Un roi des bourdons dont on peut faire son miel

    Le Roi des bourdons, David de Thuin. Editions Glénat, coll. 1000 feuilles, 96 pages, 19 euros.

    Il y a quelque chose de pourri chez Chatterbooks, puissante maison d’édition de bandes dessinées de Chattertown. Après qu’un ex-directeur de collections, licencié après dix-huit de maison, se paye une tentative de suicide médiatique devant les caméras, Zola, aspirant-auteur et pour l’instant simple manutentionnaire va une nouvelle fois voir son projet d’album rejeté. Tout juste le laisse-t-on espérer, dans le but de le récupérer pour aider les auteurs de la nouvelle série-phare maison, contant les exploits du super-héros de la ville, Hyperclébard.

    Mais un jour, tandis qu’il s’emploie dans le jardin de sa mère, atteinte d’alzheimer et pensionnaire d’un ehpad, son innocent geste pour sauver un bourdon de la noyade va transformer sa vie. Pour le remercier, la communauté des bourdons va offrir à Zola un destin de super-héros, en formant une étonnante combinaison volante et vibrionante. De quoi en faire un rival à Hyperclébard, contre les méchants mais aussi dans le petit monde de l’édition locale…

    Avec son style animalier zoomorphique et ses personnages plongés dans la vie quotidienne actuelle, Ce roi des Bourdons fait forcément songer aux Aventures de Lapinot, de Lewis Trondheim, avec lequel il partage aussi une approche sociale et ironique, voire sarcastique. Loufoque, voire burlesque au départ, les aventures du super-héros “roi des bourdons” vont progressivement prendre de la densité humaine et sociale jusqu’à faire évoluer l’intrigue vers une dimension nettement plus prosaïque et profonde.

    David de Thuin s’était fait remarquer, en 2014 avec La Proie, un album hors norme de… 1000 pages et 10 000 cases. Cette fois, il a semble-t-il repris et redessiné totalement une histoire autoéditée en 2005. Plus classique, avec un dessin faussement naïf et très lisible, le résultat est tout aussi bluffant et réussi, d’une autre manière.

    Narrativement, le récit embarque et tient parfaitement le lecteur jusqu’au bout, de rebondissements en révélations, jusqu’à permettre de revoir toute l’histoire sous un tout autre angle. Et en parallèle à l’histoire personnelle de Zola et sa petite bande, David de Thuin livre aussi, en creux, une savoureuse et grinçante critique du monde de l’édition de bande dessinée. Milieu qu’il semble bien connaître où qu’il évoque en tout cas de façon saisissante. Et ce projet de BD là, l’éditeur a bien fait de le faire paraître !

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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