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Bulles Picardes Centenaire 14-18 événements BD

Pour remonter aux Champs d’honneur, un spectacle associant danse et dessin à soutenir

Un projet de spectacle chorégraphique dessiné sur la Grande Guerre.

Bénévole (et traductrice émérite) des Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens, mais aussi danseuse, Astrid Boitel avait effectué l’an passé une démonstration convaincante de chorégraphie dessinée avec Thomas Queyrens (associés aux deux dessinateurs David Prudhomme et Edmond Baudoin).

Aujourd’hui, engagée dans divers projets au sein de l’Opéra de Paris, elle se lance dans une nouvelle opération similaire. Et de plus grande ampleur.

Produit par la Cie des Parcheminiers, son spectacle Aux champs d’honneur se propose de donner une relecture de la Grande Guerre associant danse, musique et chorégraphie, avec cinq danseurs de l’Opéra de Paris et de l’Opéra de Toulouse, des dessins live réalisés par Sylvain Trouillard (par ailleurs créateur des Editions de la Cerise, qui avait amené en 2018 à Amiens leur jolie expo sur la Fille maudite du capitaine pirate et ont édité, notamment l’Amirale des mers du sud) et une musique d’Antoine Trouillard.

Deux jours pour boucler la campagne de financement participatif 

Une première version courte a déjà été présentée dans le Sud-Ouest. Dans la perspective de monter une version longue et de financer une résidence de travail, l’équipe a lancé une campagne de financement participatif sur Ulule. Pour l’heure, l’action est plutôt bien soutenu avec 90% de l’objectif atteint… mais il reste moins de deux jours pour boucler l’opération !
Bref, une dernière mobilisation s’impose… Surtout pour un spectacle dont le thème aurait toute sa place dans un prochain festival d’Amiens voire à l’Historial de la Grande Guerre à Péronne.
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Bulles Picardes Centenaire 14-18 jeunesse Les albums à ne pas rater

Avant, pendant et après “La Guerre des Lulus”

 La Guerre des Lulus, la perspective Luigi, tome 2, Régis Hautière (scénario), Damien Cuvillier (dessin), David François (couleur). Editions Casterman, 64 pages, 13,95 euros.
La Guerre des Lulus, tome 6: Lucien, Régis Hautière (scénario), Hardoc (dessin et couleur), David Périmony (couleur). Editions Casterman, 64 pages, 13,95 euros.

Fin d’un cycle et début d’un autre pour les “Lulus”. En cet automne sont en effet sortis, à deux mois d’intervalle le premier tome de “l’après-guerre des Lulus” et la seconde partie du diptyque de La perspective Luigi, qui éclaire l’ellipse faite dans la série initiale entre le tome 3 et le tome 4.

L’évasion de Berlin jusqu’en Belgique

S’agissant de ce dernier album, le journaliste enquêtant sur les prisonniers de guerre revient à Amiens afin que Luigi lui conte la suite de ses aventures. Dénoncés et arrêtés par la police berlinoise, emprisonnés (à la fin du tome 1 de la Perspective Luigi), les Lulus sont internés au camp de détention de Holzminden, où partagent leur sort avec de nombreux prisonniers de guerre et de droit commun, mais aussi avec quelques notables, “otages” pris par les Allemands pour des échanges de prisonniers, tous placés sous l’autorité du présompteux Onésime Decombray. Si la situation matérielle des enfants n’est pas catastrophique, ceux-ci songent à s’évader. Pour cela, ils vont imaginer un plan particulièrement surprenant.

