Tolkien, voyage au milieu de la terre de la Somme

     J.R.R. Tolkien et la bataille de la Somme – dans un trou sous la terre, Emmanuel Beaudry (scénario), Corentin Lecorsier (dessin et couleur). Editions A contresens, 69 pages, 18 euros.

    Tolkien sera à l’honneur cet automne, avec “Voyage en Terre du milieu” organisée par la Bibliothèque nationale de France à partir du 22 octobre. Une exposition d’envergure sur l’homme et l’oeuvre de l’auteur du Seigneur des Anneaux. La bande dessinée accompagnera aussi cette actualité avec au moins deux nouveaux albums qui s’attachent tous deux à une période précise de la vie de John Ronald Reuer Tolkien: son expérience traumatisante de la Première Guerre mondiale et la bataille de la Somme qui marquera de son empreinte son oeuvre future.
    Les éditions Soleil annoncent en effet la parution, fin octobre, de Tolkien, éclairer les ténèbres, de Duraffourg et Caracuzzo, au style très classique au vu des premières planches dévoilées.

    Autre approche avec cet album “100 % picard”, qui a anticipé le mouvement : J.R.R. Tolkien et la bataille de la Somme, Dans un trou sous la terre, oeuvre de deux auteurs amiénois publié par un éditeur axonais.

    Ce trou sous la terre, qui ouvre le récit d’Emmanuel Beaudry et Corentin Lecorsier, c’est celui d’Ovillers-la-Boisselle, près d’Albert et l’explosion d’une énorme mine qui, le 1er juillet 1916 marqua le début de la Bataille de la Somme, l’une des plus effroyables de la Première Guerre mondiale.

    Ce jour-là, J.R.R. Tolkien a 24 ans. Djplômé d’Oxford et jeune lieutenant au 11e Fusiliers du Lancashire, il est cantonné à quelques kilomètres de là, à Warloy-Baillon puis à Bouzincourt, en charge du réseau de transmission de son régiment. On va le suivre tout au long de la Bataille, durant les mouvements de son régiment qui vont l’emmener à Forceville, Ovillers-la-Boisselle jusqu’à ce que la fièvre des tranchées ne le frappe, à Beauval, à la frontière entre Somme et Pas-de-Calais, le 25 octobre, lui apportant une “blighty” (cette évacuation sanitaire recherchée par tant de soldats), qui va l’amener à l’hôpital du Touquet, puis le faire rapatrier en Angleterre, à Birmingham où il va s’employer à transformer son expérience des tranchées pour en nourrir ses futurs chef-d’oeuvres de Fantasy, Bilbo le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux.

    Se plongeant dans la documentation disponible sur la vie et l’oeuvre de Tolkien – qui n’a jamais rien écrit sur ses souvenirs de combattant – Emmanuel Beaudry imagine ce que l’écrivain aurait pu vivre durant ces cinq mois dans la Somme. Pour restituer cela, dans un récit borné par des dates et lieux exacts, il privilégie une narration décalée, à travers les lettres que J.R.R. Tolkien aurait pu écrire à sa jeune épouse, Edith. “Voix of” qui permet de mettre en avant l’amour des mots de l’écrivain et donnant un rythme parfois mélancolique, parfois brutal à l’histoire.

    Cette même approche impressionniste se retrouve dans le dessin de Corentin Lecorsier, à l’image de la superbe couverture de l’album avec son “tommy” aux oreilles d’elfe. Après un premier album déjà marqué par une patte singulière, le giallo Quatre larmes sur un voile de nylon rouge (déjà sur un scénario d’Emmanuel Beaudry), le jeune auteur amiénois poursuit dans une veine très picturale et colorée.

    Les traits des personnages manquent parfois un peu de finesse et certaines planches souffrent d’une certaine imperfection, mais l’ensemble s’inscrit bien dans le ton de l’évocation de souvenirs personnels et nimbés d’onirisme. La description dantesque des combats, à travers des aquarelles sombres, est notamment particulièrement marquante. Et, au final, ce récit offre effectivement une bonne lecture et compréhension de ce qui a pu nourrir la mythologie à venir de l’écrivain britannique.

    Un album qui a donc toute sa place dans l’univers de Tolkien. Modeste, mais précieuse.

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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