Un Amant qui sait se faire aimer

     L’Amant, Kan Takahama, d’après le roman de Marguerite Duras. Editions Rue de Sèvres, 152 pages, 18 euros.

    Il y a un culot certain à adapter en bande dessinée Marguerite Duras – même si cet Amant a déjà donné lieu à un film pas particulièrement inoubliable. C’est ce que vient de faire la mangaka Kan Takahama.

    L’histoire est connue. Dans cette autofiction, Marguerite Duras raconte son adolescence et sa première expérience sexuelle. Elle a 15 ans, vit en Indochine, avec sa mère déprimée par sa concession incultivable qui l’a ruinée, et se rêve déjà écrivain. Attendant le bac qui doit lui faire traverser le fleuve pour aller au lycée, elle croise un riche chinois. Attirance mutuelle et début d’une relation ambiguë entre l’homme et la jeune fille à l’étonnante maturité, basée à la fois sur la passion amoureuse mais aussi sur l’intérêt financier.

    Avouons le, je n’ai jamais lu ce classique de la littérature moderne (prix Goncourt 1984) et n’ait pas une attirance folle pour “l’autofiction”. C’est donc en parfait ingénu que je me suis plongé dans cette adaptation de la jeune mangaka (à qui l’on doit Le goût d’Emma : Une femme dans les coulisses du plus grand guide gastronomique du monde ou la série La Lanterne de Nyx).

    Séduite et emportée, pour sa part, par le roman de Duras, Kan Takahama avait été intéressée par l’attrait pour l’étranger et la possibilité laissée au lecteur d’imaginer ce qui pouvait être mis entre les mots du récit. Elle y réussit fort bien ici, dans une version “mangas”, mais présentée dans un déroulé  et suivant des codes plus proches du “roman graphique” à l’occidentale et du style de la bande dessinée franco-belge.

    Les 150 pages se lisent d’une traite. Le récit est d’une grande fluidité et le trait délicat et élégant apporte une finesse supplémentaire à cette histoire d’amour et son évolution psychologique complexe. Les scènes de sexe ne sont pas éludées, mais ne sont finalement pas si centrales dans le récit. Il s’y mêle une certaine tristesse et un désenchantement renforcés par le regard mélancolique que l’autrice donne à sa Marguerite Duras. Un personnage superbement incarné, à la fois séduisant mais empreint d’une certaine distance et d’une grande volonté d’indépendance. Même réussite dans l’évocation des décors et paysages du Vietnam d’alors, restitués dans une palette de couleurs douces.

    Avec un beau sens de la mise en scène, s’ouvrant et se concluant sur une note très mélancolique avec une Marguerite Duras vieillissante, cette adaptation est une vraie réussite et un bel hommage rendu à l’oeuvre de Marguerite Duras.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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