C’est de nouveau d’Amiens, et plus particulièrement des hortillonnages, superbement restitués par Damien Cuvillier dans leur configuration de l’entre-deux guerres, que l’histoire est encore évoquée. Et si ce deuxième tome se situe exclusivement au sein du camp de prisonniers, il ne manque pas de dynamisme ni de rebondissements. Cette unité de lieu permet aussi de s’attacher à certains personnages secondaires comme le revêche Joseph ou Madame Tulleaux, la Picarde par qui le journaliste est entré en contact avec Luigi. Et Damien Cuvillier se coule, avec une impressionnante proximité, avec le style d’Hardoc. Quant au moyen choisi par les Lulus pour s’enfuir, il est digne de La Grande évasion. Un diptyque qui remplit donc consciencieusement et brillamment le mystère entretenu jusqu’ici et permet de clore totalement cette “guerre des Lulus”… Et entamer la suite.

Lucien retourne dans son orphelinat

Pré-publié, en avant-première dans le Courrier picard cet été, le tome 6 de la Guerre des Lulus débute en novembre 2018 et se focalise, dans ce premier tome du nouveau cycle, sur Lucien. Blessé au front et amputé de la jambe droite, il se remet de ses blessures dans un hôpital de Troyes. A une jolie infirmière compatissante, il raconte son enfance à l’orphelinat de Valencourt, en 1910. Comment la bande des Lulus s’est formée, comment ils ont dû se faire respecter face à la terreur de l’établissement, Octave, et sa bande de vauriens…

Promu comme une “suite” à la Guerre des Lulus, ce deuxième cycle débute en fait par un long retour en arrière, jusqu’aux racines de la série. Après la suite chronologique, c’est désormais l’angle du personnage qui prime. Avec Lucien pour commencer.

On apprendra ici les tragiques circonstances qui l’ont amené à l’orphelinat et sa première rencontre avec Luigi, Ludwig et Lucas, sur lesquels l’album distille aussi quelques informations. Dans une ambiance proche de La Guerre des Boutons, la seconde partie du récit se montre plus burlesque, avec la description de la vengeance des Lulus contre Oscar et sa bande.

S’agissant du dessin, Hardoc, qui retrouve sa place après l’intermède de la Perspective Luigi, parvient bien à jongler sur les deux époques – 1910 et 1919 – quant au vieillissement relatif de son personnage principal et de ses camarades. Et ce premier album s’achève sur une note doublement émouvante. Et une belle incitation à poursuivre l’aventure, avec Luigi cette fois (dont ce tome 1 propose les deux premières pages en “teasing”). La “guerre” est finie pour les Lulus, mais son souvenir et ses conséquences sont encore susceptibles de susciter de beaux moments.

Régis Hautière et Hardoc en dédicaces à la librairie Bulle en stock d'Amiens, samedi 7 décembre de 14h30 à 18h30. Inscriptions à prendre le matin auprès de la librairie.
Et en dédicaces à la librairie du Labyrinthe d'Amiens, mercredi 13 décembre de 16 à 19 heures.

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Bulles Picardes Centenaire 14-18 guerre Les albums à ne pas rater

Odawaa, il était une fois dans le front de l’Ouest

 La ballade du soldat Odawaa, Cédric Apikian (scénario), Christian Rossi (dessin), Walter (couleur). Editions Casterman, 88 pages, 19 euros.

Joseph Odawaa, indien Cree, dont les exploits se diffusent tout au long de l’album et du front de l’ouest, est un mythique “scout” indien canadien, mobilisé pour venir combattre en France et dont les exploits de tireur sèment l’effroi parmi les Allemands et galvanisent les alliés au cours de cette année 1915. C’est cette réputation qui incite l’Etat-major français à enjoindre au capitaine Keating, référent et chef des snipers indiens, de détacher son soldat d’élite afin d’éliminer une bande de pillards qui n’hésite pas à voler, violer et terroriser les populations civiles autour de la ligne de front. Une bande qui se réclame du commandant Heinrich Von Schaffner… qui aurait pourtant été l’une des victimes d’Odawaa, plus d’un mois auparavant ! C’est alors une étrange course-poursuite qui s’engage, rendue encore plus complexe quand un Allemand s’évade du camp de prisonniers dirigé par Keating, bien décidé lui aussi semble-t-il à retrouver les pillards de Von Schaffner.

