Un air révolutionnaire souffle sur le palmarès du 47e Festival d’Angoulême

    Retour sur le palmarès de ce 47e Festival international de la bande dessinée (FIBD) d’Angoulême. Une édition 2020 marquée par l’expression du malaise et de la colère des autrices et auteurs.

    Au palmarès traditionnel des albums primés à Angoulême, il faudrait ajouter, cette année, un prix de la contestation, plutôt joliment remporté par les autrices et auteures présents. Entre Jul réussissant à faire poser Emmanuel Macron avec le fameux tee-shirt “LBD 2020”, le fanzine du même nom édité à l’occasion ou l’intervention massive d’auteurs sur scène, lors de la soirée de clôture, ce samedi, masqués derrière des feuilles blanches pour illustrer, symboliquement, leur disparition.

    Intervention des auteurs et autrices de BD lors de la cérémonie de clôture du festival.

    Mais cet affichage du malaise des autrices et des auteurs, dans une précarité croissante pour une majorité d’entre eux – ainsi que l’a aussi acté le rapport Racine récemment rendu public – n’empêche pas d’évoquer aussi leur production et les albums mis à l’honneur cette année.

    Un “fauve d’or” au titre résonnant comme un manifeste dans le climat actuel

    Le Fauve d’or du meilleur album, prix le plus important du festival est donc revenu cette année à Florent Grouazel et Younn Locard pour Revolution – Tome 1 Liberté  (éditions Actes Sud/L’An 2). Un titre déjà salué ici à sa sortie et qui a déjà obtenu en septembre le prix prix Bulles d’Humanité décerné par le quotidien communiste lors de la Fête de l’Huma ; un album qui avait aussi fait partie du dernier quintet d’albums du Grand prix ACBD de la critique.

    Une reconnaissance multiple qui vient légitimer couronner un livre très réussi, sorte de roman choral de la Révolution française, mais aussi le début d’un projet plus ample, puisque à ce tome 1 “Liberté” doivent venir s’ajouter, logiquement, les tomes 2 et 3, “Egalité” et “Fraternité”. Et, quelque part, ce prix renverrait presque aussi, symboliquement, au climat actuel (à noter que l’Humanité, encore, avait eu une certaine intuition en réutilisant le dessin épuré de la couverture pour son cahier spécial sur la “bande décimée”, ce jeudi).

    Le Fauve spécial du jury est décerné à Clyde Fans (ed. Delcourt), de Seth, récit intimiste et familial sur un ancien patron d’une usine de ventilateurs.

    Le Fauve de la série est revenu à Dans l’Abîme du temps, de Gou Tanabe, qui après les déjà superbes Montagnes hallucinées poursuit ici son oeuvre d’adaptation de Lovecraft, avec cette fois un scientifique développant une inquiétante double personnalité.

    Le Fauve Révélation est décerné à Lucarne de Joe Kessler, cinq histoires fantastiques dans une ambiance chromatique très tranchée et particulière.

    Le Fauve de l’audace est décerné à Giacomo Nanni pour son récit italien et choral Acte de Dieu (ed. Ici même).

    Le Fauve du patrimoine a été décerné à la fantasmagorique et psychédélique Main Verte et autres récits (ed. Cornélius) de Nicole Claveloux et Edith Zha.

    Le Fauve Prix du public a été remis à Chloé Wary pour son équipe de footballeuses de banlieue de La Saison des roses (ed. FBLB)

    Le Fauve Polar est décerné à No Direction (ed. Sarbacane), le road-trip américain et sanglant d’Emmanuel Moynot.

    Le prix de la bande dessinée alternative est revenu à la plateforme de BD croate Komikaze.

    Le prix Goscinny, pour le scénariste, a été remis – à juste titre – à Gwen de Bonneval et Fabien Vehlmann pour Le Dernier Atlas (ed. Dupuis), dont le deuxième tome est attendu pour ce printemps.

    Le Fauve jeunesse est revenu aux Vermeilles (Actes Sud) de Camille Jourdy. Une BD en forme de récit initiatique pour une petite fille découvrant des êtres étranges dans une forêt.

    Le Fauve jeunes adultes a été remis pour sa part au Tigre des neiges (ed. Le Lézard noir) de Akiko Higashimura. Un manga historique sur un puissant seigneur de guerre du XVIe siècle, génial stratège… qui pourrait bien être une femme.

    Des fauves d’honneur ont aussi été remis à Nicole Claveloux et Yoshiharu Tsuge.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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