Une cybercomédie à la française plus vraie que nature

    Cyberfatale, tome 1: si ça sort, on est morts, Cépanou (scénario), Clément Oubrerie (dessin). Editions Rue de Sèvres, 56 pages, 15 euros.

    Drôle d’album. Et à plus d’un titre. Tout commence en effet par une bonne blague sur internet.

    A 4 heures du matin, au R-1 du Balardgone (le “Pentagone à la française” édifié dans le XVe arrondissement de Paris) une photo du président de la République en slip kangourou apparaît sur les écrans de l’équipe de surveillance informatique. Le temps qu’ils réagissent, l’image s’est répandue sur les réseaux sociaux, provoquant l’hilarité mondiale… et un branle-bas de combat à l’Elysée, qui entreprend de “redorer l’image de la France” en proposant à un journaliste d’aller réaliser un documentaire sur le dispositif de cyber-securité installé au siège du ministère de la Défense.
    Mme O, bras droit du chef de la cyberdéfense et réelle patronne du dispositif, charge la jeune Aurore Leroux de guider le journaliste ou plutôt de faire en sorte qu’il ne sorte pas du cadre prévu. Sauf que tout ne va pas se dérouler comme prévu. Et Antoine Paulain, pourtant pas du tout spécialisé dans la chose militaire va être témoin d’une vraie cyberattaque, contre un avion Rafale en Méditerranée, dont la diffusion de la photo présidentielle pourrait n’avoir été que le prélude. La chose est d’autant plus fâcheuse que la France est sur le point de signer un gros contrat de vente de Rafale avec l’Inde. De quoi soupçonner un Etat malveillant et concurrent d’être derrière tout cela…

    Burlesque, mais très sérieux ; avec un trait caricatural mais décrivant cet univers méconnu de la cybersurveillance avec un grand réalisme ; associant un dessinateur connu du 9e art et un “collectif mystérieux de scénaristes, “experts tenus anonymes pour des raisons évidentes de sécurité“. Ce Cyberfatale est décidément un album singulier. Tout comme il s’inscrit de manière singulière dans le catalogue des éditions Rue de Sèvres.
    Avec le côté sulfureux du récit à clé (il s’agit même ici de celle de la sécurité nationale), cette histoire s’inscrit donc sur une ligne de crête étroite. Les personnages sont volontiers caricaturaux et croqués dans la même veine et l’atmosphère est plus proche d’Austin Powers que des romans de John le Carré. Mais derrière l’humour se dévoilerait donc de vrais morceaux d’espionnage de grande envergure. Comme un avion de chasse “hacké” en plein vol ou une vaste opération de dénigrement cybernétique impliquant un Etat étranger (et pas forcément celui à qui on penserait).

    Ce dévoilement des coulisses du pouvoir, un peu comme dans Quai d’Orsay, fait donc toute la plus-value de l’album, à condition de croire les explications de l’éditeur. Les indices plus ou moins fins distillés au fil des pages apportent aussi leur crédibilité à l’ensemble, pour le placer dans une histoire récente, comme ce ministre de la défense au nom de Morbihan, un Président un peu lourdaud avec des lunettes très proche de François Hollande ou en arrière-fond un contrat de plusieurs milliards avec l’Inde. Mais si le dessin de Clément Oubrerie apporte un dynamisme léger et humoristique au propos, comme dans Renée Stone ou plus encore dans Voltaire amoureux, ce style tout comme le gag final en amoindrissent la puissance. Volontairement ? Pour minimiser la portée de ces révélations ?

    En tout cas, tout est fait pour montrer que la réalité peut dépasser la fiction et que même si tout dans cet épisode n’est pas réel, cela peut être vraisemblable. De quoi reposer l’album avec un sentiment mitigé, sans trop savoir s’il faut en sourire ou s’en effrayer. Et cette ambivalence fait tout l’intérêt de cet ouvrage atypique.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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