Le centenaire de la Première Guerre mondiale a initié une offensive éditoriale d’albums de bande dessinée sur ce thème (non sans avoir fait naître de très bons récits, comme Le Chant des Cygnes ou le collectif Traces, pour ne citer que ces deux-là ; pour le reste, on peut se reporter à notre onglet “Centenaire 14-18”). Mais pas de quoi épuiser le sujet, néanmoins, comme le prouve cette Ballade du soldat Odawaa, du vétéran Christian Rossi et d’un jeune scénariste, Cédric Apikian, qui réalise là son premier album et révèle d’indéniables qualités de conteur d’histoires.

Car cet album partage l’approche de l’Homme qui tua Liberty Valance, de John Ford (“Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende“). Et cela jusque dans ses références stylistiques au western, bien au-delà de la présence surprenante des indiens ; Apikian étant un grand fan de Sergio Leone, c’est effectivement un récit légendaire (à divers niveaux), qui se déploie ici. D’apparence simple, voire manichéen au début, l’intrigue se complexifie et acquiert une vraie densité, non dénuée d’une certaine ironie quant à la réalité des enjeux de cette quête meurtrière et sanglante. Avec cette matière, l’insertion fugitive d’un certain caporal Adolf Hitler, en fin d’album, apparaît même largement superflue, voire contre-productive.

Le prologue, avec ses six premières planches, donne le ton, violent et dénué de tout sentimentalisme avec un sniper invisible et apparemment invincible éliminant un à un toute une patrouille de uhlans, avant de surgir de sa cachette surprenante, les entrailles d’un cadavre de cheval. Et cette approche, entre réalisme et décalage original se poursuit tout au long de l’histoire, entre récit de guerre et poursuite infernale, transposition sur le front occidental de la Première Guerre d’une vengeance à la Il était une fois dans l’Ouest.

Après l’ambiance solaire du récent Coeur des amazones, Christian Rossi plonge dans une atmosphère bien plus sombre, accentuée par le fond noir des pages et une mise en couleurs ténébreuses assurée par le rémois Walter, en aplats aux teintes froides et terreuses. Et cette Ballade a tout du chant guerrier mythologique, mais sans négliger de lui restituer aussi une dimension nettement plus humaine.

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biopic Bulles Picardes Centenaire 14-18 guerre Les albums à ne pas rater

Tolkien, voyage au milieu de la terre de la Somme

 J.R.R. Tolkien et la bataille de la Somme – dans un trou sous la terre, Emmanuel Beaudry (scénario), Corentin Lecorsier (dessin et couleur). Editions A contresens, 69 pages, 18 euros.

Tolkien sera à l’honneur cet automne, avec “Voyage en Terre du milieu” organisée par la Bibliothèque nationale de France à partir du 22 octobre. Une exposition d’envergure sur l’homme et l’oeuvre de l’auteur du Seigneur des Anneaux. La bande dessinée accompagnera aussi cette actualité avec au moins deux nouveaux albums qui s’attachent tous deux à une période précise de la vie de John Ronald Reuer Tolkien: son expérience traumatisante de la Première Guerre mondiale et la bataille de la Somme qui marquera de son empreinte son oeuvre future.
Les éditions Soleil annoncent en effet la parution, fin octobre, de Tolkien, éclairer les ténèbres, de Duraffourg et Caracuzzo, au style très classique au vu des premières planches dévoilées.

Autre approche avec cet album “100 % picard”, qui a anticipé le mouvement : J.R.R. Tolkien et la bataille de la Somme, Dans un trou sous la terre, oeuvre de deux auteurs amiénois publié par un éditeur axonais.

Ce trou sous la terre, qui ouvre le récit d’Emmanuel Beaudry et Corentin Lecorsier, c’est celui d’Ovillers-la-Boisselle, près d’Albert et l’explosion d’une énorme mine qui, le 1er juillet 1916 marqua le début de la Bataille de la Somme, l’une des plus effroyables de la Première Guerre mondiale.

