Une histoire très vivante de “L’Internationale” et de ses fantômes

     Les fantômes de l’Internationale, Elise Thiébaut (texte), Baudoin (dessins). Editions La Ville brûle, 104 pages, 18 euros.

    Karl Marx débutait son Manifeste en évoquant le communisme, ce “spectre qui hante l’Europe”. C’est d’autres fantômes que débusquent le dessinateur Baudoin et la journaliste Elise Thiébaut (qui a eu la chance d’avoir des parents communistes puisque son père fut responsable des archives cinématographiques du PCF) dans ce très joli livre illustré.

    Des fantômes réapparaissant au départ… grâce ou plutôt à cause de Facebook. Le rapport peut paraître tenu – sinon pour son côté international – entre le réseau social omniprésent de Mark Zuckerberg et le chant des damnés de la Terre. Alors qu’elle poste une vidéo de l’enterrement du dirigeant communiste parisien Henri Malberg, en juillet 2017, Elise Thiébaut a donc la surprise d’être alerté par Facebook pour avoir repris un passage de l’Internationale “soumis au droit d’auteur”. Cette incongruité apparente est le point de départ de cette enquête en quête des ayants droit, mais surtout occasion de rappeler toute l’histoire de cette chanson imaginée par Eugène Pottier puis mise en musique par Pierre Degeyter.

    Mais, avant toute chose, le dessinateur Baudoin donne une belle incarnation, pleine de puissance et d’humanité aux paroles de l’Internationale, illustrée strophe par strophe. La seconde partie du livre, consacrée donc aux “fantômes” permet de découvrir, ou redécouvrir qui étaient Pottier, Degeyter et l’improbable histoire qui va faire d’une petite chanson composée durant la Commune de Paris l’hymne révolutionnaire sans doute le plus chanté sur toute la planète. De Paris à Lille (car le Nord joue un rôel décisif dans la diffusion de la chanson) en passant par Moscou et les Etats-Unis, cette histoire s’enrichit aussi de déchirements familiaux, de captation d’héritage et d’une certaine opacité sur les derniers détenteurs des droits (puisque le chant est depuis fin 2017 dans le domaine public). Un récit lui aussi brillamment illustré par Baudoin de portraits des différents protagonistes.

    Très joliment édité en bichromie (noir et rouge, forcément), ce petit ouvrage est passionnant et se lit d’une traite, grâce au style très vivant et alerte d’Elise Thiébaut. Et on s’attardera forcément sur les pages illustrées par Baudoin, dans son trait charbonneux et appuyé habituel, à la fois fort et toujours poétique.

    Seule petite précision – mais comme Elise Thiébaut le note dans une note de fin d’ouvrage, “le diable est dans les détails” – le Tony Bobino évoqué page 104 se nomme en fait Tony Babino. Juste pour ceux qui souhaiteraient écouter, en bande fond, sa version swing de l’Internationale ! Une curiosité qui est aussi une belle illustration de la diffusion du chant de Degeyter et Pottier.

    Elise Thiébaut sera ce week-end au Village du livre de la Fête de l'Humanité. Et elle participera à un débat, ce samedi 14 septembre à 10h45 sur le thème "De l'Internationale à l'internationalisme: le rôle des femmes".

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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