Une idée de cadeau de Noël (7/8) : On dit oui à Andy !

    Andy, un conte de faits, Typex. Editions Casterman, 562 pages, 35 euros.

    Andy Warhol fut incontestablement une personnalité marquante de la culture de la seconde moitié du XXe siècle. Un “roi du pop art” dont les sérigraphies colorisées de stars ou de sachets de soupe sont autant d’icônes modernes. Pour l’évoquer, il fallait donc un ouvrage hors normes. C’est le cas avec ce gros album signé Typex. Ou, plus exactement même dix “magazines” reliés. Dix chapitres chronologiques pour raconter dix étapes-clé de la vie d’And

    De l’enfance pauvre d’Andy Warhola, fils d’immigrés ukrainiens et grecs dans l’avant-guerre, jusqu’à ses dernières heures, en 1987, en passant par son explosion créative dans les années 1950-1960, sa “Factory” et sa faune improbable, le Velvet Underground, sa tentative d’assassinat par la militante féministe barrée Valérie Solanas, son magazine “Interview” dans les années 70… Entre réelle créativité artistique et génie du merchandising, on découvre et suit un homme ambigu, planqué sous sa perruque, qui vivra quasiment toute sa vie avec sa mère, assumant difficilement son homosexualité entre fêtes et excès en tous genres.

    Au-delà de sa seule biographie, c’est toute une époque, et plusieurs époques même, qui sont convoquées, comme le précise le sous-titre du livre, à travers des personnalités du cinéma, de l’art contemporain, de la musique. Au fil des pages et des années, on y croise Jackson Pollock, Truman Capote, Bob Dylan, Basquiat ou Michael Jackson.
    Dans une approche ouvertement “people”, chaque chapitre s’ouvre d’ailleurs par une page de brèves cartes biographiques (style figurines panini), “véritable Who’s Who” de l’entourage d’Andy Warhol.

    Il fallait un talent énorme pour raconter tout cela d’une manière aussi magistrale et brillante et émouvante.

    Typex, alias Raymond Koot, y parvient grâce a un traitement graphique différent et adapté à chaque période, même s’il reste dans une dominante ligne claire. Une tonalité donnée dans chacune des “couvertures” de chapitres, conçues comme autant de couv’ de magazines imaginaires. On passe ainsi d’un style rétro à un clin d’oeil aux corps musclés de Tom of Finland, d’un style comics à un pastiche du New Yorker ou même à une icône slave.
    Brillant (à l’image de la tranche argentée du livre qui, feuilletée, découvre les divers colorés des chapitres), le dessinateur néerlandais, à qui l’on doit déjà une biographie saisissante de Rembrandt, ne se réduit pas ici à un exercice de style. La narration est vive et prenante. Et, par cette accumulation d’anecdotes et de captation de l’air du temps, il fait revivre un Andy Warhol touchant et étonnant, à défaut d’être réellement sympathique.

    En quatrième de couverture, délice de composition ludique au second degré, l’éditeur ou l’auteur ont cru bon de préciser que “pour un plaisir de lecture maximal, nous vous recommandons fortement de ne lire qu’un chapitre à la fois“. C’est peut-être vrai. Mais une fois plongé dans cette vie bouillonnante, il est difficile de s’arrêter avant la fin. Et si c’est un livre qui permet et incite à la relecture (chapitre par chapitre, donc), ces 560 pages se lisent d’une traite.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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