Ce jour-là, J.R.R. Tolkien a 24 ans. Djplômé d’Oxford et jeune lieutenant au 11e Fusiliers du Lancashire, il est cantonné à quelques kilomètres de là, à Warloy-Baillon puis à Bouzincourt, en charge du réseau de transmission de son régiment. On va le suivre tout au long de la Bataille, durant les mouvements de son régiment qui vont l’emmener à Forceville, Ovillers-la-Boisselle jusqu’à ce que la fièvre des tranchées ne le frappe, à Beauval, à la frontière entre Somme et Pas-de-Calais, le 25 octobre, lui apportant une “blighty” (cette évacuation sanitaire recherchée par tant de soldats), qui va l’amener à l’hôpital du Touquet, puis le faire rapatrier en Angleterre, à Birmingham où il va s’employer à transformer son expérience des tranchées pour en nourrir ses futurs chef-d’oeuvres de Fantasy, Bilbo le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux.

Se plongeant dans la documentation disponible sur la vie et l’oeuvre de Tolkien – qui n’a jamais rien écrit sur ses souvenirs de combattant – Emmanuel Beaudry imagine ce que l’écrivain aurait pu vivre durant ces cinq mois dans la Somme. Pour restituer cela, dans un récit borné par des dates et lieux exacts, il privilégie une narration décalée, à travers les lettres que J.R.R. Tolkien aurait pu écrire à sa jeune épouse, Edith. “Voix of” qui permet de mettre en avant l’amour des mots de l’écrivain et donnant un rythme parfois mélancolique, parfois brutal à l’histoire.

Cette même approche impressionniste se retrouve dans le dessin de Corentin Lecorsier, à l’image de la superbe couverture de l’album avec son “tommy” aux oreilles d’elfe. Après un premier album déjà marqué par une patte singulière, le giallo Quatre larmes sur un voile de nylon rouge (déjà sur un scénario d’Emmanuel Beaudry), le jeune auteur amiénois poursuit dans une veine très picturale et colorée.

Les traits des personnages manquent parfois un peu de finesse et certaines planches souffrent d’une certaine imperfection, mais l’ensemble s’inscrit bien dans le ton de l’évocation de souvenirs personnels et nimbés d’onirisme. La description dantesque des combats, à travers des aquarelles sombres, est notamment particulièrement marquante. Et, au final, ce récit offre effectivement une bonne lecture et compréhension de ce qui a pu nourrir la mythologie à venir de l’écrivain britannique.

Un album qui a donc toute sa place dans l’univers de Tolkien. Modeste, mais précieuse.

 

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Bulles Picardes Centenaire 14-18 expositions Les manifs à voir et à venir

Il était une fois… la performance de six dessinateurs et trois scénaristes à l’Historial de la Grande Guerre à Péronne

L’exposition “Il était une fois – Traces de la Grande Guerre” à l’Historial de la Grande Guerre de Péronne a été lancé par une belle performance d’auteurs, ce lundi 3 juin en fin d’après-midi.

Après un essai lors des Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens, ce week-end, six dessinateurs et trois scénaristes ayant participé à l’album Traces de la Grande Guerre ont oeuvré en direct pour réaliser un strip en 6 cases en lien avec l’exposition.
Marguerite Abouet (toute récente lauréate du prix SNCF Polar, avec Commissaire Kouamé), Régis Hautière (La Guerre des Lulus) et Kris (Notre-Mère la Guerre entre autre) ont ainsi rédigé, en fin d’après-midi un mini-scénario, confié ensuite aux soins d’Edmond Baudoin, Efa, Hardoc, Aude Samama, Maël et Damien Cuvillier. En moins de deux heures, sur une grande fresque de 6 mètres de long et 1,50 mètre de haut, ceux-ci ont illustré de très belle manière cette émouvante petite histoire du retour d’un “Poilu” qui va retrouver la mort de manière dramatique à son retour au village.

