empire de l’atome, Thierry Smolderen, Alexandre Clérisse, éditions Dargaud, 144 pages, 19,99 ...

    Fakir, faut vous faire un dessin ?

    Difficile de louper la sortie du dernier livre et du nouveau film de François ...

    Encore Bravo pour la nouvelle aventure de Jules !

    Une épatante aventure de Jules, t.6 : Un plan sur la comète, d’Emile Bravo, ...

    La nuit à Rome qui peut tout changer

      Une Nuit à Rome, livre 2, par Jim. Editions Bamboo, collection Grand angle ...