Timothé Le Boucher (Ces jours qui disparaissent, Le Patient) : « Ce que je travaille le plus dans un album, c’est la fluidité narrative »

    Timothé Le Boucher sera à Amiens ce samedi 27 avril. Plus précisément au rayon BD de la librairie Martelle, pour son dernier roman graphique Le Patient édité chez Glénat. Interview d’un jeune auteur au talent prometteur.

     

    Timothée Le Boucher, lors de la remise de son prix Révélations, des lycéens des Hauts-de-France, en juin 2018 lors des Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens.

    Timothé Le Boucher, comme dans votre album précédent, Ces jours qui disparaissent, vous signez un passionnant thriller psychologique en explorant, à nouveau, les thèmes de l’identité, de la mémoire, du rapport à l’autre et de la notion du temps…

    On retrouve effectivement les mêmes thèmes mais les deux œuvres sont indépendantes. Quand j’ai commencé à créer Ces jours qui disparaissent, je m’intéressais beaucoup à la psychologie. Pour l’histoire du Patient, au début, le personnage d’Anna devait être une docteur et non une psychologue. Finalement, j’ai changé mon fusil d’épaule car il y aurait eu, à mon sens, moins d’échanges à mettre en scène. Ça me permettait aussi d’utiliser pas mal de choses que je n’avais pas exploitées pour Ces jours qui disparaissent. Le lien entre les deux albums est plus ou moins là, mais les deux histoires sont assez différentes. De plus, quand j’écris une histoire, je ne définis pas son genre particulier, je préfère que le lecteur s’en charge lui-même !

    Pourquoi avoir choisi le milieu hospitalier ?

    Après Ces jours qui disparaissent je cherchais une nouvelle histoire sur laquelle partir. En fait, j’en avais plein la tête (rires) ! Le Patient, c’est un peu le mélange de trois de ces histoires. La première, c’est la relation ambigüe entre un jeune homme et une femme plus âgée. La deuxième est celle d’un homme, seul survivant d’un crime atroce, qui se réveille après six ans de coma. Enfin la troisième est tout simplement le contexte de l’hôpital. Ça m’est venu après une balade que j’ai faite dans un hôpital strasbourgeois un dimanche. Je me suis retrouvé seul, arpentant de longs couloirs qui clignotaient comme dans les films d’horreur, l’ambiance était assez saisissante. J’imaginais des longs travellings en plan-séquence à la manière de Stanley Kubrick dans Shining ou Gus Van Sant dans Elephant. C’est à ce moment-là que le Patient est né dans ma tête.

    L’hôpital décrit est un endroit de souffrance mais aussi un lieu plein d’espérance avec ces patients en rééducation qui luttent pour reprendre goût à la vie. Ce n’est pas qu’un polar noir, on y trouve aussi de la lumière…

    Oui, c’est voulu. Pierre, l’un des personnages principaux, rencontre pas mal d’autres patients qui ont vécu des choses traumatisantes. Comme lui, ils sont en reconstruction. C’est un lieu assez particulier.

    Malgré tout, il ne fait pas bon être trop naïf dans votre récit…

    Les deux personnages principaux, Pierre et Anna, sont assez froids. Je n’ai pas eu envie de développer une empathie particulière à leur égard. Ils sont assez pragmatiques. Je voulais créer une espèce de contraste entre Pierre, personnage psychopathique, qui utilise, manipule les autres personnages plus naïfs ou candides.

    La relation qu’entretiennent Anna et Pierre renvoie parfois à celle lue (et vue) dans le Silence des Agneaux entre l’agent Clarice Starling et Hannibal Lecter. Est-ce une œuvre qui vous a influencé ?

    Je l’ai lue et vue au cinéma il y a longtemps. J’avais même fait un sujet d’analyse à l’école. Mais sincèrement, le Silence des Agneaux ne m’a pas vraiment influencé pour Le Patient. J’ai lu énormément de documentation, notamment sur les tueurs en série avec les livres de Stéphane Bourgoin.

    Le scénario « hitchcockien » (et le suspense qui l’accompagne) est parfaitement installé dans Le Patient. C’est un peu votre marque de fabrique. Comment travaillez-vous cela ?

    Au départ, j’ai la trame principale avec le début et la fin. Ensuite, je fais en sorte d’apporter, au fur et à mesure des planches, des informations qui vont compléter l’histoire. Je ne veux pas tout amener d’un coup pour ne pas brusquer le lecteur. En opérant ainsi, ça permet de créer des tensions tout au long du récit.

    Le rythme narratif est, lui aussi, assez bien trouvé, alternant entre des moments de quiétude et d’autres d’intenses tensions…

    Pour Ces jours qui disparaissent, j’avais envie que l’on sente une sorte d’accélération tout au long de l’album, de façon à ce que le lecteur ressente la disparition du temps. Dans le Patient, la narration est beaucoup plus lente. Je voulais montrer des relations qui se créent petit à petit. Ce que je travaille le plus dans un album, c’est la fluidité. En termes de narration, c’est le paramètre qui compte le plus quand je crée une histoire afin qu’elle soit la plus agréable à lire. Du coup, je relis énormément les pages pour essayer d’enlever ce qui peut bloquer la lecture.

    Votre trait fait penser à celui de Bastien Vivès (Polina, Une Sœur, Last Man…). Vous validez ?

    C’est marrant, c’est ce que l’on me disait aussi pour mes deux premiers albums (Vivre dessous, Les Vestiaires). Je décrirai plutôt mon style comme un mélange de BD franco-belge, de mangas, d’animation.

    Vos deux derniers albums sont des one-shot, n’avez-vous pas envie de créer une série ?

    J’ai pas mal d’histoires dans la tête, j’ai même écris des choses qui pourraient se décliner en série-fleuve. Mais pour l’instant, je ne me sens pas encore prêt. Ma prochaine bande dessinée sera à nouveau un one-shot. Ensuite pourquoi pas une série ? J’ai envie d’explorer l’univers médiéval mais pas forcément de l’heroïc-fantasy.

    Où en est le projet d’adaptation cinématographique de Ces jours qui disparaissent par le réalisateur Jonathan Barré ?

    Tout ce que je peux vous dire, c’est que le scénario en est à sa quatrième ou cinquième version d’écriture. A ce stade, j’ignore quand le film sortira.

    Serez-vous aux Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens les 1er et 2 juin ?

    Malheureusement, je ne pourrai pas car j’ai d’autres obligations, d’autres dates de dédicaces prévues au même moment.

    Rencontre-dédicaces avec Timothée Le Boucher, pour Le Patient, samedi 27 avril, de 15 à 18 heures, librairie Martelle, 3 rue des Vergeaux à Amiens.
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