Petit timelapse (IMG_5891) et reportage en images…

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Bulles Picardes Centenaire 14-18 mangas

La Citadelle de Doullens va avoir sa bande dessinée

Fabrice Dehaene et Angélique Auguste.

 A Doullens, dans le nord de la Somme, L’association La Citadelle, qui avait vocation à traiter la Grande Guerre dans le secteur autrement, va publier le 1er mars une BD-manga sur le sujet.

L’ouvrage sera en vente au prix de 9 € à la Maison de la presse, à l’office de tourisme de Doullens ou encore sur le site Internet de l’association.

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Bulles Picardes Centenaire 14-18 historique Les albums à ne pas rater

Ce qu’il faut retenir de ce centenaire de la Grande Guerre en bande dessinée

Ce 11 novembre 2018 marque la fin du centenaire de cette Première Guerre mondiale, qui a donné lieu, à une profusion éditoriale, d’albums de bande dessinée sur le sujet. Dont certains excellents.  Petit rappel, loin d’être exhaustif (pour une approche plus complète, on peut se reporter à notre rubrique “centenaire 14-18“).

Pour commencer, une série s’impose: Notre-mère la guerre, de Kris et Maël, que nous avons évoqué à l’occasion de chacune des parutions des quatre volumes, puis des chroniques de Notre-mère la guerre et des événements associés. Une nouvelle actualité à y rajouter, avec la parution, en ce mois de novembre d’un nouveau coffret de l’intégrale, en édition limitée (1500 ex.), numérotée, signée et assortie de quatre ex-libris. Un ouvrage pas donné (49 €), mais une idée de cadeau pour les fêtes et, surtout, un récit fort, qui fait songer à Un long dimanche de fiançailles (le roman de Sébastien Japrisot et le film de Jean-Pierre Jeunet) ou aux Carnets de guerre de Louis Barthas (adapté récemment en album graphique); récit magnifié par le dessin plein de délicatesse et d’émotion de Maël. Sur 14-18, il y a eu – et il y a encore – Tardi (revenu d’ailleurs en 2016 pour un Dernier assaut marquant), qui a su imposer le vécu des Poilus et retranscrire la folie destructrice et l’horreur de la guerre. Il y a désormais Kris et Maël, avec cette enquête policière qui interroge en fait la guerre elle-même. Ce mal qui contamine et transforme tous les hommes.

Série à avoir émergé durant ce centenaire et à s’être imposée auprès du public, la Guerre des Lulus, des auteurs picards Régis Hautière, Hardoc et Damien Cuvillier. Ce récit ample et plein de rebondissements autour de l’odyssée de jeunes orphelins perdus derrière les lignes allemandes, met en lumière des aspects finalement peu évoqués, comme justement la vie en “zone occupée”, mais aussi la vie à Berlin en temps de guerre (dans La perspective Luigi).

Plus classique dans la forme, la trilogie Verdun, scénarisé par l’historien Jean-Yves Le Naour a aussi eu ce grand mérite d’aborder le sujet sous un angle spécifique, et avec le recul critique qui s’imposait, qu’il s’agisse du soldat héroïque (dans le tome 1), de la ténacité des combattants (dans le tome 2) ou du cas des fusillés pour l’exemple (tome 3) à travers une histoire aussi vraie qu’invraisemblable.

C’est en deux albums par contre que Dorison, Herzet et Babouche ont su conté superbement ce Chant du Cygne et cet étonnant (mais vrai) périple d’une bande de Poilus désireux d’apporter à l’Assemblée nationale une pétition pour faire cesser la boucherie des offensives inutiles de 1917.

Même atmosphère emplie d’humanité et de subtilité pour décrire cette folie meurtrière collective dans les bien nommées (au-delà du jeu de mot) Folies Bergère de Porcel et Zidrou.

