Vent mauvais et souffle de la crise à l’ombre des éoliennes

     Vent mauvais, Cati Baur. Editions Rue de Sèvres, 192 pages, 20 euros.

    Un scénariste ayant connu un gros succès populaire une quinzaine d’années plus tôt, désormais en panne d’inspiration et en crise de la quarantaine décide de plaquer sa vie parisienne pour s’installer à la campagne. Il trouve son bonheur un peu par hasard en ciblant des communes à 1h30 de Paris et trouve une maison à vendre toute proche d’un champ d’éoliennes qui le fascine par leur lent mouvement rotatif. Séparé, plaquant sa maîtresse avec qui il n’est plus vraiment en phase, il compte bien se remettre à fond dans l’écriture, persuadé que la nature bucolique lui fera retrouver l’inspiration, tout en accueillant ses deux filles, Violette ado rebelle et Lison plus rêveuse et toujours dans ses livres.

    L’apaisement recherché à travers la contemplation des éoliennes, Béranger la trouvera aussi auprès de Marjolaine, jeune femme fantasque, bibliothécaire fan de scrabble et fille des voisins paysans, qui ont vendu le champ permettant la construction des mâts et désormais ostracisés par une bonne partie des villageois.

    Cette pulsion d’un citadin de quitter la ville, la problématique – problématique de fait – de l’implantation des éoliennes. Deux sujets qui pourraient donner à penser qu’il s’agit là d’un ouvrage “post-Covid” surfant sur des thématiques du moment. En fait, l’idée de cet album remonte à une dizaine d’années. Mais, comme on le voit, il n’a rien perdu de son actualité.

    Si le retour au vert en lien avec la crise de la cinquantaine et l’absence d’inspiration d’un scénariste bobo parisien emprunte des chemins connus, l’approche des éoliennes est plus originale. Subtile, Cati Baur ne satisfera d’ailleurs, sur ce sujet devenu clivant (notamment en Picardie !) ni les opposants ni les défenseurs de ces nouveaux moulins à vent. Les premiers apparaissent comme un ramassis d’esprits obtus, complotistes voire violents. Les seconds n’y trouveront aucune évocation écologiste ou progressiste… Et la première rencontre avec Marjolaine se fait alors qu’elle enterre des oiseaux morts d’avoir frôlé de trop près les pales des engins. De fait, ici, Cati Baur aborde le sujet uniquement sous un angle poétique – que l’on peut bien partager – comme “une beauté magnétique, apaisante” (comme elle le dit lors d’un entretien avec nos confrères du Soir, le 27 juin dernier).

    Cette “beauté magnétique et apaisante”, ce pourrait être aussi Marjolaine, qui est le vrai personnage central de cette histoire, avec sa force de caractère emplie de douceur. Une détermination que porte également Lison, la plus jeune fille de Béranger, tandis que les autres personnages apparaissent un brin vélléitaires ou inconstants – au premier rang desquels Béranger.

    Suivie sur un an, ponctué au rythme des mois, le récit prend progressivement de l’ampleur, brassant des thématiques variées, autour de la panne créative, du vieillissement, de la paternité assumée, des pulsions amoureuses, mais aussi des animosités rurales. Et ce jusqu’au basculement final dans une forme de folie incarnée dans une utilisation maniaco-dépressive des lettres du scrabble.

    Graphiquement,  le style de Cati Baur laisse toujours un peu à désirer, mais elle donne une vraie personnalité à ses personnages, surtout féminins. Et le trait fin comme les couleurs douces portent bien l’histoire.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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