Quelques histoires du recueil Traces de la Grande Guerre, l’album-événement de l’association On a marché sur la bulle à paraître en octobre, vont être visible dès la fin du mois lors de l’expo Dessiner la paix, au CIAPP d’Amiens.

    Traces de la Grande Guerre, ce qu’il en reste est pour le moins attendu.
    Ce nouvel ouvrage collectif de bandes dessinées sur la Première Guerre mondiale suit les traces, justement, ouvertes en 2009 par Cicatrices de guerre, album réunissant vingt-deux auteurs régionaux de Picardie, initié par l’association amiénoise (et qui allait aussi être le premier album des Éditions de la Gouttière). Des traces poursuivies ensuite par Pascal Mériaux et son équipe en 2014 avec les Chroniques de Notre Mère la Guerre, nouvelle aventure collective prolongeant la superbe saga de Kris et Maël coéditée cette fois avec les éditions Futuropolis et la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale. Et c’est également avec le label de la Mission centenaire qu’a vu le jour en 2016, le spectacle puis l’album Black Dog, de Dave Mc Kean. Tous deux produits à l’origine pour le festival anglais de Kendall puis traversant la Manche là encore à l’initiative d’On a marché sur la bulle.

    Ces trois partenaires (On a marché sur la bulle, Kendall et la Mission centenaire) sont aussi partenaires pour ce nouveau projet, prévu pour sortir à l’automne. Mais on pourra en voir, en avant-première quelques histoires, dès le 26 mai au CIAPP d’Amiens, dans le cadre de l’exposition “Dessiner la paix”.

    Dave Mc Kean, Charlie Adlard, Edmond Baudoin, Riff Reb’s en avant-garde

    On retrouve aussi ici Dave Mc Kean. Cette fois, l’auteur britannique a œuvré avec le poète anglais Simon Armitage, mais toujours avec le style anguleux et les tonalités bistre qui faisaient toute la force de Black Dog. Et c’est une des strophes d’Armitage qui a inspiré le dessin de couverture de l’album, avec cette femme s’enfonçant dans une tranchée au fond de l’eau : « Chère Mère, j’ai rejoint l’océan/ pour rincer mes yeux/ dans ses violets, ses bleus, ses indigos, ses verts/ Pour pénétrer son univers/ et en ressortir purifié / Pour briser la surface / Puis regarder la surface guérir et se refermer… »

    Autre grand nom du neuvième art présent dans l’album et dans l’expo : Charlie Adlard. Avec son complice d’alors Robbie Morrison, il propose une petite suite à son magnifique récit La Mort blanche. Avec une résurgence du passé sous forme d’un cadavre de soldat italien disparu en 1917 sur les hauteurs de l’Isonzo, et régurgité par la montagne. Le squelette est découvert par une bande de jeunes qui passent par de multiples sentiments à son égard. Le dessin n’est plus cette fois à la craie sur fond de papier gris mais plus classiquement mis en couleurs. Le récit n’en demeure pas moins touchant.

    Deux autres auteurs anglais participent à cette avant-première de l’album, Mary et Bryan Talbot (à qui l’on doit l’an passé une biographie de Louise Michel en bande dessinée). Ils évoquent ici le combat, hélas perdu, de deux suffragettes britanniques, Fred et Ammeline Pethick-Lawrence, pour éviter que le traitement punitif infligé à l’Allemagne ne se traduise par une nouvelle guerre. Plus classique, didactique, leur évocation a le mérite de mettre en lumière des femmes méconnues. Et incontestablement d’une grande lucidité.

    Émouvante aussi, la petite histoire (autobiographique ?) contée par Riff’ Rebs, mêlant ses souvenirs de jeunesse punk découvrant lors d’une soirée inondée de disco un recueil de haïku de Julien Vocance, Le livre des Haï-Kaï. Dans un style semi-réaliste sombre et puissant, l’auteur havrais se dévoile en jeune garçon hanté par les souvenirs de la Première Guerre mondiale, né pendant la Guerre d’Algérie et ayant grandi dans le culte de l’armée française et sous le portrait de son arrière-grand-père, le capitaine Duprez, tué à Vimy en 1915. Un récit très personnel ponctué d’illustrations fortes de haïkus de Vocance.

    Edmond Baudoin fait lui dans l’allégorie, placée sous l’apostrophe célèbre de Paul Valéry (« La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas  »). Dans ses planches également se joue un double regard, entre des illustrations pleine page et très colorées – véritables petits tableaux de la bataille, de l’arrière du front ou d’un monceau de cadavres – et les réflexions de deux adolescents, dans une petite case en pied de page, s’interrogeant sur la possibilité de voir renaître une telle horreur aujourd’hui.

    36 auteurs majeurs au sommaire

    Au-delà de cette mise en bouche printanière, l’album réunira également des histoires notamment de l’Espagnol Juan Diaz Canales, de l’Allemand Thomas Van Kummant (l’auteur bien connu de Gung-Ho), de l’Américain Joe Kelly, de l’Anglais Sean Phillips (dessinateur du récent Kill or be Killed), de l’Ivoirienne Marguerite Abouet ou du Japonais Ken Niimura. Sans oublier un fort contingent français, avec Régis Hautière, Kris et Maël, Valérie Mangin et Denis Bajram, Ronan Troulhoat ou Malo Kerfiden. Au total, 36 auteurs majeurs et un événement éditorial qui se doublera d’une double sortie événementielle franco-britannique.

    C’est ainsi que la sortie de l’ouvrage se fera à la fois au Salon du livre d’Albert, dans la Somme (soit, symboliquement, en plein coeur du front, un siècle plus tard) les 6 et 7 octobre – avec un prolongement à la Maison de la culture d’Amiens le 9 octobre – ainsi qu’au Lakes International Comic Art Festival de Kendall, en Angleterre, les 13 et 14 octobre 2018.
    Enfin, la Mission du centenaire de la Première Guerre a décidé de faire aussi de ce livre un des temps forts des célébrations du 11 novembre 2018. Une décision somme toute logique pour une production d’On a marché sur la bulle qui est le référent officiel de la Mission en matière de bande dessinée pour ce centenaire de la Première Guerre mondiale.

    La première planche de la “suite” de “La Mort blanche”, de Charlie Adlard et Robbie Morrison.
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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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