Enfin, on avoue une inclination particulière pour une série décalée, uchronique et fantaisiste mais qui s’inscrit pleinement dans les épisodes réels de la Première Guerre mondiale, les Sentinelles de Dorison et Breccia.

Au rayon “étranger” cette fois, il faut rappeler le travail de Joe Sacco, avec sa frise-récit sur le premier jour de la bataille de la Somme (que l’on peut aujourd’hui voir, en grand au centre d’interprétation de Thiepval, dans la Somme), mais aussi la Mort blanche, des britanniques Charlie Adlard et Robbie Morrison, qui a la triple originalité de s’intéresser à un secteur largement oublié, le front italo-autrichien, d’évoquer une tactique de guerre à la fois monstrueuse et inédite (le déclenchement volontaire d’avalanches pour détruire les forces adverses) et d’user d’une approche graphique singulière.
Egalement à noter, l’exhumation des Carnets du Capt. Butler, évocation à la fois naïve mais fidèle du combat des troupes américaines. Et puis, bien sûr, le magnifique travail réalisé par les éditions Delirium et son fondateur, Laurent Lerner, pour rééditer de belle manière la Grande Guerre de Charlie, de deux autres Britanniques, Pat Mills et Joe Colquhoun. Une saga en dix albums qui, derrière des aspects de “pulp magazine” s’impose comme le pendant british de Tardi.

Au-delà des récits de guerre, et dans le registre des traces laissés par ce conflit (évoquées par l’album collectif du même nom paru cet automne grâce à l’association amiénoise On a marché sur la bulle), on peut encore citer Vois comme ton ombre s’allonge de l’Italien Gipi, qui parvient à mêler folie individuelle et folie collective, liens entre passé et présent. Illustration de la démarche réussie par tous ces albums. Et d’autres encore, selon la sensibilité de chaque lecteur.

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Bulles Picardes Centenaire 14-18 Les albums à ne pas rater romans graphiques

Le Soldat plus inconnu de la “Grande Boucherie” de Tardi

La véritable histoire du soldat inconnu, suivi de La Bascule à Charlot, Tardi. Editions Futuropolis, 76 pages, 16 euros.

Il y a bien sûr du clin d’oeil et un brin d’irrévérence à évoquer cette Véritable histoire du soldat inconnu en ce centenaire du 11 novembre 1918. Et une actualité, aussi, puisque les éditions Futuropolis rééditent, en ce début novembre, cette histoire parue initialement en 1974 et épuisée depuis. 

Un clin d’oeil décalé car, au-delà du titre, seule la dernière planche évoque directement la Première Guerre mondiale (mais quelle planche ! Et de quelle manière pour celui qui allait devenir le spécialiste incontesté de la guerre des tranchées). On y voit la mort du héros, écrivain de romans populaires de seconde zone, « sacrée tête de con » pour ses camarades de combat, qu’une balle dans la tête vient de faucher mortellement, le 10 novembre 1918.Mort de la dernière heure dont la dépouille, deux ans plus tard, est choisie pour devenir le “soldat inconnu” de l’Arc de triomphe. Honneur posthume dans lequel il voit « un hommage officiel » rendu à sa « pitoyable oeuvre romanesque ». Le reste du récit, est la retranscription fantasmagorique et la reconstruction des dernières instants de vie du mourant. Dans ce cauchemar, il retrouve tous les personnages de sa « pitoyable oeuvre ». Dinosaures, amantes devenues grotesques, savant fou, tueur pathétique, toute une faune vient le poursuivre et l’accabler.

