Woodstock raconté par ceux qui l’ont vécu

    Forever Woodstock, trois jours de paix et de musique, Nicolas Finet (scénario), Christopher (dessin), Degreff (couleurs). Editions Robinson, 64 pages, 17,95 euros. Parution ce 21 août. 

    C’était il y a tout juste cinquante ans, dans un coin perdu de l’Etat de New York, à soixante-quinze kilomètres de la petite ville de Woodstock. Du 15 au 18 août 1969, près d’un demi million de spectateurs vont assister à un festival unique, point d’orgue de la vague hippie et un des plus grands moments de l’histoire de la musique pop. Au départ, ce ne devait pourtant être qu’un festival parmi d’autres, monté un peu en catastrophe par trois jeunes producteurs new-yorkais qui venaient de se voir virer du premier terrain choisi, à 60 kilomètres de là. C’est donc finalement sur les terres du fermier Max Yasgur que la trentaine de groupes et d’artistes joueront, de Richie Havens à Jimi Hendrix et son fameux détournement de l’hymne américain, en passant par Janis Joplin, les Who, Santana ou Joe Cocker.

    Un demi siècle plus tard, alors que la commémoration de l’événement s’esquisse, Nicolas Finet et Christopher ont entrepris de raconter ce grand moment “de paix et de musique” à travers douze moments clé, pris dans un découpage chronologique et avec autant d’interlocuteurs. De la première négociation entre le trio d’organisateurs et le fermier Max Yasgur, jusqu’au set historique de Jimi Hendrix et au nettoyage du champ boueux, en passant par les témoignages d’un policier embauché pour assurer un minimum de sécurité, d’un dealer (devenu ensuite trader à Wall Street) de toutes les substances hallucinogènes possibles, d’un pilote vétéran du Vietnam en charge du transport des vedettes jusqu’à la scène ou encore ceux d’une journaliste suivant la tournée de Joan Baez ou d’un cameraman embarqué dans le tournage du film de Michael Wadleigh, qui allait participer à la construction du mythe Woodstock et en conserver les séquences les plus fortes.

    Empathique et réussi, ce vrai-faux docu-fiction a un incontestable air de vérité. Il le doit, paradoxalement, à cette mise en perspective à travers les “faux témoignages” qui introduisent les différents chapitres. Mais si ces narrateurs et narratrices, évoqués avec une grande crédibilité, sont fictifs, toutes les anecdotes évoquées sont authentiques, fruit d’une longue recherche des auteurs. C’est avec le même soin que chaque chapitre se voit doté de sa bande sonore et d’un titre adapté (en police de caractère hippy chick bien sûr !). Et cette vision à la fois kaléidoscopique et chronologique, entre passages cultes sur scènes et coulisses backstage, permet bien de saisir – ou d’imaginer – l’ambiance de l’époque. De quoi faire de cet album un vrai BD-documentaire replongeant dans l’atmosphère de Woodstock.

    Déjà scénariste du très joli, rock et nostalgique The Long and Winding road, Christopher apporte ici un dessin au réalisme un peu photographique qui colle aussi fort bien au sujet. L’album alterne des planches très “documentaires” aux longs récitatifs et aux petites vignettes descriptives et des dessins pleine page (notamment une double page saisissante montrant la foule du festival vu du ciel) et d’envolées psychédéliques, faisant onduler le gaufrier de la page ou faisant vibrer les cases au son de la musique. De quoi restituer au mieux ces “trois jours de fun et de musique” et de comprendre pourquoi, trente ans après, ce terme de Woodstock conserve toute sa force.

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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