Un nouvel effroi cosmique sauce lovecraftienne

    La couleur tombée du ciel, Gou Tanabe, d’après l’œuvre d’Howard Philipps Lovecraft. Editions Ki-oon, 192 pages, 15 euros.

    Arkham, ville imaginaire du Massachusetts des États-Unis. Un projet de barrage promet d’engloutir toute la vallée reculée de cette campagne américaine. Un employé chargé d’effectuer les relevés topographiques pour la construction du nouveau réservoir, décide de rendre visite à M. Pierce, le dernier habitant d’une lande qui semble avoir été foudroyée par un mystérieux mal.

    Bizarrement, M. Pierce  se réjouit de voir le lieu disparaître sous les flots, en particulier la parcelle de terrain voisine… La famille Gardner y a vécu paisiblement pendant des années avant que son quotidien ne soit bouleversé par la chute d’une météorite juste devant leur maison. Flashback.

    Tombé au milieu de la ferme des Gardner, l’objet céleste en question suscite rapidement la curiosité des  scientifiques. Ils tentent d’étudier ce mystérieux roc venu de l’espace mais sans succès car avec le temps toute matière extraite s’évapore sans laisser la moindre trace. Cette matière ne ressemble à rien de connu et se distingue par une couleur inexistante sur terre, étrangère à nos yeux…

    Quelques semaines après cet événement, la faune et la flore commencent à s’altérer. Les pommes deviennent éclatantes et magnifiques mais elles ont un goût infect et demeurent immangeables. Les lapins font de gigantesques bonds et ne semblent plus effrayés par les hommes. D’autres phénomènes étranges apparaissent, elles vont malheureusement toucher de plein fouet la famille Gardner et l’entraîner dans une spirale de malheurs…

    Après Les Montagnes hallucinées et Dans l’abîme du temps (prix de la série au dernier festival d’Angoulême), Gou Tanabe poursuit l’adaptation en manga des chefs d’œuvre d’Howard Philipps Lovecraft, l’un des plus grands contributeurs du récit classique d’horreur du XXe siècle. Cette fois, il s’attaque à La Couleur tombée du ciel, une nouvelle écrite en mars 1927 et moins volumineuse que les deux précédentes mais tout aussi passionnante.

    A nouveau proposé dans une magnifique édition avec couverture effet cuir bleu et grand format (15 x 21cm), la bande dessinée déclinée en one-shot est une vraie réussite qui vient confirmer (s’il fallait encore le prouver) le talent de Tanabe pour les récits lovecraftiens.

    Contrairement aux Montagnes hallucinées et Dans l’abîme du temps où le lecteur navigue pendant longtemps à travers des paysages contemplatifs (Antarctique, désert australien…), où Gou Tanabe prend son temps pour installer le scénario, on entre ici très vite dans le vif du sujet.

    Plus rythmé, le récit de La Couleur tombée du ciel s’accélère dès la chute du fameux météore. Usant de son indémodable trait sombre et réaliste, le mangaka parvient à installer une atmosphère horrifique empreinte de mystère et de fantastique. On assiste impuissant, totalement hypnotisé, à la dégénérescence de la faune et de la flore environnantes puis à celle, plus terrible encore, de la famille Gardner. Une famille de fermiers attachante à l’image du père qui tentera jusqu’au bout de sauver ce qui peut l’être.

    Un scénario qui a inspiré de nombreux auteurs de science-fiction. Dernièrement, j’ai d’ailleurs découvert l’adaptation cinématographique de la nouvelle par le réalisateur américain Richard Stanley avec notamment Nicolas Cage dans le rôle de Nathan Gardner. Sorti il y a quelques semaines, le film s’intitule Colour out of space. Une façon différente de découvrir cette nouvelle qui place Lovecraft, 83 ans après sa mort, encore et toujours dans l’actualité.

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Triste odysée sur les traces d’O.D.E.S.S.A.

    O.D.E.S.S.A., tome 1 et 2, Peka, Dufranne, éditions Casterman, 48 pages, 12,95 euros. Trois ...

    Une grande victoire paternelle contre l’autisme

     Les petites victoires, Yvon Roy. Edition Rue de Sèvres, 152 pages, 17 euros. Marc ...

    Une histoire qui tourne bien

    Le pendule de Foucault, Convard, Adam, Vignaux, éditions Glénat, 48 pages 13,90 euros. Après ...

    Chronosquad, du bon temps à revendre

    Chronosquad, t.1: lune de miel à l’âge du bronze, t.2: destination Révolution, dernier appel, ...

    Sur la plage à bandes dessinées… Le Camion qui bulle au Touquet

    Du 22 juillet au 11 août, le Camion qui bulle fait sa tournée des plages françaises. ...

    Les Vieux Fourneaux retournent dans la mêlée

    Les Vieux Fourneaux, tome 5: bons pour l’asile, Wilfrid Lupano (scénario), Paul Cauuet (dessin). ...