L’humour noir et la verve rageuse de Tardi sont omniprésents ici. Et bien sûr, toute l’ironie de l’histoire est de voir un anti-héros plutôt minable, qui n’a eu de cesse de créer des personnages ignobles et monstrueux endosser le rôle du héros national devant lequel présidents et généraux vont s’incliner… Dans la préface – un peu bougonne – qui ouvre cette nouvelle édition, Tardi évoque la “hargne” qui le motivait alors, cette “saine énergie qui nous pousse au cul“. Il pointe aussi la maladresse du récit et des dessins (même si quarante ans plus tard, ils ont plutôt fort bien tenu la distance, bien mieux que beaucoup d’oeuvres plus matures de l’époque), mais note que dans cette “erreur de jeunesse” se retrouvent “à peu près tous les sujets que je reprendrai par la suite“. Notamment dans Adèle Blanc-sec, bien sûr, avec ses créatures pathétiques et son ambiance à la Jules-Verne délurée.
Mais tout le récit, finalement, nous ramène aussi indirectement à 14-18. Dans son obscénité voulue (le livre, imprimé en Allemagne faillit être bloqué à la douane pour pornographie !), dans son délire malade, dans ces pulsions fantasmatiques de mort, on peut également voir une évocation surréaliste ou très symbolique de la « Grande Guerre », ou plutôt, de la “Grande Boucherie”, ainsi renvoyée et réduite à son essence même. 

A noter, en complément donc, dans cette nouvelle version en « beau livre », la republication d’un autre récit court des années 70, La bascule à Charlot, où un homme se retrouve condamné à mort pour un double crime dont il n’a aucun souvenir après une nuit bien alcoolisée. Dans le même registre et le même ton, pamphlet rageur cette fois contre la peine de mort, alors encore en application. La peine de mort individuelle après la peine de mort collective, en quelque sorte.

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Bulles Picardes Centenaire 14-18 historique Les albums à ne pas rater

La guerre de Louis Barthas, un Poilu qui n’aimait pas la faire

Les carnets de guerre de Louis Barthas, 1914-1918, adaptation graphique de Fredman. Editions La Découverte, 288 pages, 24,90 euros.

Les Carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier 1914-1918 sont désormais un “classique” sur la guerre de 14-18 “vu d’en bas”. Originaire du Minervois, dans l’Aude, Louis Barthas est re-mobilisé à l’âge de 35 ans en 1914. Il va connaître tous les fronts, la Champagne, la Somme, Verdun. Soldat, puis vite caporal dans l’infanterie avant de basculer dans l’artillerie légère. Quatre ans de combats avant d’être évacué, en mars 1918 et de dormir pour la première fois dans un lit depuis 1914 !

Engagé très tôt dans le syndicalisme agricole, puis dans le mouvement socialiste, Barthas n’est jamais dupe des discours “patrioticards”. Il conte une guerre à hauteur d’hommes, dans le rang. Décrivant méticuleusement ses déplacements de campagne, ses différentes affectations, mais aussi des séquences fugitives de fraternisation, nées de l’absurdité de cette guerre des tranchées où les deux camps s’observent parfois à quelques mètres de distance. Il décrit aussi, magnifiquement, une séquence de révolte, au printemps 1917, après le massacre du Chemin des Dames. Mais sans idéologie, de façon plutôt factuelle.

Cette vision de la guerre fut contestée, lorsque le livre parut, retrouvé et édité par l’historien Rémy Cazals en 1977. Elle est aujourd’hui largement admise. Mieux, même, sans être réellement militant, ce texte a permis d’inscrire dans la réalité mémorielle cette dimension de fraternisation et de paix à laquelle aspirait Barthas.
Depuis trois ans, près d’Arras, grâce à la mobilisation associative portée par le cinéaste Christian Carion, le souhait de Louis Barthas de voir un jour dans ce coin de l’Artois s’élever “un monument pour commémorer cet élan de fraternité entre des hommes qui avaient horreur de la guerre et qu’on obligeait à s’entretuer malgré leur volonté” est même devenu réalité. Et le monument a été inauguré, en 2015 à Neuville-Saint-Vaast (dans le Pas-de-Calais), en présence du Président de l’époque, François Hollande.

