Une fascinante enquête surréaliste sur les traces d’André Breton et Nick Carter

     Nick Carter et André Breton, une enquête surréaliste, David B. Editions Soleil, coll.Noctambule, 54 pages, 20,90 euros.

    1931 à Paris. Nick Carter, habitué à combattre les pires criminels tels Dazaar aux cent formes ou le diabolique Docteur Quartz, est engagé par le poète André Breton. Le “pape” des surréalistes au groupe désormais éclaté, quitté par sa compagne, exclu par le Parti communiste, demande à l’enquêteur de retrouver “l’or du temps”, la beauté qu’on lui a dérobé. Pugnace, le grand détective américain ne va pas lâcher l’affaire. Il interroge Robert Desnos, à l’origine d’une des ruptures poético-politiques les plus violentes avec Breton, il retrouve Nadja l’ancienne muse de Breton désormais enfermée dans un asile d’aliénés du Nord. Plus tard, il ira à la rencontre de Dali en Amérique. Mais le Docteur Quartz entend bien perturber cette enquête en forme de quête qui se poursuivra jusqu’au décès d’André Breton, en 1966. Voire au-delà pour Nick Carter, héros de papier accompagné de l’ombre du poète…

    Tout, dans cet album très singulier, est dans le titre. Il est question du célèbre détective créé en 1886 par l’écrivain J.R.Coryell à la longue notoriété. Il y est aussi question d’André Breton, dont l’album résume (fort bien) les trente dernières années de vie. Et il s’agit effectivement d’une “enquête surréaliste”, dans l’esprit du roman-feuilleton pulp, doublée d’une vraie enquête sur le surréalisme, à travers l’évocation de quelques unes de ses figures phare.

    Avec uniquement une préface contextuelle, rappelant l’intérêt du groupe surréaliste pour cette littérature populaire et feuilletonnesque et de courts récitatifs en bas de page, David B. se montre d’une grande clarté et très pédagogue sur son interprétation de ce courant artistique si important du XXe siècle, tout en déroulant brillamment en même temps une vraie aventure de serial feuilletonesque totalement débridé.

    Mais cette enquête en 50 chapitres – réduits à une page minutieusement illustrée chacun et à son titre évocateur – emprunte aussi au surréalisme ses techniques de collage et d’association d’idées, avec des pages fouillées d’un noir et blanc somptueux illustrant brillamment chaque étape, adaptant à chaque fois le graphisme et le style à l’évocation de l’instant: Nick Carte face aux “masques du mal” dans une ambiance serial, Salvador Dali et son univers mou et absurde, Trotsky et Frida Kahlo dans la luxuriante jungle mexicaine comme dans un “murales”, ces murs de fresques géantes à la Diego Rivera ou encore le Bruxelles de Magritte.

    Si l’inclination première sera de suivre le texte, il faut aussi se perdre dans l’image qui le surplombe. Vrai petit tableau surréaliste, souvent inquiétant avec son effet de carte grattée ou les éléments apparaissent parfois comme en négatif, où l’ombre guette, où le regard prend plaisir à se perdre dans les moindres détails.

    Ludique, fascinant et brillant, ce petit album joliment édité dans sa couverture toilée, à sa manière, a bien réussi à capter l’or du temps.

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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