Une cavale cyberpunk explosive

    Cavale vers les étoiles, Ryoma Nomura (scénario et dessin). Editions Casterman, 336 pages, 11,95 euros.

    Commencer la lecture de Cavale vers les étoiles, one-shot du mangaka Ryoma Nomura, c’est s’apprêter à monter dans une fusée prête au décollage. Une fois embarqué, plus question de descendre. Ne reste plus qu’à s’arrimer fermement en attendant la fin d’un parcours menant jusqu’à la planète Mars.

    L’histoire prend place dans un futur uchronique proche, où les implants cybernétiques sont devenus la norme, où l’on se greffe un bras métallique comme si l’on s’achetait une nouvelle paire de chaussures. La terre est dirigée par la couronne britannique qui entend  bien profiter des spécificités génétiques martiennes pour mater la révolte des multiples colonies établies sur la planète rouge. Son but : créer d’invincibles combattants cyborgs et faire en sorte que la « Science save the queen ! » C’est dans ce contexte conflictuel que Kinu, une jeune fille conçue et retenue dans un laboratoire militaire britannique, parvient à prendre la fuite. Âgée de 193 jours, ce bébé éprouvette d’un nouveau genre, doté d’une force surhumaine et capable d’auto-guérison, n’a qu’une envie : retrouver ceux et celles qui lui ressemblent, restés sur Mars. Seul hic, mais de taille, la jeune fille au caractère bien trempé (« de cochon », diront les plus lucides) doit réussir à semer tout un empire lancé à ses trousses. Heureusement, au gré de sa cavale, Kinu croise la route de personnes ou de cyborgs (ou les deux à la fois) qui vont l’aider telle Roku, vendeuse de ramen (nouilles japonaises), aux jambes métalliques, qui n’avait rien demandé à personne au départ…

    Amateurs de douceurs et de sentiments niais, passez votre chemin. Toujours haletant, parfois cruel, souvent sanglant, le récit offre peu de répit au lecteur. Mélange d’action et de suspense, heureusement entrecoupé de scènes comiques, le manga est étonnamment rythmé malgré ses 336 pages (le one-shot regroupe les deux volumes parus au Japon dans le magazine Afternoon, revue de la maison d’édition Kodansha). Cavale dans les étoiles, c’est l’histoire d’une fugitive, éprise de liberté, qui s’inscrit dans la tradition du cyberpunk apparu dans les années 1980. Le personnage principal, Kinu, renvoie d’ailleurs aux héroïnes de Gunnm (Gally), d’Appleseed (Dunan), voire de Ghost in the shell (Kusanagi), références du genre. Avec Kinu, on est toutefois loin de l’image hyper féminisée utilisée pour une majorité des héroïnes de la mouvance steampunk. Certes, le mangaka voit en Kinu un personnage fort, plein de détermination, mais paradoxalement, il a préféré l’imaginer dans un corps d’enfant, faussement chétif. Ce qui offre d’explosives et tranchantes scènes de combat assez hallucinantes. Un parti pris qui fonctionne. Intrépide et – doux euphémisme – peu docile, Kino est un modèle de volonté. On se plaît à suivre sa fuite en avant, émaillée de défis insurmontables au premier abord et de rencontres improbables. Mutants martiens aux idéaux nobles, vétérans de guerre totalement allumés, cyborgs en tout genre…, on ne s’ennuie pas une seconde.

    Sur le plan graphique, le mangaka surprend avec un style brouillon, brut, mais très efficace et qui n’est pas sans rappeler celui de Tutsomo Nihei dans Blame ! et surtout celui de Masato Hisa dans Area 51. Belle surprise, les expressions des personnages sont superbement restituées. Les décors et les objets high-tech ne le sont pas moins et on retrouve une atmosphère ultra futuriste à l’image de cet impressionnant hélicoptère furtif de la Navy, de cette libellule traceuse ou encore de ce motard policier autonome et mécanisé. Le découpage des planches reste, lui, assez classique même si l’auteur s’autorise quelques originalités comme ces doubles pleine-pages qui accentuent les scènes d’action. Bien souvent à couper le souffle d’où la nécessité de s’accrocher solidement avant de prendre part à cette Cavale vers les étoiles. En mode « No future » bien évidemment.

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