Ces Carnets ont notamment inspiré en partie Kris pour sa série Notre-Mère la Guerre. En cette fin de centenaire, ils ont motivé aussi cette adaptation graphique, réalisée par Fredman (auteur de La Vie secrète). “Adaptation graphique” plus que bande dessinée, dans la mesure où le texte original – à travers de très nombreux extraits des Carnets – s’impose toujours sur le dessin. Dans quelques planches, il se fait même envahissant au point de ne laisser aux images qu’un rôle d’arrière-plan accessoire. Et l’album ne compte quasiment aucun phylactère.
Se résumant ouvertement à illustrer le texte de Louis Barthas, le travail de Fredman peine à s’imposer dans les nombreuses petites cases d’un album au format assez petit, qui plus est. Son trait sait pourtant être émouvant, et sensible, comme l’illustre la couverture et ce Louis Barthas qui regarde le lecteur ou d’autres planches pleine page laissant au dessin plus d’espace pour s’exprimer.
Mais malgré cette position en retrait assumé, le traitement graphique au trait un peu jeté, joliment rehaussé à l’aquarelle dans les teints majoritairement bistres crée un climat adéquat à la lecture.

En cela, ce “récit graphique” répond bien à son objectif, d’offrir une “seconde vie à ce livre d’exception“, comme le souligne – avec justesse – l’éditeur, et de “le faire découvrir à une nouvelle génération de lecteurs, tout en respectant scrupuleusement l’esprit du texte originel”.

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Bulles Picardes Centenaire 14-18 historique Les albums à ne pas rater

La der des ders pour l’Ambulance 13 aussi

L’ambulance 13, tome 9: Pourquoi ? Patrice Ordas (scénario), Alain Mounier (dessin). Editions Grand Angle/Bamboo, 48 pages, 14,50 euros. 

Depuis 1915 et Verdun, le jeune chirurgien Louis-Charles Bouteloup a été de bien des batailles avec son ambulance hippomobile et son équipage de vieux briscards, frondeurs mais courageux et solidaires. l’Ambulance 13 s’est même retrouvé sur le front d’Orient en cette fin de guerre. Après un retour épique vers l’Hexagone, on les avait laissé à la veille de l’ultime attaque, sur la Meuse, le 11 novembre. Attaque inutile, à quelques heures de l’armistice, mais Clemenceau voulait être en position de force. Alors même que Foche signe à 5 heures du matin, dans la forêt de Compiègne, le traité qui fixe à 11 heures le cessez-le-feu, le 415e Régiment est encore engagé au combat à 9 heures. A 10h45, Augustin Trébuchon, conscrit de 1914 qui a réussi à traverser toute la guerre se fait abattre pat un sniper allemand. La bande à Bouteloup est encore là pour récupérer les blessés. C’est ensuite la “quille” pour eux. Mais l’immédiat après-guerre ne sera pas paisible. La rancœur qu’entretient l’ex-quartier maître Dervilly (devenu inspecteur de police), à l’encontre des survivants de l’Ambulance 13 (depuis le retour d’Orient) va s’exercer sur l’un d’eux, “l’Ecaille”. Bouteloup va tout mettre en oeuvre pour tenter de sauver son ancien camarade de combat, qui risque la peine de mort après une rixe en prison.

C’est donc l’heure de la quille pour l’Ambulance 13 ! Après neuf valeureux albums, cet ultime tome n’est pas forcément le plus marquant, cherchant sans doute à vouloir trop en mettre dans sa première partie et réduisant la seconde partie, civile, à une portion un peu trop congrue qui aurait pu mériter un plus long développement. En revanche, les atmosphères, l’ambiance de la fin de la guerre et les traits des personnages sont toujours aussi efficaces. Et la dernière séquence, au cimetière de Fleury-devant-Douaumont, bouclant la boucle là où la série avait commencé, est graphiquement très réussie et mélancolique à souhait. Et le dossier qui complète l’album, consacré aux progrès techniques opérés pendant la Première Guerre mondiale, est une autre manière de rendre hommage aux “chirurgiens, médecins, pharmaciens, infirmiers, brancardiers inconnus” auxquels l’album.