Une idée de cadeau pour Noël (4/8) : Spirou très bien occupé en 1940

    Spirou, tome 2: l’espoir malgré tout – première partie: un mauvais départ, Emile Bravo. Editions Dupuis, 88 pages, 16,50 euros.

    Quoi de neuf ? Spirou, bien sûr ! Le héros emblématique des éditions Dupuis, à qui Saint-Malo a consacré cette année une belle expo n’en finit pas de revenir, à travers la série initiale, sa déclinaison en version enfantine du  P’tit Spirou ou des visions du personnage par divers auteurs dans la collection Spirou vu par… Pour ses 80 ans, le groom à l’habit écarlate conserve toute sa jeunesse. Notamment dans la saga initiée par Emile Bravo.
    Dix ans après Le Journal d’un ingénu, il reprend donc Spirou ici, pour un projet plus ambitieux encore, avec une saga en quatre volumes cette fois (prévue pour s’achever fin 2020) qui entend répondre à la question de savoir “comment le Spirou de 1938 devient celui de 1946 qui ne travaille plus à l’hôtel et part à l’aventure ?“.

    Après les péripéties des pourparlers entre les émissaires polonais et allemands au Moustic Hôtel évoqués dans l’album précédent (d’où ce “tome 2” dont l’éditeur qualifie cette “première partie”), on retrouve cette fois Spirou en janvier 1940.
    L’hiver est rude à Bruxelles où tout le monde attend avec angoisse l’arrivée de la guerre… Tout le monde où presque puisque Fantasio s’est lui engagé dans l’armée belge sans appréhension particulière. Spirou, pour sa part, est toujours groom à l’Hôtel Moustic. Mais tous vont vite se retrouver confrontés à l’horreur du conflit lorsque les troupes allemandes envahissent la Belgique.
    En partie responsable de la chute d’une des forteresses du pays, Fantasio va retrouver Bruxelles et son ami qui, de son côté, va découvrir effaré la “question juive” à travers les malheurs d’un couple d’artistes juifs allemands réfugiés. Ce seront ensuite nos deux héros qui vont se retrouver sur les routes de l’exode. Ils vont chercher à s’en sortir alors que leur pays sombre dans la collaboration et voit surgir de sinistres milices.

    Si l’album débute par une innocente partie de boules de neige – pas si innocente que ça, d’ailleurs – la tonalité du récit s’assombrit vite, rythmé par les bruits de bottes immortalisées en couverture et l’invasion de la Belgique. Et après un premier épisode respectant une unité de lieu, à l’hôtel, cette suite très dense parcourt la Belgique, de Bruxelles jusque dans les coins reculés de la campagne flamande, à la manière d’une aventure épique avec deux héros au caractère très dissemblable.
    Spirou affirme son humanisme et sa bienveillance ; Fantasio lui est fantasque et burlesque, amenant le côté drôlatique, mais apparaissant quand même comme inconscient, un peu lâche, égocentrique et même “un peu con“, comme le dit Emile Bravo. Ce balancement est à l’image du récit, tragi-comique…

    Le dessin joue volontairement sur ce côté rétro, singeant ouvertement le style du Tintin de la même époque. Une ligne claire assumée, dans un registre très détaillé et réaliste dans les décors et les ambiances. Et cette atmosphère participe à la réussite d’un album tragi-comique, toujours sur le fil entre l’aventure et le poids de la guerre avec toutes ses horreurs.

    Enfin notons que s’il n’est pas indispensable d’avoir lu le Journal d’un ingénu pour apprécier cette relance, la continuité entre les deux albums est manifeste, dans le traitement graphique et la narration. Et, tant qu’à faire, autant partir du (tout) début. Surtout pour Noël.

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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