Tokyo Revengers, racaille tokyoïte vers le futur

     Tokyo Revengers (série en cours), Ken Wakui. Editions Glénat, 192 pages, 6,90 euros.

    A 26 ans, Takemichi Hanagaki vivote de petits boulots qui lui permettent de payer le loyer de son studio miteux. Le jeune homme se lamente sur le désert de sa vie amoureuse lorsqu’il apprend en regardant la télévision la mort d’Hinata Tachibana, la seule petite amie qu’il ait jamais eue.

    La jeune fille de 26 ans et son frère cadet Naoto viennent de périr, victimes collatérales d’un règlement de comptes entres les membres d’un gigantesque gang, le Tokyo Manjikai. Sous le choc, Takemichi est, à son tour, victime d’un accident qui lui fait faire un bond en arrière dans le temps de 12 ans, à l’époque où il était au collège. Et si c’était l’occasion pour lui de sauver Hinata ?

    En tentant de modifier le futur, Takemichi se retrouve progressivement mêlé aux complots se tramant autour du Tokyo Manjikai et de son charismatique leader Manjiro Sano alias « Mikey ». Malgré son petit gabarit, ce dernier est un combattant redoutable et invaincu. Takemichi ne tarde d’ailleurs pas à faire connaissance avec lui ainsi que son bras droit Ken Ryuguji dit « Draken », reconnaissable à son tatouage de dragon sur le crâne et à sa natte blonde. Pour approcher Mikey, Takemichi n’a pas d’autre choix que de se faire remarquer au sein du gang. Le plus souvent en encaissant les coups. Heureusement, il va pouvoir bénéficier de l’aide de Naoto devenu flic dans le temps présent…

    Ecrit par Ken Wakui à qui l’on doit les seinen Shinjuku Swan (un manga sur les recruteurs d’hôtesses de Shinjuku inédit en France publié dans Young Magazine de 2005 à 2013) et Sekisei inko (une histoire d’amnésie post-traumatique sur fond de crime surnaturel), Tokyo Revengers s’inscrit dans la lignée des mangas dits « furyô » mélangeant lycéens voyous (yankii), grandes gueules et bonnes bastons. Un genre popularisé en France par la série GTO (Great teacher Onizuka) créée par Toru Fujisawa dans laquelle on suivait un jeune professeur au passé douteux et un brin obsédé.

    Les amateurs du genre ne devraient pas être déçus avec ce Tokyo Revengers. Classé dans la catégorie shônen, plutôt à destination des adolescents, le manga utilise les mêmes codes : beaucoup de l’action, une bonne dose d’humour, une forte amitié, des personnages charismatiques comme Mikey et un héros fragile au premier abord – Takemichi – qui ne cessera de surprendre au fil des tomes par sa détermination.

    Son originalité vient de son côté thriller temporel. Comme si Ken Wakui avait voulu revivre sa jeunesse, lui qui fut un de ces yankii au début des années 2000. Cette dimension, assez déroutante, renvoie à ce que l’on a pu lire dans Gantz (où le héros se retrouve projeté hors du temps après un accident de train) et plus récemment dans l’excellent Bateau de Thésée. Pour le côté un peu plus bourrin et humoristique, outre GTO et Young GTO, on peut citer King of Ants et le classique du genre Racailles blues (de Masanori Morita) qui fut étonnamment publié chez J’ai Lu (!). Un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître…

    Sur le plan graphique, le mangaka adopte un style plutôt classique propre. On apprécie toutefois ces planches où les dessins se font plus enfantins, voire plus caricaturaux, pour amplifier l’expressivité des personnages, notamment dans les scènes comiques. Un peu comme savent le faire les maîtres en la matière Akira Toriyama (dans Docteur Slump) ou encore Motoei Shinzawa (dans le Collège fou, fou fou).

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