Zep réussit son retour à la Terre

The End, Zep. Editions Rue de Sèvres, 88 pages, 19 euros.

Après un dernier album de Titeuf, Zep se met au vert chez Rue de Sèvres, avec un nouveau one-shot “réaliste”. Et même flippant.
Tout commence pourtant de façon bucolique. Des promeneurs se baladent dans une forêt des Pyrénées espagnoles lorsqu’ils s’effondrent brusquement, sans raison apparente.
Plus au nord, dans la réserve naturelle de Dokslä, en Suède, Théodore Atem débute son stage dans l’équipe du professeur Frawley. Fan absolu des Doors, dont il écoute le premier disque en boucle, Frawley est aussi un chercheur contesté depuis qu’il tente de démontrer que les arbres possèdent les secrets de la terre dans leur ADN et qu’ils communiquent entre eux d’une manière bien plus complexe qu’on pouvait le croire.
Bientôt, des phénomènes troublants vont apparaître à Dokslä: les animaux ont un comportement inhabituel, des champignons toxiques se multiplient. Des bouleversements liés aux activités de l’usine Pharmacorp qui jouxte la réserve ? Avec l’aide de Moon, l’assistante du professeur, Théodore – au passé d’écolo radical – va s’efforcer de découvrir l’origine du problème. Mais celui-ci pourrait bien être d’un tout autre niveau et n’être que le prélude à un drame de dimension planétaire…

En matière de confrontations entre les hommes et les arbres, on a déjà eu droit à Phénomènes de M.Night Shyamalan sur grand écran ou, plus ancien mais bien plus traumatisant, au roman Génocides de Thomas Disch. Zep s’inscrit ici dans cette même veine apocalypto-écologique, renvoyant l’homme à sa modeste condition d’hôte précaire de sa planète. Surtout s’il devient par trop encombrant et irresponsable.

Le père de Titeuf confie avoir eu l’idée de cette histoire après une discussion avec son fils, qui lui avait raconté une histoire d’antilopes koudous, mystérieusement mortes au Transvaal, où elles proliféraient, apparemment tuées par des acacias qui avaient modifié leur tanin pour en faire un poison mortel. De quoi crédibiliser une intrigue qui pourrait sembler un peu trop barrée New Age ? En tout cas, il parvient à lui insuffler une vraie atmosphère prenante et angoissante. Surtout dans sa première partie.

Graphiquement, l’album s’inscrit donc dans la belle veine réaliste initiée par Une histoire d’hommes. Toujours dans un traitement en bichromie qui suit les différentes variations du récit.
Les personnages sont certes ici un peu stéréotypés, mais surtout bien campés et attachants. Et la passion du professeur Frawley pour Les Doors – notamment pour leur titre The End – offre un double sens forcément approprié à l’album.

Un retour à la Terre réussi pour Zep, qui passe au vert et monte dans les arbre avec ce récit-catastrophe beau et convaincant.

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  • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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